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10 novembre 2010

Qu’ils les accueillent dans les écoles de leurs enfants !

Voici ce que j’écrivais en mai 2008 :

« Les enfants des banlieues sensibles qui souhaitent étudier en sont parfois, et même de plus en plus souvent, empêchés par leurs petits camarades de classe.

Solution : encourager les meilleurs d’entre eux à fuir les établissements de leurs quartiers. (humour…)

Tout a été prévu. Comme cela condamnera à terme les établissements des banlieues les plus sensibles, désertés par leurs meilleurs éléments, les plus problématiques d’entre eux seront alors fermés, et leurs effectifs répartis dans d’autres établissements. C’est une nouvelle technique d’extinction des incendies : lorsque subsistent des braises, les récupérer et les disséminer. Il faudrait breveter le procédé, puis aller le proposer à tous les pompiers de la planète. »

Voici ce que j’écrivais en mai 2010 :

« Savez-vous quelle est l’idée politique qui circule à présent à ce sujet ? Les établissements les plus difficiles, ceux dont les résultats sont catastrophiques, seraient fermés, et leur population répartie dans d’autres établissements. Car c’est bien connu, lorsqu’un pompier se trouve face à un feu, le meilleur moyen pour lui de l’éteindre est de prendre les braises et de les disséminer ! »

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Des expériences de transport d’élèves des quartiers sensibles vers d’autres quartiers sont actuellement déployées, et il est question de fermer les établissements scolaires qui ont le plus pâti de la suppression de la carte scolaire, et d’en répartir les élèves.

Voici à présent une information relayée hier par France Info, et aujourd’hui par le Figaro et le Monde :

« L’Établissement de Réinsertion Scolaire avait ouvert ses portes ce lundi matin, à Craon en Mayenne. Un établissement censé accueillir des collégiens dits perturbateurs […] “dont le comportement nécessite un éloignement”.

Or, la douzaine de collégiens de Seine-Saint-Denis en rupture de ban s’en serait pris aux autres élèves ce matin. Les enseignants ont donc décidé d’exercer leur droit de retrait, et demandent la fermeture de la toute nouvelle unité […] Des parents d’élèves aussi ont annoncé leur intention de retirer leurs enfants de l’établissement, en attendant que l’Établissement de Réinsertion Scolaire (ERS) ferme. Cinq des agresseurs auraient été renvoyés dans leur département d’origine par les gendarmes. »

« À la mi-journée, dans la cour déserte de ce coquet collège, on pouvait entendre des insultes proférées par les neuf pensionnaires restants depuis les fenêtres des leurs locaux, situés dans le bâtiment central du collège. “Un ministre a dit qu’un seul de ces jeunes pouvait pourrir un établissement de 1.000 élèves, alors imaginez 14 d’entre eux au milieu de 350 collégiens”, soupire M. Mounier. »

« “Aujourd’hui, ils ont l’air content de leur coup, en moins de 24 heures ils ont ’vidé’ les 350 élèves du collège et ont crié ’on est chez nous’", poursuit l’enseignant »

« La création des ERS a été annoncée en avril. Le premier a ouvert ses portes en septembre dans les Alpes-Maritimes. Une dizaine d’autres sont annoncés pour fin novembre et dix autres d’ici la fin de l’année scolaire. Selon le ministère, les ERS “accueillent des collégiens en difficulté scolaire et sociale, dont le comportement nécessite un éloignement et une prise en charge différente”. »

Savez-vous ce que tout cela m’inspire ? C’est que les Français ne peuvent plus être sereins nulle part  sur le territoire national, puisque nos élites peuvent, à tout moment, déverser chez eux le produit de leurs erreurs politiques. Pourquoi ne les accueillent-ils donc pas dans les écoles de leurs enfants ?

Pendant que la France sombre, incapable de regarder vers le haut et désespérant ainsi son peuple, les pays émergents se lancent dans la course à la formation d’ingénieurs de très haut niveau, dans le but de devenir des champions de R&D dont les produits innovants vampiriseront les marchés de demain. Le sursaut devient urgent !

Je vous recommande vivement la lecture du très bon article que Natacha Polony a publié après avoir participé à la convention Éducation de l’UMP. Vous êtes très nombreux à m’écrire votre souhait de me voir diffuser mon analyse du sujet ainsi que mes recommandations ; je tiens à vous dire que le conseiller d’un ministre avait lourdement insisté pour que j’intervienne lors de cette convention, mais sans succès…

19:58 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (60) | Tags: école, éducation, enseignement, carte scolaire, violence, ump, chatel, polony |

07 juillet 2009

Autorité du savoir et respect de l’école

Étant très attachée à la question de l’école, je suis très heureuse que Le puzzle de l’intégration ait retenu l’attention de l’association Lire-Écrire qui lui a réservé un chaleureux accueil. Je vous encourage à faire connaître autour de vous cette association, qui s’est fixé comme ligne d’action d’« informer le public et de conseiller des parents, en toute indépendance ». J’ai rencontré son équipe, qui dédie tout son temps et son énergie à la défense du bien commun, à l’avenir de la France. Je vous le redis : nous ne sommes pas isolés. Nous sommes majoritaires. Nous devons en prendre pleinement conscience, et puiser dans cette prise de conscience la force de toujours avancer !

Voici la critique publiée sur le site de Lire-Écrire :

« Contrairement à nos habitudes, nous présentons ici un ouvrage politique, au meilleur sens du terme. L’auteur, d’origine marocaine, a demandé la nationalité française à 30 ans. Elle sait de quoi elle parle, et développe une argumentation serrée, sans oublier aucune pièce du puzzle.

L’intégration

Malika Sorel décrit les difficultés d’intégration, non pas des nouveaux immigrants, mais de leurs enfants et petits-enfants ; difficultés étonnantes pour nous, puisque ce sont des Français, et spécialement de jeunes Français, qui affectent de rejeter la France. Ce phénomène se produit dans tous les pays occidentaux, et même au Canada, qui pratique une politique d’immigration “choisie”.

Le puzzle

Les politiques et les leaders d’opinion cherchent aux difficultés une cause simple, qu’un seul principe simple suffirait à traiter. Malika Sorel nous montre qu’une situation extrêmement complexe appelle un ensemble de mesures complémentaires.

L’un des principes qui fait actuellement débat en France est celui de la discrimination positive en faveur des minorités, qui, comme le remarque l’auteur, est une discrimination négative à l’égard de la majorité. L’adoption de ce principe renforcerait le communautarisme, et conduirait à la reconnaissance juridique des communautés. Beaucoup aux États-Unis, y compris dans les minorités, voudraient revenir en arrière, mais ils n’y parviennent pas, du fait des avantages acquis par certains.

