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octobre 2009 | Page d’accueil | décembre 2009

27 novembre 2009

Gadgets et recettes de cuisine…

Mon livre est bien trop compliqué pour une société devenue avide de gadgets et de recettes de cuisine vite prêtes, vite consommées. Traiter la réalité du sujet de l’intégration en évoquant tout le travail à accomplir au sein des familles, à l’école, dans le monde politique, dans la société, tout en prenant en considération une grande variété de facteurs, tels que l’impact du maintien d’un lien étroit avec le pays d’origine ; ce qui a changé par rapport aux précédentes vagues d’immigration ; les conséquences des flux migratoires continus ; les ressorts psychologiques et philosophiques ; la dynamique des groupes… tout cela se révèle en effet bien trop compliqué, quand d’autres promettent le paradis par quelques coups de baguette magique. Le pire dans tout cela, c’est que beaucoup de Français croient au surnaturel. C’est ainsi que grâce à Rama Yade, tous les Africains s’intègreront et se sentiront Français un jour prochain, et que Rachida Dati conduira tous les Maghrébins à devenir véritablement Français et donc à transmettre les idéaux français à leur descendance…

Mon approche est bien trop compliquée. Pour qu’elle soit prise en compte, il faudra vraisemblablement que les Français touchent d’abord le fond du fond : qu’eux-mêmes ou des membres de leurs familles soient victimes des dégâts collatéraux de la discrimination positive, que défend Rama Yade, l’une des personnalités préférées des Français (quand on aime, on ne compte pas le nombre de flagellations…) ; qu’il y ait encore bien d’autres émeutes de banlieues malgré les torrents de milliards déversés ; que les enseignants se mettent à refuser d’enseigner, la peur au ventre, dans des classes où ils se sentent en insécurité ; que bien d’autres matches de football se concluent par des attaques sur les Champs-Élysées, sous les yeux effrayés de touristes venus des quatre coins du monde admirer les beautés léguées par l’histoire de la France ; que les Français ressentent une overdose de religion envahissant tous leurs espaces de vie…

Lorsque les Français auront touché le fond, je suis sûre qu’ils se souviendront alors que leurs ancêtres s’étaient battus pour faire entrer leur société dans la modernité politique, et que cela correspondait au respect d’un certain nombre d’exigences. Ils se détourneront alors des « solutions » gadgets-recettes de cuisine et accepteront d’appréhender les problèmes dans leur globalité. Bref, ils accepteront de quitter le monde de l’enfance pour entrer dans l’âge adulte.

11:17 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (76) | Tags: immigration, intégration, yade, dati |

24 novembre 2009

Responsables ou irresponsables ?

Martine Aubry, dimanche 22 novembre : « Le PS doit défendre une régularisation large des sans-papiers. »

François Bayrou, le 24 novembre sur France Inter : « On ne peut pas continuer comme on le fait depuis des années avec des gens qui travaillent […] donc je pense qu’il faudra trouver un moyen de leur rendre ou de leur donner les papiers qu’ils devraient avoir. »

Voilà des prises de positions que je juge totalement irresponsables de la part de personnalités membres de partis politiques de gouvernement, qui peuvent donc demain présider au destin de la France et des Français.

Faut-il rappeler que les régularisations constituent un appel d’air extraordinaire pour tous les candidats à l’immigration, qui savent parfaitement qu’il suffit d’entrer illégalement sur le territoire français puis d’attendre patiemment l’obtention de papiers qui viendront tôt ou tard, ne serait-ce par le biais de l’enfantement sur le sol français ou par l’accession au pouvoir d’irresponsables en la matière ?

Pourquoi employer le terme d’« irresponsables » :

  • Faut-il rappeler à ces « responsables » politiques que la France compte 3 millions de chômeurs « officiels » ? Que beaucoup de ceux qui n’espèrent plus rien (au vu de leur âge) ne s’inscrivent plus au Pôle Emploi ? Que les femmes sont durement frappées par le travail partiel ? Que l’État français dépense des sommes considérables en RMI, RSA et autres aides sociales, dont une partie va à des personnes qui pourraient parfaitement occuper les emplois détenus par des clandestins ?
  • Faut-il leur rappeler que l’intégration, à large échelle, de populations extra-européennes est un cuisant échec dont nous payons chaque jour les conséquences et que, plus grave encore, cet échec met désormais la République en danger ?

