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31 août 2007

Intégration : le réalisme sera plus efficace que le miroir aux alouettes

De tous temps et sous tous les cieux, les nouveautés ont attiré une attention particulière, le temps que l’opinion publique se forge son propre jugement. Vouloir l’ignorer au sujet de l’intégration, c’est prendre le risque de gravement nuire à ceux-là même dont on voudrait aider à la reconnaissance. Voici ce que j’écrivais dans « Le puzzle de l’intégration » à propos du processus de construction d’une image positive :

« Lorsque les premières femmes se sont lancées dans des métiers traditionnellement identifiés comme masculins, l’attention de tous (hommes et femmes) s’est portée sur leur aptitude à relever ce qui était assimilé à un défi. Elles ont eu droit à une période d’observation critique. C’est la démonstration de leur totale compétence qui a permis aux femmes de gagner leurs lettres de noblesse dans tous les domaines qu’elles ont investis.

Notre classe politique, pressée par l’urgence de rendre visibles dans le paysage politique des membres des minorités pour calmer l’impatience de leurs communautés d’origine, ne semble pas avoir pris la mesure de sa responsabilité.
»

Or, quel est le spectacle auquel nous convie le gouvernement ?

La tension est telle dans le monde de la magistrature, que deux de ses syndicats ont refusé d’accompagner le Ministre de la Justice Rachida Dati dans son déplacement aux Pays-Bas. De plus, l’hémorragie se poursuit dans son cabinet ministériel, qu’une 5ème personne vient de quitter (et pas des moindres, puisqu’il s’agit de son chef de cabinet). On pourra toujours raconter des balivernes aux Français ou inventer des sornettes ; qui connaît un tant soit peu le fonctionnement d’un cabinet ministériel sait parfaitement que les nominations sont acceptées par les intéressés en connaissance de cause, et que ce qui se produit actuellement à la Chancellerie est pour le moins inhabituel.

Fadela Amara a été nommée au titre de sa très, très longue expérience de terrain sur les questions liées aux banlieues réputées difficiles. Elle n’a pourtant pas craint le ridicule en annonçant, à grands roulements de tambours, avoir ouvert un blog pour solliciter, des jeunes de banlieues, des idées de solutions à leurs problèmes. Pourquoi, au juste, a-t-elle donc été nommée ? Cependant, aucun journaliste ne semble avoir relevé cette étrangeté. Pour quelle raison ? Est-ce parce qu’avec les personnes issues de l’immigration, il faut prendre des gants, faire preuve d’une plus grande indulgence ? Cette attitude teintée de misérabilisme est un réel poison pour le fonctionnement de notre société. Le jour où l’on osera critiquer de la même manière, sur ses compétences, tout Français, quelle que soit son ascendance, ce jour-là nous aurons gagné une belle manche dans le match de l’intégration.

Rama Yade occupe, elle, un poste dans le monde de la diplomatie qui exige une grande maturité et de sérieuses connaissances géopolitiques et culturelles. Des rares lieux où elle s’est rendue pour représenter la France, les seuls commentaires qui nous sont revenus sont qu’elle est « jeune et jolie ». C’est bien agréable et flatteur, mais encore ? Dispose-t-elle d’autres qualités dans le cadre de ses fonctions, que l’on nous cacherait soigneusement ?

Contrairement à ce qui s’est sournoisement institué sous nos tropiques, il est pourtant essentiel d’éviter le recrutement sur le critère de la couleur de peau ou de l’origine ethnique. Bien sûr, nul n’est jamais à l’abri d’une erreur dans la composition d’une équipe, mais lorsque cette équipe a été constituée sur des bases ethniques ou raciales, l’erreur risque alors de faire rejaillir le discrédit sur toutes les personnes qui partagent le critère utilisé lors du recrutement. Pour citer un nouvel exemple et montrer que ce phénomène est très banal, je m’appuierai sur ma connaissance du monde des grandes écoles. Lorsque vous êtes diplômé d’une école, et que l’on vous a recruté à ce titre, vous portez de ce fait une grande responsabilité vis-à-vis de vos camarades d’école : si votre employeur est enthousiasmé par vos compétences, il gardera de vous et de votre école une image très positive, ce qui le poussera d’emblée à une attitude ouverte vis-à-vis des CV qui porteront la même mention. Dans le cas contraire, une méfiance instinctive s’installera, et vos camarades de formation identique courront le risque de ne pas même se voir inviter à un entretien d’embauche.