Dans l’enseignement, les Américains ont facilité pour les minorités l’accès aux études supérieures et aux diplômes. Dans les faits, c’est un inconvénient pour les meilleurs éléments des minorités, qui se trouvent nantis de diplômes dévalués aux yeux des employeurs. Chez nous, une mesure analogue vient d’être adoptée par Sciences-Po.

Malika Sorel demande - comme nous le faisons - que les enfants et les adolescents défavorisés de fait, ce qui inclut d’ailleurs des Français de souche, reçoivent une aide massive afin que, moyennant les efforts nécessaires, ils puissent accéder sans artifice à la même réussite que les autres. Elle ne dissimule pas que les efforts nécessaires sont beaucoup plus importants pour eux que pour les Français moyens.

En particulier, elle réclame, comme nous, un effort important dès la maternelle et retour, dans le primaire et le secondaire, à l’enseignement explicite et systématique du français, de la littérature, des mathématiques, au rebours de tout ce qui a été fait depuis des décennies, et particulièrement depuis 1989.

Intégration ou insertion ?

L’intégration, conforme aux principes français et républicains, devrait, d’après l’auteur, procéder du choix délibéré, et mûrement réfléchi, d’une nouvelle patrie. Pour les immigrés et leurs descendants immédiats, ce devrait être par excellence un choix d’adulte.

Intégrer d’office selon le droit du sol impose un choix que beaucoup récusent : ils se disent “Français de papier” (et pour les avantages attachés aux papiers) tout en rêvant à une patrie imaginaire qui n’est pas celle que leurs parents et grands-parents ont quittée.

Malika Sorel propose donc d’abandonner le droit du sol. Mais elle reconnaît à la France le droit d’imposer aux étrangers qu’elle héberge un devoir d’insertion, c’est-à-dire le devoir d’apprendre les lois et coutumes, et de s’y conformer dans leurs rapports avec les citoyens français.

Le communautarisme est un frein à l’insertion, car il isole de la majorité, et maintient des règles et des coutumes propres, en fait discriminantes. Les grandes idées généreuses que certains voudraient institutionnaliser : le droit à la différence, la discrimination positive, ont trop souvent pour effet de culpabiliser les français de souche et de victimiser les autres, substituant ainsi des sentiments subjectifs à l’acceptation des réalités en France et dans les pays d’origine, réalités que Malika Sorel décrit parfaitement. Tout cela aggrave les problèmes au lieu de les résoudre.

Pour nous, qui militons pour la refondation de l’école, nous retenons parmi les pièces du puzzle l’impératif de restaurer, aux yeux des élèves et de leurs parents, l’autorité du savoir et le respect de l’école. »

00:46 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags: école, enseignement, insertion, intégration |

12 janvier 2009

Contenu de mon audition par la Commission Veil

Plusieurs semaines après la remise au Président de la République, par Madame Simone Veil, du rapport de la commission sur le Préambule de la Constitution, le texte de mon audition n’y a toujours pas été intégré par la Documentation Française, et n’est donc toujours pas rendu accessible au public.

La France est-elle si peu développée sur le plan de l’informatique ? Ou faudrait-il plutôt chercher ailleurs les raisons de cette non-publication ? Il est légitime que je m’étonne et que je m’interroge.

Dans mon audition, le 11 septembre dernier, j’avais aussi évoqué l'importation sur le territoire français du conflit Israëlo-palestinien comme l’une des conséquences de la non-intégration.

Je vous publie ci-dessous le texte de mon audition et vous engage à le diffuser autour de vous. Certes, cela ne remplacera peut-être pas la diffusion qu’aurait apportée une publication par la Documentation Française, sur le Net, mais je sais qu’une petite pierre jetée au milieu d’un étang peut faire naître une onde qui se propage jusqu’aux rives…

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Audition de Madame Malika Sorel, auteur du livre Le puzzle de l’intégration : les pièces qui vous manquent

 

Les éléments de la lettre de mission qui ont guidé ma réflexion sont les suivants :

* « Il convient d’étudier si et dans quelle mesure les droits fondamentaux reconnus par la Constitution doivent être complétés par des principes nouveaux. »

* « Il ne saurait être question de modifier ou d’affaiblir ces textes, qui sont de portée universelle. »

La lettre de mission rappelle, fort à propos, que « la Constitution détermine les libertés fondamentales de tout individu sur le sol de la République ». Le caractère de liberté fondamentale est jaugé à l’aune du prisme des valeurs qui constituent le socle français. Entrent dans la composition de ce socle les trois idéaux que nous rappelle le tryptique républicain Liberté-Égalité-Fraternité, auquel je n’oublierai pas d’adjoindre la Laïcité, tant cette dernière participe à pacifier notre espace public, et dans le même temps à protéger tous ceux qui ne détiennent pas la force de devenir des êtres libres. Pour eux, l’État doit veiller à ce que continue d’exister un moment placé hors du temps ; un instant de répit et de respiration, un espace soustrait au champ des pressions ; un sanctuaire.

Comme je l’explique dans mon ouvrage, le contenu des idéaux Liberté-Égalité-Fraternité n’est pas le même pour d’autres peuples, et la Laïcité est purement et simplement inexistante dans nombre de régions du monde. Certes, la France qualifie ses idéaux d’universels, mais ils ne le sont absolument pas. Il n’est ici question ni de classifier, ni de hiérarchiser, mais simplement de tirer les enseignements d’un constat. Mon vécu en immersion totale dans des cultures fort différentes m’a permis d’approcher, au plus près, la culture d’un peuple au travers des actes de la vie quotidienne. Cette culture, c’est celle qui sera transmise aux descendants et sera partie intégrante de leur inconscient collectif. Si je devais résumer, je dirais que la culture d'un peuple trouve sa traduction ou son illustration dans l'ensemble des normes collectives que ce peuple reconnaît et fait siennes ; la culture étant elle-même le produit du souffle de l’Histoire.

Je souhaite tout d’abord vous amener à vous interroger sur la notion même de diversité. Qu’appelle-t-on en effet « diversité » ?

Si l’on entend par ce mot la diversité culturelle liée aux origines ethniques ou raciales, comment la définir ? Dans quel groupe ceux qui possèdent une ascendance biologique d’origine arabe ou chinoise et qui sont culturellement déjà parfaitement intégrés à la communauté nationale française, devront-ils être rangés ? Leur demandera-t-on seulement leur avis sur cette question, fondamentale puisqu’elle touche à leur identité ? Peut-on décider de l’identité d’une personne et la lui imposer, ou reconnaît-on que le choix de sa propre identité doit faire partie des libertés fondamentales auxquelles tout être humain devrait avoir accès ? Ce sont là des questions d’éthique.

