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04 mai 2011

Les Français apatrides sur leur propre terre, celle de leurs ancêtres

L’inquisition a frappé, par la voix de Mediapart. La ministre Chantal Jouanno a donc fait rouler la tête du directeur technique, qui n’aura même pas eu droit à un procès, fût-il stalinien. Laurent Blanc, lui, verra peut-être sa tête sauvée car, dixit Chantal Jouanno : « Pour le connaître, il prône plutôt le métissage ». Il faudra que le soviet suprême nous dise un jour ce que « métissage » signifie exactement.

Il est aujourd’hui important de se remémorer le comportement inqualifiable de certains joueurs de l’équipe de France de football lors de la dernière coupe du monde. Les langues s’étaient alors déliées pour porter à la connaissance du grand public l’absence totale de cohésion, le regroupement selon l’ethnie d’origine, la dictature exercée par certains joueurs pour lesquels on était allé jusqu’à imposer un certain nombre de contraintes à l’ensemble de l’équipe, y compris d’ordre alimentaire et sanitaire (douches séparées). Se souvient-on encore du préjudice énorme que cette « équipe » avait alors fait subir à la France en salissant son image devant les téléspectateurs du monde entier ?

Au micro de RTL, Christophe Dugarry révèle que le soir de 1998 où la France vient d’être sacrée championne du monde, alors que les joueurs prennent des photos dans les vestiaires, Lilian Thuram lance un : « allez les blacks, venez on va faire une photo tous ensemble ! » Imaginez que c’eût été un joueur blanc qui ait lancé « allez les blancs, venez on va faire une photo tous ensemble ! »… Alors, c’était donc ça, la France black-blanc-beur de Jacques Chirac ?

Un problème notable existe aussi du fait du comportement de joueurs dotés d’une double nationalité. Le Monde : « Lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, neuf footballeurs français ont joué la compétition avec une autre équipe que les Bleus, alors qu’ils avaient porté le maillot de l’équipe de France en sélection de jeunes. Ces “binationaux” sont nés et ont grandi dans l’Hexagone, mais ont choisi de jouer pour le pays d’origine de leurs parents. »

La gauche comme la droite pratiquent depuis fort longtemps la discrimination positive au profit des personnes d’origine étrangère. J’en avais longuement parlé dans Le puzzle de l’intégration. Le critère ethnique est même mentionné en toutes lettres dans la Charte de la diversité instituée en octobre 2004 par Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre.[1] Engagement n°3 de la Charte de la diversité : “Nous [les entreprises signataires] nous engageons à chercher à refléter la diversité de la société française et notamment sa diversité culturelle et ETHNIQUE dans notre effectif, aux différents niveaux de qualification.”

La Charte de la diversité incite, dans les faits, les entreprises à favoriser le recrutement de ceux qui ne sont pas d’origine européenne. Cela se transforme en discrimination négative vis-à-vis des Français de souche européenne.

Voici un extrait d’Immigration-intégration : le langage de vérité.