Il en va de même pour les personnes issues de l’immigration. Puisque les trois ministres sus-citées sont supposées faire partie de l’« élite » d’origine maghrébine et africaine, leurs « performances » vont-elles contribuer à améliorer, ou au contraire à dégrader, la perception qu’a l’opinion publique des communautés dont elles se réclament ?

Je ne reviendrai pas sur le fait que ces nominations ne sont en réalité que des « voiles cache-misère », et qu’on ne voit pas par quel miracle elles feraient pousser des ailes à ceux des enfants de l’immigration qui posent de sérieuses difficultés à notre société. Afin d’éviter la déception, les Français ne doivent en attendre aucun résultat ; il n’y en aura guère. Car quel est le rapport de cause à effet ? Le fait que ces personnes soient propulsées au sommet du pouvoir aide-t-il en quoi que ce soit les enfants de l’immigration à combler toutes leurs lacunes, que j’ai longuement décrites dans mon livre ? À ce propos, faut-il s’étonner que malgré la nomination de Rama Yade, plusieurs dizaines de voyous d’origine africaine (150 selon la police) se soient affrontés à coups de machettes, couteaux et barres de fer dans le quartier de Pigalle à Paris dans la nuit du lundi 27 août ? Autre question : ne nous avait-on pas asséné que la loi sur la récidive avait été conçue pour dissuader les « jeunes » de passer à l’acte de délinquance ? Ces derniers jours, le gérant d’un magasin en Seine-Saint-Denis a pu lui aussi constater que ni cette loi de répression, ni l’installation de 20 caméras, n’auront réussi à dissuader des bandes de s’attaquer à son outil de travail. On ne peut pourtant pas prétendre que la loi n’a pas été suffisamment médiatisée…

Autre question : a-t-on véritablement besoin que des membres de l’immigration récente soient « iconifiés » pour que le problème de l’intégration soit enfin résolu, et avant lui, celui de l’insertion ? N’est-ce pas plutôt lorsque les enfants de l’immigration auront réussi à acquérir et respecter les règles du bien vivre ensemble de la société française, qu’ils seront enfin reconnus comme n’étant plus un problème ? S’est-on jamais préoccupé de la nomination de ministres d’origine slave, hispanique, italienne… à l’époque où la question de l’intégration des membres de ces communautés se posait à la France ? Acceptons enfin de ne plus fuir la réalité des problèmes, si nous voulons véritablement aider les enfants issus des dernières vagues d’immigration !

Notre classe politique devra un jour admettre que l’insertion et l’intégration sont des sujets extrêmement sérieux pour l’avenir de notre pays, et qu’à ce titre ils ne souffrent ni les simples effets d’annonce, ni les miroirs aux alouettes. Il y faudra une réflexion beaucoup plus approfondie, ainsi que des mesures dignes de mériter le qualificatif d’action politique.

11:35 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags: politique, justice, insertion, intégration, dati, yade, amara |

19 juillet 2007

Les effets pervers de la discrimination positive : le cas Dati

Non seulement la discrimination positive fera subir des dégâts collatéraux aux Français de souche, qu’elle discriminera négativement, mais elle produira également des effets pervers sur les membres des minorités ethniques ou raciales qu’elle avantage. Les déboires actuels de Rachida Dati l’illustrent à la perfection.

Le Président de la République ayant souhaité exploiter l’image de Rachida Dati dans le cadre de sa stratégie de communication, il apparaît aujourd’hui au grand jour que cette dernière ne doit sa nomination qu’à ses origines arabes. Si un doute pouvait encore subsister dans l’esprit de nos concitoyens, le Président de la République vient lui-même de le dissiper : « Il faut qu’elle réussisse, car c’est un message à la France diverse, à la France multiple : le signe que chacun a sa chance ». Dans ces circonstances, comment s’étonner de voir, à la première difficulté, poindre la suspicion sur ses compétences ? Le doute sur les aptitudes des membres des minorités est l’un des effets pervers les plus courants dans tous les pays qui pratiquent le traitement inégalitaire des citoyens.