Le choix de sa propre identité doit-il toujours demeurer libre, ou peut-il être contraint ? Je m’explique : si ce choix d’identité conditionne l’obtention d’avantages, de facilités ou de privilèges pour soi ou pour sa descendance, peut-on dire que ce choix est encore libre ? Ce qui s’est produit aux États-Unis avec la prolifération de tests ADN demandés par des Américains à la recherche éperdue d’une trace de minorité ethnique ou raciale dans leur ascendance, dans l’unique but de bénéficier de la protection de l’« égalité effective », nous renseigne sur le type de réponses auxquelles nous devons nous attendre. Il est évident que nul ne refusera des facilités pour soi-même ou pour ses descendants, si elles offrent l’accès à des formations exigeantes ou l’obtention d’emplois. Ce qui signifie que la construction de l’identité des individus ne sera plus dynamique, mais figée dès la naissance. Ce sera alors un formidable gâchis, car tous ceux qui étaient déjà intégrés à la communauté nationale préfèreront se voir rattachés à leur communauté d’origine et se réclamer d’elle.

Si l’on entend par « diversité » que l’on est « divers » lorsqu’on n’attribue pas le même contenu aux valeurs fondamentales Liberté-Égalité-Fraternité + Laïcité et que la société devra en tenir compte – reste à définir comment – alors il faut accepter de considérer avec lucidité et courage la réalité des conséquences qui ne manqueront pas de se produire et qui remodèleront la France en profondeur.

Le contenu des valeurs fondamentales, celles du tryptique républicain, définit la place accordée à l’individu au sein de la société ; modélise les relations entre individus, et entre les individus et la puissance étatique (cette relation est-elle directe, ou existe-t-il un échelon intermédiaire entre ce pouvoir et les individus ?) Si nous n’attribuons pas tous le même contenu aux valeurs du tryptique républicain, cela conduit, dans les faits, à ce que nous ne partagions pas tous la même vision de la société vers laquelle nous souhaitons aller, pas le même projet de société. Ces différences seront d’autant plus grandes que la distance entre les contenus des idéaux ou valeurs fondamentales sera importante. Le questionnement concerne donc ici la place attribuée à l’être humain dans la société, la nature et l’amplitude de ses libertés, mais aussi la manière dont tous les autres sont perçus au travers du prisme de la fraternité.

 

I) Les dangers que l’inscription de la diversité dans le Préambule fait peser sur la cohésion nationale

Inscrire la diversité dans le préambule de la Constitution, c’est consacrer la prééminence du lien d’appartenance à un groupe particulier. Cela ne pourra se faire sans provoquer de conséquence sur le lien d’appartenance à la communauté nationale, puisqu’en inscrivant la diversité dans le Préambule, nous favoriserons, dans les faits et sans nécessairement l’avoir souhaité, la conscience particulière sur la conscience collective ; le projet d’idéal de société porté par un groupe sur le projet d’idéal de société porté par la communauté nationale. Or, le but qui est recherché à l’origine de l’inscription de la diversité dans le préambule de la Constitution est justement de favoriser une meilleure intégration ; c’est-à-dire de permettre l’éclosion d’une conscience collective, avec pour objectif d’enrayer ou de mettre un terme à la montée en puissance des conflits qui menacent la paix dans notre société. Nous voyons donc là, je le répète, qu’il existe une contradiction fondamentale entre le résultat de l’inscription de la diversité dans le Préambule, et l’objectif d’intégration des enfants des derniers vagues d’immigration qui posent question à notre société.

Il faut garder à l’esprit qu’un groupe qui tire sa force de sa taille n’aura strictement aucun intérêt à laisser ses membres présumés s’intégrer, donc lui échapper puisqu’ils feraient alors partie de la communauté nationale. La conséquence, c’est que la pression et la surveillance que certains groupes exercent déjà à l’heure actuelle sur leurs membres afin de les maintenir dans leurs girons, s’accentueront. Les membres des communautés vont, de ce fait, évoluer vers une adhésion de plus en plus étroite aux codes de valeurs qui découlent des idéaux portés par leurs groupes, pour atteindre l’homogénéisation des comportements au sein de chaque groupe communautaire. Cela les éloignera définitivement d’une intégration dans la communauté nationale française.

Avec l’« égalité effective », chacune des communautés présentes sur le territoire français se transformera inévitablement en une force qui bataillera pour la sauvegarde de ses intérêts exclusifs, et pour la conquête de nouveaux privilèges. La division de la France en communautés l’affaiblira, et la République deviendra l’otage de communautés qui se dresseront chaque jour davantage les unes contre les autres, au détriment d’une approche qui favoriserait le sentiment d’appartenance à la communauté nationale et la défense de l’intérêt général.

La politique de la diversité renforcera en France le cloisonnement de communautés ethniques ou raciales. Lorsque l’on regarde vingt ans en arrière, les enfants des migrants manifestaient, dans leurs comportements, une bien plus grande volonté d’insertion et d’intégration. Ce n’est plus le cas, et ce n’est pas dû à une déception qui serait imputable à l’attitude des Français ou aux conditions économiques.

Renvoyer, par le biais de la « diversité », les individus vers leurs groupes d’origine entraînera également la prééminence de rapports relationnels entre groupes ethno-raciaux, et non plus entre citoyens. Or, les tensions sur la scène internationale doivent au contraire nous inciter à la plus grande fidélité aux idéaux que rappelle le Préambule de la Constitution, car les populations présentes sur le sol français qui n’ont pas réussi leur intégration ont malheureusement tendance à vibrer au diapason de ces tensions internationales. Elles importent sur le sol français les conflits qui concernent leurs peuples d’origine. Les exemples, entre autres, du conflit israélo-palestinien, avec des jeunes de confession juive qui deviennent, en France, la cible de jeunes issus de l’immigration arabe, ou encore de l’immixtion de jeunes d’origine chinoise dans la question du traitement, par la France, du conflit entre la Chine et le Tibet, doivent nous alerter sur l’accroissement du risque d’affrontements entre groupes sur le sol français, mais aussi sur le risque de mise sous tutelle de l’indépendance de la France dans ses décisions de politique étrangère.

