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15 mai 2008

Une pensée pour ce si cher Liban, et aussi pour l’Europe

Le Liban plonge à nouveau dans la guerre civile, traduction de la haine que se vouent désormais les différentes sensibilités en présence. Que dire de ce cher Liban, autrefois surnommé « la Suisse du Moyen-Orient » ? Il y a seulement quelques jours, je lisais des spécialistes exprimant la conviction que le Liban ne renouerait plus jamais avec les guerres fratricides : non, les Libanais avaient bien trop souffert pour s’y replonger ; ils avaient désormais compris que leur destin ne pouvait qu’être collectif. La grande naïveté de ces conclusions m’avait sidérée : je savais le contraire plus que probable, pour une multitude de raisons dont je ne citerai qu’une : toute la structure politique du Liban, toute l’organisation de sa société entretiennent, sur le terrain, le séparatisme des Libanais, le communautarisme. Comment, dans ces conditions, espérer faire naître, à moyen ou long terme, un sentiment d’unité des citoyens qui viendrait transcender toutes les autres dimensions, qui tiendrait à distance tout ce qui fournit prétexte à se regarder comme différents et à se déchirer ? C’est tout simplement impossible !

Dans Le puzzle de l’intégration, j’évoque le grand risque qu’encourrait la France à se « libaniser ». Or elle est à présent en voie de libanisation avancée, et les Français l’ont au demeurant déjà compris. Il faudrait véritablement être aveugle pour ne pas le percevoir, tant cette libanisation se conjugue désormais au quotidien. Au Liban, les tensions dévastatrices sont le fait de groupes qui appartiennent pourtant à la même ethnie, qui partagent le même passé. Qu’adviendra-t-il de la société française, alors que nous sommes dans un cas de figure autrement plus complexe ?

Nous disposions de quelques années seulement pour tenter de redresser la barre, quelques années pour tirer l’enseignement des erreurs passées et bâtir un projet de paix pour l’avenir. Or chaque jour nous apporte son lot d’errements politiques, qui nous coûteront à tous. Car il faut en prendre conscience, nul ne sortira vainqueur de l’irréparable ; le Liban et l’Algérie sont là pour en témoigner.

Il manque à notre classe politique un fil conducteur, un esprit de cohérence qui la mènerait vers la réalisation d’une véritable vision au service de l’intérêt général. Cette regrettable faiblesse n’est pas l’apanage de la France ; elle est malheureusement largement partagée par d’autres classes politiques à travers l’Europe. Signe des temps, et il n’y a là nul hasard, la majorité des élections qui se sont tenues en Europe ont donné le pouvoir à des candidats de droite, flirtant avec l’extrême droite. Le risque est là, bien présent, que les peuples européens, désormais trop inquiets pour réfléchir un tant soit peu, ne réinstallent le populisme en Europe. L’Histoire ne serait-elle finalement qu’un éternel recommencement ? L’Humanité aurait-elle donc régulièrement besoin de nuages sombres, puis de déluges, pour savoir apprécier à nouveau à leur juste valeur les bienfaits des rayons du soleil ? Qui sont finalement les plus fautifs dans tout cela ? Sont-ce les populistes qui excellent dans l’exploitation de la faiblesse de peuples rendus hagards par la peur de disparaître ? Ou sont-ce les sages qui n’ont pas su puiser en eux le courage de parler, et surtout de se lever à temps ?

Nous vivons à une époque où le père, le pouvoir politique, a perdu la raison. Non seulement le père ne protège plus ses enfants du pire, mais c’est lui qui leur en fait courir le risque ; celui d’une descente aux enfers. Après l’invitation à peine voilée faite au prêtre, au rabbin, à l’imam de venir s’immiscer dans l’espace public ; après l’alignement de la France sur les positions des adeptes de l’axe du bien et du mal pour départager les Hommes sur Terre ; après la lettre de mission envoyée à la commission Veil pour tenter de subdiviser, de manière officielle, le peuple français, voici l’Europe qui entre dans la danse macabre et demande à la France de transposer une directive qui a trait à la lutte contre les « discriminations ». Et l’impayable Nadine Morano de rappeler aux élus de la Nation encore habités de raison : « La Commission européenne nous a demandé très explicitement de reprendre sa définition des discriminations. Si le Parlement [français] retient une autre définition, la Commission n’hésitera pas à saisir la Cour de justice européenne, qui lui donne raison dans 95% des cas. »

L’Europe organise elle-même sa subdivision en victimes et bourreaux, creusant ainsi le lit du torrent de sang qui pourrait un jour inonder ses plaines. La Saint-Barthélemy est un souvenir à présent trop fugace pour nous rappeler la fragilité du lien de cohésion. William Shakespeare ne conseillait-il pas d’« abandonner ceux qui s’abandonnent eux-mêmes » ? Oui, mais les peuples européens ont-ils jamais souhaité s’abandonner ? N’est-ce pas plutôt le pouvoir politique qui, sans le savoir bien sûr, et sans le vouloir, les conduit au sacrifice ?