Rachida Dati n’a jamais été connue ni reconnue comme une pointure dans le domaine juridique. Au sein de l’UMP, ce sont d’autres personnalités qui détiennent ces compétences et ont, à ce titre, assumé la tâche de l’élaboration du projet juridique. Comme je l’évoque dans « Le puzzle de l’intégration » (dont l’écriture était achevée dès septembre 2006), Rachida Dati fut pendant quatre ans chargée de la prévention de la délinquance auprès du Ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy, avec les résultats pitoyables qu’elle a elle-même, dans une touchante naïveté, tenu à détailler à l’occasion de son discours au TGI de Bobigny le 22 juin dernier : « Le nombre de condamnations en récidive pour les crimes et délits a augmenté de 68 % en cinq ans. Pour les délits les plus graves, cette augmentation a été de 145% […] La délinquance des mineurs augmente. Elle est de plus en plus violente. Elle concerne des tranches d’âge de plus en plus jeunes. En 5 ans, le nombre de mineurs condamnés pour des délits de violence a augmenté de près de 40%. En 2006, la part des mineurs dans le total des personnes mises en cause pour l’ensemble des crimes et des délits est de 18%. Elle s’élève à 45% pour les vols avec violence. »

Si Rachida Dati était dotée de compétences et d’une expérience largement reconnues, elle aurait bénéficié d’une confiance en ses capacités qui lui aurait permis de démontrer aux Français qu’elle est à la hauteur de la mission qui lui échoit. Elle se serait probablement reposée sur le monde de la magistrature pour attester de son expérience. Au lieu de cela, les médias nous apprennent que Rachida Dati aurait elle-même demandé à des associations de lutte contre le racisme de monter au créneau pour prendre sa défense. Une mise au point de sa part s’impose sur ce sujet qui, contrairement aux apparences, est tout sauf anodin. Comme j’ai eu l’occasion de l’évoquer sur France Inter, il n’est en effet pas sans conséquence de diviser la société française en « victimes » et « bourreaux ».

Aujourd’hui, face aux portes qui claquent au sein de son ministère et à la levée de boucliers que suscite (à juste titre) son projet de loi sur la récidive, l’argument le plus souvent invoqué par ses défenseurs pour mettre fin à la critique est que Rachida Dati subirait une mise en cause de sa légitimité en raison de son origine ethnique. Or, lorsqu’Édith Cresson avait essuyé le vif mécontentement de la classe politique (jusque dans ses propres rangs), sa nomination apparaissait elle aussi illégitime, car elle était assise sur le seul bon vouloir du prince. Nous sommes en réalité dans la même situation aujourd’hui.

L’exemple du cas Dati laisse par ailleurs augurer des terribles difficultés qui attendent nos entreprises, dès qu’elles se verront imposer la mise en oeuvre de la discrimination positive : elles se trouveront alors confrontées à la nécessité de tenir compte de paramètres autres que la seule adéquation des salariés aux postes proposés, et devront s’attendre aux pires attaques lors des décisions de recrutement, promotions ou licenciements.

La tentative, de la part d’associations et même de personnalités politiques comme Simone Veil, de transformer de manière éhontée un procès en incompétence en campagne de lutte contre le prétendu racisme des Français, est dangereux pour notre paix civile. Depuis trente ans, on diffuse aux populations issues de l’immigration le disque du racisme des Français de souche ; cela a largement contribué à développer, puis à entretenir, la haine que nourrissent à présent une partie des jeunes issus de l’immigration envers les Français de souche et leur société, avec les conséquences que l’on observe déjà.

09:20 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags: dati, discrimination positive, politique |

09 juillet 2007

Valérie Pécresse sommée d’introduire la discrimination positive !

Dans sa feuille de route rédigée par Nicolas Sarkozy et François Fillon, Valérie Pécresse a reçu la directive suivante : veiller à ce que « 5% des meilleurs élèves de chaque établissement scolaire accèdent aux classes préparatoires [aux grandes écoles] ». Il y est précisé que cette mesure doit être mise en place pour lutter contre « les discriminations ».