L’officialisation, par les textes, de l’existence d’une « diversité » consacrerait en réalité la coexistence, au sein de la société française, de groupes reconnus et identifiés comme ne partageant pas la même vision de la société et, ce qui est sous-jacent, pas la même définition des règles qui codifient le bien-vivre-ensemble. Cela signifie qu’à terme, chaque groupe souhaitera être régi par le corpus de lois qui découle de son propre projet de société. C’est ce vers quoi a très récemment failli glisser le Québec, et c’est ce contre quoi lutte actuellement, avec grand difficulté, la Grande Bretagne.

À l’aune de quelles évolutions la modernité se jauge-t-elle ? Favoriser l’essor de plusieurs sociétés en France représente-t-il un progrès pour la France, ou une terrible régression ? La libanisation de la France, puisque c’est vers cela que la conduira l’inscription de la diversité dans son Préambule, est véritablement porteuse de terribles conflits sur notre territoire, et donc d’une régression dramatique pour notre pays.

Seule la préservation du caractère « indivisible » du peuple de France peut nous faire espérer l’émergence d’une conscience collective prélude à l’acceptation d’un destin partagé.

 

II) Effets pervers de la politique de diversité

Je souhaite à présent vous exposer quelques-uns des autres effets pervers de la politique de diversité ; politique que l’on retrouve, je tiens à le préciser, sous une multitude d’autres vocables tels que « égalité réelle », « égalité effective », « action positive » ou « volontarisme républicain » (dans mon ouvrage, j’en répertorie une vingtaine).

1) C’est une politique élitiste appliquée aux groupes protégés par la discrimination positive. L’illustration, nous l’avons avec l’expérience de Sciences Po : nous nous focalisons sur les meilleurs, alors que ce sont tous les autres qu’il nous faut aider. On ne réussira pas à vider un océan de misère avec une petite cuillère en argent ! Si l’on souhaite se focaliser sur l’élite, ce qui est à mon sens une erreur car c’est sur tous les élèves fragiles que notre société devrait se concentrer, alors je soutiendrais plutôt les dispositifs d’accompagnement tels que ceux mis en œuvre par la Légion d’honneur, l’École Polytechnique, l’Essec ou Henri IV. Il faut toutefois garder à l’esprit que cela ne concernera jamais qu’une poignée d’élèves, et qu’il ne sera pas aussi aisé qu’on peut le prétendre de rattraper toutes les lacunes accumulées depuis le plus jeune âge.

2) Il n’y a pas de phénomène de retour sur investissement lié à la fabrication d’icônes.

Tout d’abord, une interrogation : pour quelles raisons retient-on d’emblée l’hypothèse que les enfants issus des dernières vagues d’immigration ne pourraient pas s’identifier à des Français de souche ?

En se focalisant sur ceux qui, statistiquement, ne poseront pas de problèmes à notre société, on fait le pari que cela fera pousser des ailes à tous les autres. On reste interdit devant tant de naïveté et une telle méconnaissance de la réalité des difficultés que rencontrent ces enfants, à commencer par les difficultés liées à leur milieu familial qui sont, de loin, les plus lourdes de conséquences. Nous voyons qu’en France, la fabrication d’icônes politiques ou médiatiques issues de l’immigration a déjà montré ses limites. Aucune embellie sur le front de l’intégration n’a pu en effet être constatée.

Dès 1990, la Grande Bretagne a mis en place une politique volontariste sur le petit écran, en y affichant des têtes issues de l’immigration, cela n’a eu strictement aucun effet.

Aux États-Unis, à chaque fois qu’on a voulu renoncer à la politique de l’affirmative action, on a enregistré une chute du nombre de Noirs dans les universités. Ne détenant pas le niveau réel de connaissances requis, ces derniers disparaissaient en cours de cursus universitaire. Comment aurait-il pu en être autrement, puisque l’on n’avait aucunement travaillé sur la source des véritables obstacles ? Dans certaines universités américaines, on en est alors venu à interdire aux professeurs d’octroyer aux étudiants estampillés « minorités » des notes inférieures à la moyenne. Dans d’autres, on a introduit l’octroi systématique et automatique d’un certain nombre de points aux élèves issus des minorités ethniques.

3) C’est une politique qui déresponsabilise les individus, car on inculque aux populations issues de l’immigration la certitude que leurs soucis sont imputables à la société : racisme supposé des blancs ; colonisation ; discrimination... Or, c’est l’inverse que notre société doit faire, car dans les milieux culturels dans lesquels le groupe possède un ascendant très fort sur ses membres supposés, ces derniers sont déjà en grande partie dépossédés du sentiment de responsabilité individuelle, et par contrecoup de l’esprit d’initiative. De plus, ce fonctionnement de groupe rend les individus fatalistes.

4) C’est une politique qui nourrit la haine entre les uns et les autres : elle scinde le corps social entre « bourreaux » et « victimes », puisque c’est sur la base de torts prétendument causés que la politique d’égalité effective est mise en œuvre. Elle crée également du ressentiment chez ceux qui ne possèdent aucun des critères retenus pour être favorisés par l’égalité effective.

Dans son récent discours à Philadelphie, Barack Obama a tenu à insister sur le caractère nocif de la discrimination positive. Il lui a imputé la responsabilité de l’impasse raciale dont l’Amérique est prisonnière.

Dans une étude très fouillée de la société américaine, le politiste américain Andrew Hacker établit quant à lui le constat que l’Amérique est devenue « deux nations, noire et blanche, séparées, hostiles et inégales ».

5) Problème de la détermination de la liste des bénéficiaires

Le subterfuge du critère géographique utilisé pour la détermination des bénéficiaires de l’égalité effective ou réelle ne leurrera personne en France. Chacun sait, comme l’a reconnu Dominique Strauss Kahn, que le critère géographique a été inventé pour maquiller le fait que l’on s’intéresse en réalité au caractère ethnique ou racial.

Avec quel degré de finesse faudra-t-il dessiner les contours de chaque groupe composant la « diversité » ?

Voici quelques exemples de sources de conflit potentielles : Suffira-t-il de définir le groupe des Noirs, ou faudra-t-il distinguer les Français d’outre-mer des Noirs africains ? Pourra-t-on grouper tous les Arabes, ou faudra-t-il les décliner en Algériens, Marocains, Tunisiens… ? En effet, rares seront les Algériens qui estimeront être bien représentés si ce sont des Marocains qui ont obtenu des avancées, et réciproquement (voir les conflits au sein de la composition du CFCM). La communauté asiatique sera-t-elle cataloguée comme monolithique, ou faudra-t-il tenir compte de son immense variété ?

Dans quelle catégorie classera-t-on les enfants issus de mariages mixtes ? À quel degré de « dilution sanguine » considérera-t-on qu’un individu ne doit plus être considéré comme appartenant à un groupe estampillé « diversité » ?