Que nous préparent, sans le vouloir et sans le savoir, tous ces « responsables » politiques, dans lesquels j’inclus ceux qui prônent l’instauration de la discrimination positive en faveur des classes populaires ? Ils nous préparent, dans les faits, un violent conflit entre les classes moyennes et les classes populaires !

14:25 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (91) | Tags: aubry, bayrou, clandestins |

23 novembre 2009

Ne jamais renoncer !

« Aujourd’hui tout a changé, vous le savez. Nous sommes seuls, entourés d’indifférents ou d’ennemis. On a cessé de nous admirer en cessant de nous craindre. On adresse à d’autres les adulations qu’on nous prodiguait jadis [...] Faut-il renoncer à l’espoir de reprendre la place qui est due à une puissante nation comme la nôtre ? Non, n’est-ce pas ? L’intérêt même de la civilisation exige que la France soit grande et forte. Notre patriotisme le veut aussi. Tous, nous souffrons de l’abaissement de notre patrie. Notre plus ardent désir doit donc être de la relever.
[…]
Nous avons refait une armée. Mais ce n’est pas seulement par le perfectionnement de leur matériel de guerre que les peuples vaincus se relèvent. C’est bien plus encore par l’enseignement public, par l’éducation de la jeunesse. Il est temps de nous occuper maintenant de l’âme même de la France.
[…]
L’histoire démontre avec la plus complète évidence que le patriotisme seul a fait les grands peuples. Aussi loin que nous puissions remonter dans le passé, nous voyons que les nations puissantes ont été celles où chaque citoyen était pénétré du sentiment de ses devoirs envers la patrie. La décadence de la Grèce et de l’Empire romain n’a pas eu de cause plus efficace que la diminution du patriotisme [...]
»

À présent, pour vous permettre de situer le contexte :

« Nous sommes des vaincus. Depuis la fatale année 1871, la France a perdu le rang qu’elle occupait naguère à la tête des nations de l’Europe. On lui a pris deux provinces, on a mutilé ses frontières, on a détruit l’équilibre de ses finances en lui imposant une formidable indemnité de guerre. Si nos pertes militaires sont immenses, que dire de l’humiliation morale qu’on nous a infligée ? »

Merci à Pierre pour ce texte de Georges Duruy, qui était professeur d’histoire à l’École Polytechnique. Nous connaissons la suite que les Français ont donnée à cette histoire… Les défis que notre époque nous commande de relever sont bien moindres. C’est pourquoi il est interdit de baisser les bras et de prétendre que la situation est inextricable !

13:11 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags: patrie, identité, france |

20 novembre 2009

Lu dans Marianne

La revue Marianne consacre un article à l'analyse des phénomènes que les récents matchs de football ont mis en lumière.

Extraits :

« Mais ne serait-ce pas plutôt la morcélisation très avancée du vieux pays qui explique l’impuissance grandissante de son peuple à se reconnaître dans un projet commun ?
[…]
La Française d’origine algérienne Malika Sorel, membre du Haut conseil pour l’intégration et auteur du “Puzzle de l’intégration”, refuse cette opération de passe-passe supposée rassurante. “
Le déni continuel du réel n’aide personne, dit-elle. Et certainement pas les premiers intéressés. Si l’intégration réussie concerne plus de monde qu’on ne le croit, une partie de la communauté immigrée rejette aujourd’hui la France et la République et on aurait tort de leur trouver des bonnes raisons.”  Pour l’instant elle n’est guère entendue. » Alain Léauthier

Sur Internet, vous ne trouverez qu'une partie des 4 pages que Marianne du 21 novembre a consacrées à « ce que révèle l'euphorie des Français d'origine algérienne ».

12:06 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (32) | Tags: algérie, identité, marianne |

16 novembre 2009

L'identité dessine le projet collectif

Samedi, l’équipe de France de football a battu l’Irlande. Les reportages ont montré que, sur place, les Irlandais faisaient la fête avec les Français, d’une part pour rendre hommage aux sportifs vainqueurs, et d’autre part pour partager le bonheur des Français. Signalons également que des Irlandais avaient accroché des drapeaux français à leurs fenêtres pour souhaiter la bienvenue à l’équipe de France et aux supporteurs français qui avaient effectué le déplacement.