Quelques remarques au sujet de cette injonction faite au ministre de l’enseignement supérieur :

  • 5% est un chiffre arbitraire, qui fait fi du niveau réel des savoirs détenus par les élèves. Cette voie a déjà été empruntée dans les pays où a été instaurée la discrimination positive. Une telle mesure politique est en réalité destinée à assurer que les élèves issus des lycées de plus faible niveau se retrouveront tout de même en classes préparatoires. Les lycées visés sont, dans les faits, ceux des Zones d’Éducation Prioritaire, dont les élèves proviennent, en grande majorité, des populations issues de l’immigration maghrébine et africaine. La loi française interdisant de se référer à l’origine raciale ou ethnique, voilà donc une mesure qui permet de masquer, aux yeux des Français, la mise en œuvre d’un traitement inégalitaire des citoyens. Telle a toujours été ma crainte : que nos dirigeants politiques introduisent la discrimination positive de manière sournoise, en contournant les exigences de la Constitution française !

    Alors, que risque-t-il de se passer ? Comme nous ne nous attaquons pas aux sources du problème, on constatera, lors des résultats des concours d’entrée aux grandes écoles, que cette mesure n’a pas permis à suffisamment d’élèves d’origine maghrébine ou africaine d’entrer à Polytechnique ou ailleurs. Deux possibilités se présenteront alors : ou bien on reverra à la baisse le niveau des savoirs exigés pour entrer dans ces établissements de l’enseignement supérieur, ou alors on décidera de fixer à ces écoles des quotas d’admission basés sur des critères qui permettront de cibler, de façon détournée, l’origine ethnique ou raciale des élèves. Chacune de ces deux options aura de lourdes conséquences.

    Comme je le précise dans Le puzzle de l’intégration, il est important de ne pas perdre de vue qu’un certain nombre d’établissements du supérieur forment des ingénieurs qui seront amenés à construire des avions, des trains, des machines de radiothérapie, des centrales nucléaires, etc, dont la conception exige un niveau de savoir réel, et non bradé. Si les grandes écoles ne peuvent plus jouer leur rôle de garants de la compétence, ce sont les entreprises qui devront, au final, s’acquitter de cette tâche, en durcissant considérablement leurs procédures de recrutement.

    Je souhaite également mentionner qu’aux États-Unis, il n’est pas rare que les patients qui en ont les moyens financiers tiennent compte, dans le choix de leur médecin traitant, de l’existence de la discrimination positive. Ne pouvant être assurés que les médecins issus des groupes favorisés par la discrimination positive ont obtenu leur diplôme en seule raison du sérieux de leurs compétences académiques, ils préfèrent les éviter.

  • Le procès qui est fait aux chefs d’établissements supérieurs, que l’on accuse de discrimination, est injuste et préoccupant. J’ai suffisamment fréquenté le monde des universités et des grandes écoles pour savoir que le contenu cérébral des étudiants y est le principal critère de recrutement, et non pas le racisme et la discrimination dont seraient coupables le corps professoral et l’équipe de direction. Dans le monde universitaire, on admire toutes les têtes bien pleines, qu’elles soient blondes ou brunes !

  • Comme Rachida Dati, Nicolas Sarkozy et François Fillon sont profondément convaincus, malgré ce que laissent entendre leurs discours, de la nécessité de la repentance de la France, qui passe par la correction des effets du supposé racisme des Français. Le plus grave, c’est que cette repentance, prônée au plus haut niveau de l’État, vient renforcer la détermination de ceux des enfants issus de l’immigration qui rejettent la société française. Ces derniers sont à présent profondément convaincus que la France est coupable ; cela les incite à la braver, et à ne plus produire le moindre effort pour en respecter les règles du « bien vivre ensemble ». Dans ces conditions, réussirons-nous jamais à cohabiter pacifiquement ? Je commence à douter que ce soit un jour possible, car on ne peut sans conséquence dresser continuellement les populations d’origine étrangère contre les Français de souche.