Si l’on prend comme critère le niveau socio-économique, ne risque-t-on pas de maintenir dans la dépendance économique ceux-là même qu’on en voudrait sortir, par le simple fait qu’une intégration trop bien réussie signifierait pour eux la fin d’un régime de faveur ? C’est ainsi que notre société crée des trappes à pauvreté.

6) C’est une politique qui entraîne une suspicion sur les compétences des personnes favorisées, et pour cause, puisqu’elles ont été soustraites aux exigences de vérification des compétences auxquelles les autres ont été soumis. Pourtant, cette obligation de se soumettre aux mêmes vérifications des aptitudes est capitale pour la construction du sentiment de confiance en soi et pour asseoir sa légitimité. La légitimité, ce sont les autres qui nous la donnent. Elle ne se décrète pas et on ne se la distribue pas soi-même.

Cela soulève une autre question de fond : pourquoi part-on du principe que les élèves issus de l’immigration seraient incapables de développer les mêmes aptitudes que les enfants de Français de souche ?

7) Perpétuité de la politique de l’égalité effective car, comme aux États-Unis et en Inde, personne ne voudra sortir du dispositif.

Il est important de signaler que les élus n’oseront jamais plus l’abroger ou l’amender, car ils deviendront otages du vote des groupes favorisés par des mesures qui les soustraient à des contraintes auxquels tous les autres sont soumis.

8) Introduction d’une nouvelle forme d’insécurité dans notre société, car chaque citoyen non protégé, ou ses enfants, pourront un jour ou l’autre se retrouver victimes de dégâts collatéraux. Il ne suffira plus, en effet, d’accomplir correctement son travail ou ses études. Encore faudra-t-il qu’au moment où la personne postule, son groupe ne soit pas déjà surreprésenté. Tant que les personnes estampillées « diversité » ne seront pas en nombre jugé représentatif au sein des écoles, universités, entreprises, échelons hiérarchiques, listes politiques, alors tout citoyen français de souche pourra se voir recalé. Qu’adviendra-t-il alors du sentiment de justice sociale qui est le ciment de notre société ? Comment les Français de souche européenne réagiront-ils lorsqu’ils ne feront plus du tout confiance en leur justice sociale ?

 

III) Solutions

J’aimerais à présent vous dire que le diagnostic selon lequel les jeunes issus de l’immigration échoueraient du fait de discriminations imputables aux Français de souche européenne, est totalement erroné ; et que les solutions fondées sur ce faux diagnostic n’ont aucune chance de conduire à la résorption des problèmes d’intégration de ces jeunes. Pire, l’expression de la repentance de la France au travers des politiques de diversité, d’égalité réelle ou d’égalité effective ont toutes les chances de nourrir encore davantage le ressentiment de tous ces jeunes, auxquels notre société répète sans cesse que la France et les Français sont coupables de leurs problèmes.

Plusieurs actions doivent être menées de concert et dans différents domaines, sans attendre que l’une porte ses fruits avant de mettre en œuvre la suivante. Ces actions n’agissent en effet pas toutes sur les mêmes dimensions du problème et surtout, elles ne présentent pas toutes le même temps de réponse. Je vais vous en présenter quelques unes.

1) Le préalable à toute action, c’est de rester ferme sur la question des principes fondamentaux Liberté-Égalité-Fraternité et Laïcité. À chaque fois que l’on rouvre la discussion sur ces sujets, on envoie en réalité le signal que les fondamentaux peuvent être mis à terre. Dans ces conditions, il est illusoire d’espérer que les règles de la société française soient un jour respectées par les populations issues de l’immigration qui sont porteuses d’autres idéaux et d’autres fondamentaux.

2) Il est indispensable que la France tourne le dos aux thèses de la victimisation et de la repentance.

3) Il faudra dire la réalité du pacte moral et social qui lie les Français entre eux. La notion d’ascenseur social a trompé des générations de familles. Or, nul ascenseur n’existe dans notre société et la réussite y est, bien au contraire, un long parcours qui s’apparente à une course de haies. L’atteinte de la réussite n’est pas du tout la démarche passive que laisse supposer l’ascenseur social.

4) Il faut une prise de conscience urgente du fait que l’école maternelle et les premières classes de l’école primaire sont décisives pour les élèves qui viennent de milieux culturels très éloignés de celui des Français de souche européenne. Ces classes doivent donc faire l’objet de toutes les attentions, et à ce titre bénéficier de moyens qui leur permettront d’accompagner ces enfants en petits groupes. L’acquisition d’un dictionnaire de mots suffisants avant l’entrée à l’école primaire, la lecture de contes, la transmission de la culture artistique ainsi que des règles du savoir-vivre-ensemble propres à la société française sont des impératifs, car ils aideront ces élèves à se créer des attaches affectives et intellectuelles dans la culture française. C’est cette dimension qui leur fait cruellement défaut et qui les entrave dans leur progression scolaire, puis sociale.

5) Notre société doit en conséquence cesser de faire porter à l’école et aux enseignants la responsabilité de l’échec des enfants issus de l’immigration, et accepter de se poser la question suivante : qu’est-ce qui empêche les enfants issus de l’immigration de saisir les innombrables perches que l’école leur tend tout au long de leur cursus scolaire ? Il est indispensable d’accepter de regarder en face la réalité des obstacles, à commencer par ceux qui sont liés à la résistance des parents de l’immigration à l’intégration de leurs enfants. L’attitude des parents de l’immigration est rationnelle. Ces parents comprennent très vite que l’école, en formant l’esprit de leurs enfants, va les leur rendre dissemblables. C’est la raison pour laquelle notre société doit être aussi exigeante envers tous ces enfants qu’elle l’est avec les enfants des familles françaises de souche.

6) Pour pouvoir traiter en profondeur ce sujet de l’intégration, il est important d’adopter le ton de la sagesse, car la souffrance est présente non seulement du côté des Français de souche, mais aussi du côté des populations issues de l’immigration, qui ne comprennent pas vraiment ce qui se déroule. J’entends par là qu’accoler le terme d’identité nationale à celui d’immigration est une lourde erreur. Cela crée de l’incompréhension et une souffrance aiguë, même chez ceux qui sont déjà parfaitement intégrés. À mes yeux, on risque davantage de terrasser l’identité française en voulant mettre à bas l’égalité républicaine, l’unicité du peuple français, sa laïcité, qu’en accueillant des immigrés dont on exigera, comme pour les Français de souche, le respect des règles de savoir-vivre-ensemble de la société française.