« Sur le terrain, la pratique de la discrimination positive se transforme, de manière très concrète, en discrimination négative envers les Français de souche européenne : “L’Oréal fait de la discrimination positive et l’assume […], déclare le directeur général du groupe Jean-Paul Agon. Aujourd’hui, lorsque nous rencontrons un candidat qui a un prénom d’origine étrangère, il a plus de chances d’être recruté que celui qui porte un prénom français de souche.[2]” Ces propos discriminatoires à l’égard des Français de souche ont été tenus par le dirigeant d’un groupe qui emploie 12 000 personnes en France. Autre illustration : “À compétences égales, eh bien désolée, on choisira la femme ou on choisira la personne venant d’autre chose que le mâle blanc pour être clair.[3]” Ces propos discriminatoires à l’égard des hommes blancs ont été tenus par Anne Lauvergeon, patronne d’un groupe français qui emploie 50 000 personnes. Imaginons que de tels propos aient été tenus à l’encontre d’autres couleurs que la couleur blanche ; toutes les associations de France et de Navarre auraient rué dans les brancards. Là, il ne s’est rien passé. Comment expliquer, par ailleurs, que de tels propos et attitudes n’aient pas été sanctionnés par la loi ? Parce que le racisme est devenu, comme je l’ai précédemment évoqué, un concept à géométrie variable, qui ignore superbement les comportements qui frappent les Français de souche européenne. Le 14 mai 2009, le ministre de l’Immigration félicitait le groupe L’Oréal pour sa politique de recrutement et le gratifiait du “label diversité” [4]
[…]
Par exemple, le racisme dirigé contre les Français de souche européenne ne semble guère les émouvoir. Leur indignation est sélective. Eux qui font feu de tout bois, se gardent bien de s’interroger sur cette tendance aujourd’hui à l’œuvre sur le sol français : “Entre le 1er janvier et le 30 septembre 2010, 485 cimetières et lieux de culte ont été dégradés : 410 l’ont été au préjudice de sites chrétiens, dont 179 cimetières et 231 lieux de culte.[5]” Autrement dit, 85 % des dégradations de lieux de culte ont visé en 2010 des sites chrétiens ! Les Français ont-ils le sentiment que cette information a été relayée par les médias, ou que leurs représentants politiques ont témoigné la moindre compassion, à défaut d’indignation ? Le comportement de ces censeurs porte de surcroît atteinte au vrai combat contre le racisme, car, mettait en garde Claude Lévi-Strauss, “en banalisant la notion de racisme, en l’appliquant à tort et à travers, on la vide de son contenu, et on risque d’aboutir au résultat inverse de celui qu’on recherche.[6]
 »

Si vous y réfléchissez bien, nous ne sommes plus du tout en France dans une politique de méritocratie républicaine, mais dans une politique clairement fondée sur un critère de préférence extra-nationale. Et comme l’avait très bien relevé notre ami Jugurta, les Français d’origine extra-européenne qui ont réussi leur intégration et se sont assimilés subissent le même sort que les Français de souche européenne.

Voici ce que déclarait Nicolas Sarkozy le 26 octobre 2005, en tant que Ministre de l’Intérieur, dans une conférence-débat sur le thème Un défi républicain : la discrimination positive à la française, le ministère de l’Intérieur s’engage : « La première fois, Ministre de l’Intérieur, où j’ai réuni les préfets, j’ai demandé à mes collaborateurs : “Y-a-t-il quelque chose qui vous choque ?” Ils m’ont répondu : “Rien du tout. Tout est normal.” Ben moi y’a quelque chose qui me choquait. Parmi les préfets, il n’y avait que des Christophe. Enfin, des Pierre, des Louis, des Jean et c’est amusant, et parmi les préfets ils étaient tous de la même couleur. Je vous laisse la deviner. »

Encore un extrait d’Immigration-intégration : le langage de vérité : « Les Français se sentent aujourd’hui apatrides sur leur propre terre, celle de leurs ancêtres. Pour qu’ils reprennent confiance en eux et en l’avenir de la France, il est urgent qu’ils se réapproprient le droit élémentaire qui leur a été confisqué – celui d’exprimer et d’assumer ce que “Français” signifie dans leur tête, leur cœur, leur âme et surtout leur inconscient collectif ».

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[1] La Charte de la diversité en entreprise a été instituée en octobre 2004 (Jean-Pierre Raffarin). Elle comprend actuellement 3076 entreprises signataires, dont la liste peut être consultée ici

[2] Jean-Paul Agon, « L’Oréal fait de la discrimination positive et l’assume », propos recueillis par Nathalie Brafman et Stéphane Lauer, Le Monde, 13 juillet 2007.

[3] Propos tenus par Anne Lauvergeon lors du Women’s Forum à Deauville, Journal de France 2, 16 octobre 2009.

[4] La création de ce label « diversité » a été annoncée par le Président de la République dans son discours à l’École polytechnique sur l’égalité des chances. Ce label a été créé par décret le 17 décembre 2008.

[5] Lettre adressée par Brice Hortefeux, Ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités territoriales à Thomas Hammarberg, commissaire aux Droits de l’homme au Conseil de l’Europe, rendue publique le 2 novembre 2010.

[6] Claude Lévi-Strauss, Didier Éribon, De près et de loin, Odile Jacob, 1988.

23:25 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (70) | Tags: discrimination positive, diversité, racisme, raffarin, sarkozy, jouanno, dugarry, thuram |

14 février 2011

Entretien dans Marianne

Dans le dernier numéro de Marianne (n°721 du 12 au 18 février 2011), j’ai été invitée à donner mon avis sur la création d’un Conseil de la diversité qu’envisage de mettre en place le nouveau conseiller à l’intégration du Président de la République.