Nicolas Sarkozy et François Fillon demandent également à Valérie Pécresse de mettre en place et rendre publique « l’évaluation des établissements d’enseignement supérieur » en tenant compte « des caractéristiques de la population étudiante inscrite dans l’établissement ». Que faut-il comprendre par là ? La France s’achemine-t-elle vers un enseignement supérieur à deux vitesses, dans lequel le niveau d’exigence, et donc d’ambition, serait fonction de l’origine des élèves ? Si c’est le cas, les entreprises sauront en tenir compte dans leurs recrutements…

À noter enfin que dans son discours de politique générale à l’Assemblée Nationale, François Fillon a déclaré que « pour le Gouvernement, l’école de la République, c’est celle des valeurs : valeurs de l’effort, du civisme, de la discipline, de la fraternité ». Dans les faits, je considère que nous assistons malheureusement au détricotage de « l’école de la République » et de notre « modèle républicain d’intégration », probablement par inconscience. J’en redoute les conséquences sur la cohésion nationale.

22 mai 2007

La CNIL dit à nouveau «NON» au comptage ethnique

Après avoir conduit une soixantaine d’auditions de mouvements associatifs, de chefs d’entreprise, de chercheurs, d’organisations syndicales, de représentants des religions…, la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) vient de réitérer son opposition au comptage ethnique dans notre pays. La CNIL est composée de 17 membres : 4 parlementaires, 2 membres du Conseil économique et social, 2 conseillers d’État, 2 conseillers à la Cour de cassation, 2 conseillers à la Cour des comptes, 5 personnalités qualifiées (1 désignée par le Président de l’Assemblée nationale, 1 par le Président du Sénat, 3 par le conseil des ministres).

Depuis plusieurs années, des personnalités politiques aussi bien que des associations réclament que la France rompe avec sa tradition de non-référencement des citoyens selon leur ascendance ethnique ou raciale. Ce référencement est utilisé dans certaines sociétés anglo-saxonnes, qui affichent pourtant, faut-il le rappeler, un échec patent sur la question de l’intégration. Interrogeons-nous donc : pourquoi ce référencement devriendrait-il alors porteur de solution politique aux problèmes de l’intégration dans notre pays ?

En France, la raison qu’avancent fréquemment les promoteurs du comptage ethnique est qu’il serait impossible de mesurer l’efficacité des mesures politiques mises en œuvre par l’État sans de tels étiquetages. Or, cette approche est le plus souvent purement tacticienne, et vise en réalité à ce que soient jetés de manière officielle les premiers jalons de la communautarisation de la France, prélude à la demande d’actions correctives au profit des membres des minorités, dont la discrimination positive est la meilleure illustration. Les Français étant très attachés au traitement égalitaire des citoyens, la technique consiste à présent à ne plus les affronter de face, mais bien à contourner leur opposition à l’instauration de mesures de faveur destinées à des minorités ethniques ou raciales qui s’estimeraient lésées.

Dès 2004, Claude Bébéar, Président de l’Institut Montaigne, avait remis au Premier ministre Jean-Pierre Raffarin un rapport intitulé « Des entreprises aux couleurs de la France » où l’on trouvait la justification de l’utilité supposée de la mise en place d’outils statistiques (traduire le catalogage des citoyens français selon leurs origines ethniques ou raciales).

Jusqu’à présent, de nombreuses personnalités politiques, mais également la CNIL, l’INED ou des associations (dont SOS Racisme), ont veillé à ce que ces fichages ne soient pas pratiqués. SOS Racisme affirme : « Nous refusons d’apporter des solutions faciles et discriminantes comme la discrimination positive ou le comptage ethnique. Car sous couvert de vouloir lutter contre les discriminations, en réalité ces mesures stigmatisent et enferment les individus dans des catégories ethniques qui ne peuvent pas avoir de sens dans un pays aussi métissé que le nôtre ». Combien de temps ces bonnes volontés républicaines tiendront-elles encore face aux assauts répétés et incessants des partisans de la subdivision de la France en communautés ? Cela dépendra éminemment du niveau de vigilance des Français, qui devront prendre conscience que ces mesures équivalent à un ver qui serait introduit dans le fruit. L’avis de la CNIL n’a pas force de loi ; nos gouvernants peuvent parfaitement décider de ne pas en tenir compte. Il faudra donc lutter, à tous les niveaux, contre cette tentation qui anime certains lobbies et responsables politiques, influencés en cela par certaines associations, dont le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires), qui ne perçoivent pas toujours le danger de tels fichages. La lutte contre la communautarisation de la France passe inévitablement par la mise en échec des mesures de comptage ethnique.