7) Notre société doit écarter d’emblée toutes les voies qui, déjà expérimentées par d’autres pays, ont échoué. Je citerai, outre les politiques liées à la diversité, la politique de répression des mineurs et l’immigration choisie. Pour l’immigration choisie, les problèmes rencontrés par le Canada sont, à plus d’un titre, éclairants. Il est en effet instructif de relever que le Canada ne possède aucun passé colonial.

8) Il est indispensable de dissocier les questions d’insertion des questions d’intégration. J’explique longuement dans Le puzzle de l’intégration, sur mon blog et aussi dans la revue Le débat de septembre 2008, pour quelles raisons elles correspondent à deux situations très différentes. Leur confusion est à la source de sérieux problèmes qui se posent aux enfants issus de l’immigration, et par ricochet à la société française.

L’insertion, c’est l’obligation de respecter les règles du bien-vivre-ensemble de la terre d’accueil, même si on ne les partage pas et qu’on en possède d’autres. C’est ce que font aussi les Français de souche lorsqu’ils sont expatriés.

L’intégration correspond au sentiment d’appartenance à la communauté nationale, à la volonté d’inscrire sa descendance dans l’arbre généalogique français, et non plus dans celui de ses propres ancêtres biologiques ; au fait de faire siens les ancêtres des Français, et donc leur histoire. Ainsi, l’intégration se produit lorsqu’on se sent faire corps avec les Français de souche européenne, lorsqu’on se sent concerné affectivement, moralement et intellectuellement par le partage avec eux d’une même communauté de destin, et qu’on participe à la transmission, à ses propres descendants, des fondamentaux qui composent le noyau identitaire français.

Parce qu’elle ne peut être que le fruit d’un choix personnel, chacun à son heure, l’intégration doit devenir facultative, tandis que l’insertion ne peut être refusée et doit de ce fait devenir obligatoire.

Ce qui se produit dans les banlieues relève davantage de ce placage artificiel et superficiel d’une identité sur une autre, que de problèmes d’ordre économique. Il faut bien réaliser que ce qui a été détruit lors des émeutes de 2005, c’était des écoles, des infrastructures culturelles et sportives... tout ce qui a été construit pour aider les enfants issus de l’immigration à grimper dans l’échelle sociale.

Aujourd’hui, le problème le plus grave auquel doivent faire face les enseignants dans les banlieues sensibles, c’est que les rares élèves qui souhaitent étudier sérieusement en sont empêchés par leurs camarades, car réussir signifie aux yeux de ces derniers accepter les règles de la France, et cela n’est pas concevable.

Pour comprendre qu’on est très loin d’un problème d’ordre matériel ou de reconnaissance qui trouverait sa résolution dans l’introduction de l’égalité effective, il faut réaliser que la même jeunesse, quand elle a continué à vivre dans le pays de ses ancêtres, souvent dans le plus grand dénuement, n’adopte pas le même comportement. Je souhaite signaler également que des expériences de déplacement, sur le territoire français, de familles de l’immigration créatrices de tensions vers des environnements plus privilégiés sont loin d’avoir représenté un succès. Une partie non négligeable de ces familles ont en effet, non seulement poursuivi leurs agissements, mais de plus installé un climat d’insécurité dans leur nouvel environnement.

Je pense que nous ne couperons pas à une réécriture du code de la nationalité, comme l’avait souhaité Jacques Chirac en 1987. L’octroi de la nationalité doit correspondre à l’aboutissement du processus d’intégration, et non pas comme c’est le cas aujourd’hui à son début, alors que l’issue du processus d’intégration n’est pas prédictible. Existe-t-il des pays africains, maghrébins ou asiatiques qui plaquent, comme le fait la France, une identité sur un individu, au seul motif qu’il est né sur leur territoire ? Il est dangereux de coloniser des populations. La France devrait pourtant en savoir quelque chose.

Pour parvenir à ouvrir ce dossier capital, il faut œuvrer à installer un climat de sérénité. Cela passe par la dissociation complète des questions économiques et des questions identitaires. À partir du moment où la France accepte qu’un étranger s’installe sur sol, ce dernier doit pouvoir bénéficier des mêmes aides et prestations que tous les autres résidents. Si tel n’est pas le cas, l’obtention de papiers d’identité continuera d’être motivée par des considérations matérielles, avec les conséquences que l’on sait sur la violence que vivent les jeunes qui se retrouvent dotés d’une identité brouillée. Il est intéressant de se remémorer combien il est important pour eux de saisir la moindre occasion, telle qu’une manifestation culturelle ou sportive, pour signifier à la société l’identité dont ils sont porteurs (et c’est leur droit). Le fait d’arborer les drapeaux de leurs pays d’origine, qu’ils n’ont parfois même jamais connus, est un signe qui n’est absolument pas anodin. C’est à la France que revient la responsabilité de veiller à ce que cesse la confusion créée et entretenue par le droit du sol.

 

IV) Conclusion

Je conclurai mon propos en disant que le chemin qui apparaît, de prime abord, le plus court n’est pas nécessairement le plus sûr ni le plus rapide en terme de résultats. Si elle veut rester unifiée et en paix, la France devra tourner le dos à des politiques qui, loin de la moderniser, la feront terriblement régresser car ils la renverront à des périodes sombres – la division et l’affrontement intergroupes.

Comment en est-on arrivé à vouloir tourner le dos à un modèle d’intégration qui a pourtant fait la preuve de son efficacité avec les précédentes vagues d’immigration, celles qui provenaient des pays de l’est et du sud de l’Europe ? Sait-on en France que le Pew Reseach Center, l’un des think thanks américains les plus sérieux, a qualifié au printemps 2006 le modèle d’intégration français de « meilleur modèle d’intégration » comparé aux modèles anglo-saxons ou germaniques ? Dans toute son histoire, jamais la France n’a été soumise à de telles demandes de renoncement à ses principes fondamentaux de la part de nouveaux entrants. Elle ne l’a même pas été de la part de ceux de ses enfants qui ont souffert dans leur chair au cours d’une période tragique de l’histoire de France ; je pense là tout particulièrement à tous ceux qui ont été persécutés, ou dont les proches ont été persécutés, lors de la seconde guerre mondiale.

S’il n’y avait qu’un seul mot à privilégier, ce serait celui de « cohérence ». Ne pas permettre aux enfants issus de l’immigration ce que l’on ne permettrait jamais à ses propres enfants, car on sait que cela les conduirait à s’exclure de la société, voilà ce à quoi un comportement cohérent aurait naturellement conduit.