Le 6 mai dernier, lors d’un débat à l’université de Paris-Dauphine, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a tenu les propos suivants : « La politique, c’est le lieu et le moyen d’accompagner un peuple pour le destin qu’il s’est choisi. » C’est là où le bât blesse, car, à n’en point douter, ni le peuple français, ni les autres peuples européens n’ont choisi le destin qui leur est fait. C’est cette méprise qui toujours conduit aux révolutions : un peuple qui prend conscience d’avoir été dessaisi du choix de son destin tente de le reprendre en main.

Rêvons donc que le père, le pouvoir politique, se ressaisisse ! La France doit à nouveau montrer le chemin. Elle doit ouvrir la voie.

14:05 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags: liban, sarkozy, morano, villepin, europe, discriminations, communautarisme |

17 décembre 2007

Ce que notre Conseil constitutionnel a rejeté, Bruxelles finira-t-il par nous l’imposer ?

Le 15 novembre dernier, le Conseil constitutionnel censurait l’article 63 du texte de la loi relative à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile, qui autorisait le comptage ethnique et racial. Or, une proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil de l’Europe, présentée par la Commission Européenne, souhaite mettre en oeuvre ce comptage dans le cadre du « recensement de la population et du logement ». La Commission européenne avance que les statistiques dont elle dispose pour établir des comparaisons entre les différents pays de l’Union Européenne ne sont pas assez exhaustives, ni suffisamment détaillées, pour lui permettre d’assumer ses compétences.

Cette proposition de règlement n’est pas inconnue de notre classe politique, puisque le 3 avril 2007 elle a déjà été examinée par nos sénateurs. Ces derniers observaient que « Le texte reste en effet relativement imprécis quant à la nécessité de faire parvenir des informations liées aux thèmes recommandés. Ceux-ci couvrent des domaines relevant pour l’essentiel de la sphère privée, dont la confidentialité est protégée par la loi française (aptitude à lire et à écrire, religion, groupe ethnique, situation matrimoniale de fait). Le texte devrait en conséquence clairement marquer le caractère facultatif de la transmission de ces informations. »

Voici quelques-uns des thèmes que Bruxelles souhaite voir pris en compte par les États membres dans le recensement de leurs populations :

  • Date du premier mariage et du mariage actuel de la femme ; date de la première union consensuelle et de l’union consensuelle actuelle de la femme ;
  • pays de résidence antérieure, durée totale de la résidence dans le pays, lieu de résidence habituel cinq ans avant le recensement ; raison de la migration ;
  • pays de naissance des parents ;
  • acquisition de la citoyenneté ;
  • groupe ethnique ;
  • langue ;
  • religion ;
  • handicap.

Aux États qui auraient « oublié » la primauté du Droit européen sur les droits nationaux, Bruxelles rappelle ce qui suit : « Entrée en vigueur : Le présent règlement est obligatoire dans tous ses éléments et directement applicable dans tout État membre. ». Nos dirigeants français sauront-ils se souvenir, fort à propos, de l’existence du principe de subsidiarité ?

Autre sujet d’inquiétude : la Charte des droits fondamentaux, adossée au Traité européen que la France vient de signer, stipule en son article 10 : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites. »

Cette Charte des droits fondamentaux signe-t-elle la fin de la Loi de 1905 ? Si c’est le cas, je crains que nos instances dirigeantes ne soient en train de créer les conditions d’un net durcissement de la cohabitation au sein de notre espace public. Est-ce bien intelligent ?

Comme je l’écris dans Le puzzle de l’intégration : « L’Union Européenne doit cesser de lutter contre les particularismes, qui sont parties intégrantes de l’identité de chacun des peuples qui la composent. Ce n’est pas contre ses peuples que l’Union doit se construire, mais plutôt pour et avec ses peuples. La voie qu’a empruntée l’Europe a fait naître la méfiance à son égard et ruiné les espoirs des Européens. La plus grande victime n’en a pas été la construction européenne, mais les peuples européens, dont les espoirs d’une Europe solide ont été brisés. »

Au fil des années, l’Union Européenne est devenue semblable à un avion dont on essaie de pousser les réacteurs sans même avoir véritablement réfléchi, ni au point à rallier, ni à la trajectoire à adopter. Les peuples disposeront-ils du pouvoir de rappeler leurs dirigeants à davantage d’esprit de responsabilité ? Il faut l’espérer pour la survie à moyen et long terme de la construction européenne, mais aussi et surtout pour la paix civile au sein de chacun des pays qui la composent.

12:35 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags: comptage ethnique, laïcité, traité simplifié, europe |