En octobre dernier, l’équipe d’Algérie battait le Rwanda ; la ville de Marseille écopait d’« incidents » en guise de cadeau. « Incident », c’est le terme consacré, en langage politiquement correct.

Samedi dernier, l’équipe de football d’Algérie a été battue par l’Égypte ; sitôt sifflée la fin du match, plusieurs villes de France étaient le théâtre de sérieux incidents.

Lu dans Le Monde : « Plusieurs devantures de magasins, dont la façade de la bibliothèque de l’Alcazar, ont été endommagés et des abris bus brisés. Six bateaux ancrés sur le plan d’eau du Vieux-port ont par ailleurs été fortement dégradés. Un fumigène lancé sur l’un des bateaux est à l’origine de l’incendie qui s’est propagé aux autres embarcations, dont deux ont coulé. »

En résumé :

Si l’Algérie gagne, la France se trouve violentée ;

Si L’Algérie perd, la France se trouve violentée.

De nombreux responsables politiques, toutes tendances confondues, refusent de participer au débat en cours sur l’identité française, au prétexte que ce sujet, qui est pourtant celui des règles du bien-vivre ensemble qui découlent de cette même identité, a été mis sur la table par Éric Besson ou par Nicolas Sarkozy. Il est reproché à ce dernier une approche un peu trop rude des thèmes qui gravitent autour de l’immigration-intégration. Cela est vrai, et c’est contre-productif ; mais est-ce une raison suffisante pour boycotter un débat considéré comme très important par les Français eux-mêmes ?

Il est reproché par ailleurs à Éric Besson de diriger un ministère qui accole dans son intitulé les termes d’immigration et d’identité. Est-ce une raison suffisante pour refuser une réflexion profonde sur la société que nous voulons pour nos enfants ? Car bien sûr, la question de l’identité porte en son sein celle de la France que nous souhaitons léguer à nos enfants et petits-enfants : quel projet de société, assis sur quels principes et quelles valeurs ? C’est cette question qui taraude les Français, et même qui les effraie.

Le plus souvent, le refus de participer à ce débat national sur notre projet collectif masque un manque flagrant de courage, ou bien un désir de se voiler la face qui conduit à nier la réalité. Dans les deux cas, est-ce une attitude compatible avec la responsabilité de gérer le destin du peuple français ? Il ne tenait en effet qu’à ces personnalités de saisir la balle au bond et de montrer aux Français de quelle manière elles entendaient faire sortir la France du bourbier dans lequelle elle se trouve. Cette attitude ne rend service à personne, et surtout pas aux enfants issus de l’immigration. Je dirais même qu’elle les dessert fortement.

Oui, la France se trouve à présent engluée dans un véritable bourbier, et il est plus qu’urgent de mettre en œuvre l’ensemble des actions qui permettront de réduire drastiquement le taux d’échec scolaire des enfants issus de l’immigration, ainsi que leur taux de participation à des « incidents » ; et de réduire aussi le flux de nouveaux entrants, qui accroît les difficultés. Comme je l’explique dans Le puzzle de l’intégration, ce flux compromet, chaque jour un peu plus, toute chance d’insertion des populations issues de l’immigration qui sont déjà sur le sol français. Dans ce contexte, la promesse qui aurait été faite (en off), d’une possibilité de libre circulation des personnes dans le cadre du projet d’Union Pour la Méditerranée, est un pur délire !

Une remarque pour terminer : si ce débat sur l’identité nationale se révélait être, pour le coup, un prétexte pour permettre à des hautes personnalités de venir ensuite demander au peuple français de prendre acte du fait que la France serait devenue multiculturelle (plusieurs Frances), et qu’il conviendrait d’accepter que chacune des cultures participe à la définition de notre projet collectif, alors il faudra redouter les conséquences d’une telle injonction. Il est en effet à craindre que dans un tel cas de figure, la passion manifestée par les Français pour ce débat sur leur identité ne se transforme, tôt ou tard, en bien autre chose. J’espère vivement que nos hommes politiques en ont pleine conscience !

14:30 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (76) | Tags: intégration, identité, sarkozy, besson |