Certes, nous vivons une époque rendue complexe par la mondialisation et par l’importance des flux migratoires, mais cela peut aussi devenir une période qui permettra à la France de renouer avec un véritable rôle d’éclaireur. En conséquence, la France ne doit pas se contenter de suivre à l’aveugle des politiques porteuses du poison de la division, et je vise également ici certains articles de la Charte européenne des droits fondamentaux.

Pour ne pas devenir un nouveau Liban, la France doit d’urgence se réapproprier sa liberté de pensée et de jugement, si chère à l’historien et résistant Marc Bloch. À chaque fois qu’elle s’en est écartée, le malheur a fondu sur elle. C’est là que se trouve la clé de voûte de tout l’édifice. Il n’y a pas de sujet plus important que celui du maintien de la cohésion nationale.

Je vous remercie de votre attention. Je vous prie d’excuser ce long exposé, mais il y a une logique et une structure dans mon raisonnement et il m’apparaissait important de pouvoir vous la dérouler.

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Vous pouvez trouver ici le rapport de la Commission Veil publié par la Documentation Française.

 

14:15 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags: veil, diversité, constitution, école, enseignement |

01 février 2008

Le monde de l’absurde aide-t-il nos enfants ?

Pour avoir giflé un élève, un professeur se retrouve en correctionnelle. Chaque jour, des élèves renversent des tables en classe, bousculent leurs enseignants, les frappent, leur crachent à la figure, les couvrent de bordées d’injures ; cela stimule les zygomatiques de tous leurs camarades, érige dans le même temps l’auteur de ces actes inqualifiables en héros des temps « modernes », et laisse notre société s’assoupir dans une quasi-indifférence généralisée, qui est à mes yeux une non-assistance à société en grand danger.

Les adultes que nous sommes doivent-ils se sentir fiers d’avoir contribué à ce que nos enfants aient perdu le sens du respect de ceux qui ont pour mission de préparer l’avenir ? Qu’advient-il lorsque les enseignants ne sont plus respectés ? Le cerveau de leurs élèves, de manière tout à fait inconsciente, cesse d’engranger les savoirs que l’école tente de leur transmettre. Qui en est la principale victime ? La France, bien entendu !

Voici les propos du secrétaire général du Syndicat National des Collèges et des Lycées, Bernard Kuntz, diffusés au journal de 13h de France Inter, le 31 janvier dernier : « Ce que je peux vous dire, c’est que partout en France, dans les établissements scolaires et pas seulement dans les établissements sensibles, les professeurs en ont assez. Ils ne supportent plus cette indiscipline constante, ces insultes, ces mauvais coups, cette impossibilité qui nous est faite actuellement de faire travailler nos élèves. Alors, à une époque où le Président de la République nous parle d’école du respect, on aimerait bien un peu que la société, dans son ensemble, et que le Gouvernement, en particulier, prenne de véritables mesures pour faire en sorte que nous puissions recommencer à accomplir la mission pour laquelle nous avons été recrutés, c’est-à-dire instruire nos élèves. »

La semaine dernière, Valérie Pécresse a osé avancer qu’elle était favorable à l’évaluation des professeurs par les étudiants. Quel ministère dirige-t-elle donc ? S’est-elle plongée, avec un tant soit peu de sérieux, dans la réalité des difficultés auxquelles se trouve confronté notre système d’enseignement, et donc notre pays ?

Même dans le sacro-saint univers des grandes écoles d’ingénieurs, le niveau ne cesse de se détériorer. Et ce n’est pas le déversement arbitraire dans les classes préparatoires de 5% de chacun des lycées de France, que vient d’annoncer le gouvernement, qui en relèvera le niveau. Prudente et anticipant la déconfiture, le ministre de l’enseignement supérieur annonce que tous ceux qui échoueront à intégrer une grande école se verront accorder une équivalence universitaire. Pourquoi donc envoyer dans des cursus réputés non complaisants (en termes de connaissances), des élèves qui ne détiendraient pas les capacités à en relever les exigences ? Augmenter dans une classe le nombre d’élèves qui peinent et sont à la remorque, aura une incidence sérieuse sur le programme que l’enseignant pourra, en fin de compte, transmettre à l’ensemble de sa classe dans le temps imparti. C’est donc la totalité de la classe qui en paiera le prix, et la France par voie de conséquence.

Il faut savoir qu’aujourd’hui en France, en deuxième année de certaines écoles d’ingénieurs (soit au stade bac+4), un nombre croissant d’élèves ne maîtrisent plus certaines notions fondamentales de mathématiques, qui leur sont indispensables et qui étaient, il y a encore dix ans, couramment maîtrisées par les élèves de terminale S ! Des notions sans lesquelles aucun ingénieur, dans les domaines technologiques en question, ne peut espérer remplir les missions qui lui seront confiées, et auxquelles sa formation aurait dû le préparer. La désillusion sera dure à encaisser, non seulement pour ces ingénieurs, mais aussi pour les industriels qui les auront recrutés.

Où sont les courageux hommes politiques qui oseront s’attaquer sérieusement à la réalité des défis qui se posent aujourd’hui à l’enseignement en France ? Le premier de ces défis sera de faire en sorte que les élèves redeviennent des élèves. Voici à ce sujet un extrait du Puzzle de l’intégration : « Bien entendu, le service public de l’orientation n’est pas la maison des miracles ; il ne pourra venir en aide qu’à ceux qui auront respecté leur mission d’élèves au long de leur scolarité. »

18:40 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags: école, éducation, enseignement, pécresse, sncl, violence, classes préparatoires |

04 janvier 2008

Du rôle central de l’école maternelle dans l’Égalité des chances

La « mission Bentolila » sur l’école maternelle a rendu son rapport au Ministre de l’Éducation nationale Xavier Darcos. Ce rapport a le mérite de placer l’école maternelle au centre de la discussion sur la réussite scolaire. Enfin, on reconnaît que l’égalité des chances se prépare dès la maternelle. On comprendra donc peut-être un jour que le chèque de 730 millions d’euros alloué à Valérie Pécresse pour diviser par deux, à l’horizon 2012, le taux d’échec des 52% d’étudiants dont le trop faible niveau les empêche de réussir d’emblée l’épreuve de vérité que constitue la première année universitaire, n’a guère de chance d’atteindre son objectif. Le « Plan réussite en licence » de Valérie Pécresse prévoit que « la licence sera également rénovée avec l’instauration d’une première année fondamentale davantage pluridisciplinaire et recentrée sur les fondamentaux ». Ce qui signifie en bon français que la première année universitaire servira désormais à dispenser les fondamentaux qui auraient dû être acquis auparavant par les étudiants ! À ce stade, ce qui est entrepris là n’est plus une tentative de sauvetage, mais un tour de magie digne de la bonne marraine de Cendrillon, capable de changer une citrouille en carrosse et des souris en splendides chevaux… Je considère pour ma part que pour la réussite scolaire, l’égalité des chances se construit pas à pas depuis la maternelle jusqu’à la fin du CE2.