Autre interrogation : quel traitement réservera-t-on à tous ceux qui, issus des dernières vagues d’immigration, se sont parfaitement intégrés et ne tiennent pas à ce qu’on les renvoie vers une autre communauté que la communauté nationale française ? Si les fichages ethniques, préludes à l’instauration de la discrimination positive, deviennent effectifs, se revendiqueront-ils néanmoins, comme c’est le cas aux États-Unis, de leur communauté d’origine, pour épargner à leurs enfants et à eux-mêmes les contraintes auxquelles sont soumis les autres citoyens français ? Demandera-t-on à chacun d’entre eux leur avis sur une question si lourde de conséquences ? N’est-ce pas là un formidable gâchis de l’intégration, que de pousser ceux qui sont déjà intégrés à ne plus l’être ? En clair, ces personnes, qui étaient et se sentaient déjà françaises, redeviendront des Français d’origine maghrébine, africaine, etc, puisque les employeurs devront bien afficher leur quota de « minorités visibles » afin de ne pas encourir le risque d’être accusées de pratiques discriminatoires. Les directeurs des ressources humaines, assistés de leurs juristes, qui auront la responsabilité d’afficher la composition de leurs effectifs, sauront bien se rappeler qui, parmi leurs salariés, avait un ancêtre maghrébin, africain…, même après plusieurs générations. Ainsi, ces Français demeureront des Français d’origine étrangère et ne deviendront jamais des Français tout court, c’est-à-dire, ne nous voilons pas la face, de « vrais Français » !

Certes, des discriminations existent, mais l’obsession actuelle, qui vise à les imputer toutes à des considérations raciales, incitent ceux qui s’estiment lésés pour quelque raison que ce soit à en rechercher la cause dans leur origine ethnique ou raciale. Pour les mêmes effets, un Français d’ascendance européenne aurait tendance à en rechercher les raisons dans la qualité de son CV (pour un refus de recrutement), ou dans la sécurité financière qu’il présente (pour la location ou l’achat d’un bien immobilier). Certains employeurs signalent d’ores et déjà qu’ils n’osent plus parler ouvertement de leurs aptitudes professionnelles à leurs employés d’ascendance maghrébine ou africaine, de peur d’être taxés racistes ! Gageons que ces crispations engendrées dans le monde économique contribueront à ce que les employeurs hésitent à recruter des personnes d’origine maghrébine ou africaine, avec lesquelles ils ne peuvent plus désormais disposer de la qualité de communication indispensable au bon fonctionnement d’une équipe.

Ériger spontanément en victimes de discriminations les membres des populations d’origine immigrée qui rencontrent des problèmes d’insertion économique ou d’intégration à la communauté nationale est par ailleurs contre-productif, car cela les enferme inéluctablement dans un état de déresponsabilisation qui les empêche de prendre en main leur destin pour devenir moteurs de leur insertion et de leur intégration. Ainsi, occulter aux enfants de l’immigration qu’ils ont un rôle actif à jouer et des perches à saisir, c’est ruiner définitivement leurs chance de s’intégrer.

La France est aujourd’hui entrée dans une zone de très fortes turbulences, où se trouvent menacés des éléments du socle qui assure sa stabilité, son indivisibilité, et par extension sa paix civile. Il est nécessaire que tous ceux qui attachent un prix à la paix civile demeurent vigilants, afin d’éviter que des mesures politiques lourdes de conséquences pour la quiétude de notre pays ne soient mises en œuvre. Le règlement des difficultés liées à l’intégration est un traitement de longue haleine. Il devra passer par la prise de conscience que l’école républicaine doit jouer un rôle central auprès des enfants qui ne disposent pas, au sein de leur environnement familial, des facilités qui leur permettraient de se développer harmonieusement en vue de réussir à s’insérer dans la société française. Cela passera obligatoirement par la prise de conscience que leurs parents doivent assumer leur responsabilité éducative auprès de leurs enfants, avec pour objectif de les rendre réceptifs aux enseignements transmis par leurs enseignants ; cela est très loin d’être acquis, et c’est là l’une des sources majeures des difficultés que doivent malheureusement affronter les enfants issus de l’immigration, qu’ils soient de première, deuxième ou troisième génération.

11:55 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags: comptage ethnique, insertion, intégration, éducation, politique |