La mission Bentolila met en lumière l’importance, dans le cursus scolaire, du temps consacré aux comptines, ainsi que la nécessité d’un apprentissage basé sur des écrits de bonne qualité littéraire, et non pas sur des textes « fort médiocres » (je cite). Il est affligeant d’avoir mis si longtemps à prendre conscience de cette triste réalité. En vérité, seuls les enfants qui auront eu le privilège d’évoluer dans un milieu familial dont l’usage de la langue française n’est pas atrophié, disposeront d’une chance d’aborder les apprentissages de l’école primaire sur les deux jambes. Les autres trébucheront dès les premières semaines. Parmi eux, certains se relèveront, mais d’autres seront traînés de classe en classe en attendant l’âge légal de fin de la scolarité obligatoire…

Voici quelques extaits du rapport remis au Ministre de l’Éducation nationale : « Les temps consacrés aux comptines et aux chants doivent devenir des temps d’apprentissage où l’on privilégiera la qualité d’articulation, de mémorisation, d’explication du lexique, plutôt que la quantité de comptines marmonnées. […] Disons enfin que tous les textes ne se valent pas et qu’il en est de superbes et de fort médiocres. En la matière, la “modernité” n’est pas toujours une garantie ; certains textes et poésies classiques charmeront les oreilles et les esprits de jeunes enfants plus sûrement que certains albums de littérature jeunesse. En bref, l’école maternelle doit commencer à créer les fondements d’un patrimoine littéraire de qualité. Le nécessaire labeur qu’ils entreprendront au CP, sera ainsi éclairé par la claire conscience qu’il leur promet des découvertes magnifiques des images merveilleuses qui n’appartiendront qu’à eux mais qui devront tout au texte et à son auteur. »

Un très long passage est consacré aux « enfants venus d’ailleurs ». La mission évoque l’existence d’« un risque transculturel pour tout enfant de migrant ». Elle soulève également la question de la compatibilité culturelle entre l’école et la maison pour ces « enfants venus d’ailleurs » : « Il est temps que parents et enseignants s’accordent ensemble, au sein de chaque établissement, sur les termes d’une compatibilité culturelle entre l’école et la maison. » Comme la sociologue Nicole Mosconi[1], la mission affirme que « Le rapport au savoir des familles est lié à la représentation de l’enfant, de sa nature, de ses besoins, de ses compétences. Mais le rapport au savoir que l’enfant doit habiter pour pouvoir apprendre est celui de l’école française. »

Le rapport recommande alors, et c’est en effet très sage, de réduire le conflit lié au risque transculturel entre l’école et la maison : « […] pour penser la prévention du risque transculturel auquel est soumis tout enfant de migrants. Tout d’abord, diminuer le conflit entre l’école et la maison, les deux lieux d’appartenance de l’enfant. Il s’agit parfois de logiques qui se posent comme antinomiques et qui cherchent à s’exclure ou du moins qui entrent dans un rapport de force stérile. Pour permettre à l’enfant d’acquérir le savoir nécessaire, il ne s’agit pas de changer sa nature, de le rendre pareil à ses enseignants ou à des normes qui seraient celles de la société d’accueil. »

Malheureusement, la voie que préconise d’emprunter la mission Bentolila démontre qu’elle n’a pas encore bien saisi les véritables difficultés que rencontrent les enfants issus de l’immigration dans leurs parcours personnels, et qui entraînent l’exclusion du plus grand nombre d’entre eux d’une réelle « égalité des chances ». Ainsi, la mission recommande de « créer aussi des espaces de pensée de l’altérité à travers l’ouverture de l’école sur les réalités sociales et culturelles de la France, pays de métissages. Ceci peut se faire à travers le soutien d’activités parascolaires en relation avec les multiples origines culturelles des enfants de la seconde génération : ateliers de langues, d’écriture, de calligraphie, d’histoire… »

Savez-vous qu’en France, des formulaires de renseignements remis en début d’année aux élèves des écoles primaires demandent aux parents s’ils souhaitent que leur enfant reçoive un enseignement de sa langue et sa culture d’origine ? Quand prendra-t-on conscience du fait que le seul référentiel culturel qui est aujourd’hui, contrairement à naguère, transmis aux enfants issus de l’immigration par leurs propres familles, est celui de leur pays d’origine, et que pour aider ces enfants à s’insérer dans la société française, l’école a donc une toute autre mission à accomplir auprès d’eux que d’abonder dans le sens des familles ? Le plus souvent, pour toutes les raisons que j’ai abordées dans « Le puzzle de l’intégration », ces dernières n’ont elles-mêmes aucune possibilité d’accompagner leurs enfants sur ce chemin de leur insertion. Vous aurez remarqué que j’évoque ici l’insertion, et non pas l’intégration. Quand notre personnel politique réalisera-t-il que c’est bel et bien la carence de transmission de la culture du pays d’accueil qui creuse le tombeau des enfants issus de l’immigration, et de la France par voie de conséquence ?

Je terminerai en citant le sociologue Alex Mucchielli : « La notion de mentalité (système culturel) recoupe d’ailleurs entièrement le concept de culture intériorisée. Une mentalité c’est un ensemble d’acquis communs aux membres du groupe. Ces acquis, comme dans le cas de la culture intériorisée, servent de références permanentes et inconscientes pour la perception des choses, pour les évaluations faites et interviennent dans l’orientation des conduites. Une mentalité porte en elle une vision du monde et génère des attitudes (c’est-à-dire des manières d’être envers les choses) concernant les éléments de l’environnement. Ces éléments de l’environnement ne sont pas n’importe lesquels. Ce sont les éléments clés de la vision du monde : les référents essentiels de l’identité. Ces éléments importants par rapport auxquels le groupe a pris position sont les éléments dits nodaux, points d’ancrage de son identité. »[2]

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[1] Nicole Mosconi, Jacky Beillerot, Claudine Blanchard-Laville, « Formes et formations du rapport au savoir », Savoir et formation - L’Harmattan, juin 2000.

[2] Alex Mucchielli, « L’identité », Que sais-je? - PUF, 1986.

15:10 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags: bentolila, darcos, pécresse, école, enseignement, insertion, intégration, égalité des chances |