17:21 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags: diversité, marianne |

05 octobre 2009

Illustration...

En guise d'illustration de mon précédent billet, voici une prochaine conférence à laquelle participeront ministres et hauts représentants de l'UMP.

Lors de ces conférences, il n'est question que du sort des « élites » (représentation des personnes issues de l'immigration à l'Assemblée nationale, dans les hautes fonctions de l'entreprise…) Dans les faits, ces personnes ne travaillent pas pour aider les enfants issus de l'immigration à réussir, mais bien pour se trouver elles-mêmes des affectations haut placées… Nous devons faire prendre conscience que le sort des élites importe peu, et que c'est véritablement celui de la masse qui pose problème !

Notez bien la ruse : les tenants de la diversité recourent désormais à des opérations jumelées ; ici, ce sera avec la question de la parité hommes-femmes.

 


Par Les Marianne de la diversité :

Fadila MEHAL, Présidente-Fondatrice des Marianne de la diversité, et Soumia MALINBAUM, présidente de l’AFMD (Association Française des Managers de la Diversité) vous convient au colloque :

“La parité et la diversité dans l’entreprise : une égalité (encore) sous condition”

Animation de Nadia BEY, journaliste à Radio Orient

Vous trouverez ci-dessous le programme prévisionnel de cet événement qui se tiendra le lundi 12 octobre 2009 à 13h30 à l’Assemblée Nationale, salle Colbert, 126, rue de l’université Paris 75007 (métro : Invalides)

Quelles avancées pour les femmes dans l’entreprise, quels progrès a-t-on enregistrés depuis 5 ans, en matière de promotion et de représentation dans les COMEX, dans les conseils d’administration des grandes entreprises et les médias ?

A partir du rapport de Brigitte Grésy, inspectrice des affaires sociales, remis en juillet à Xavier Darcos, ministre du travail, pour préparer la négociations avec les syndicats, les Marianne de la diversité, en partenariat avec l’AFMD, organisent un colloque pour faire le point sur cette question.

Femmes chefs d’entreprises, syndicalistes, institutionnels, ils seront tous présents ce 12 octobre à 13h30 à la salle Colbert de l’ Assemblée Nationale.



10:16 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags: diversité, copé, darcos, morano |

04 octobre 2009

Insulte reçue de personnes d'origine étrangère : "traître à ta race !"

Plusieurs des messages que j’ai reçus de la part de personnes d’origine étrangère contiennent l’invective « traître à ta race », montrant que la racialisation du débat n’est pas vraiment toujours celle à laquelle pensent certaines « élites »…

Voici un courriel que j’ai reçu et que je souhaiterais partager avec vous. Son auteur ne l’ayant pas publié en commentaire, je respecterai, cela va de soi, son anonymat. Tout y est, il n’y a rien à ajouter. Tous les arguments utilisés viennent illustrer la force de mon analyse. Le travail sera immense, car ces voix-là sont largement soutenues et relayées par les « élites ». On leur déroule le tapis rouge partout. On met à leur disposition des salles de conférences à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Medef… Tous les ténors de la politique et du monde économique se bousculent pour venir inaugurer les conférences qu’ils organisent… C’est un bien dur spectacle pour mon cœur que d’observer ceux qui, avec l’argent des contribuables, participent à la mort du modèle français.

À la dernière conférence à laquelle j’ai assisté sur ces questions, Laurence Parisot était annoncée pour l’inauguration. Retenue à Bercy, c’est à une femme défenseur très engagée de la discrimination positive et de la diversité (par opposition au peuple indivisible), qu’elle a confié le soin de la représenter et de porter sa parole… Le Medef est très impliqué dans l’instauration de la discrimination positive dans notre pays. Il est aux avant-postes. C’est en effet une aubaine pour le patronat que d’avoir ainsi l’occasion de faire peu à peu disparaître la question des salariés. Il suffit au Medef de substituer à cette question celle de l’insertion économique des personnes issues de l’immigration : on en saupoudre quelques-unes par-ci par-là, et le tour est joué. La question des salariés pauvres ? Mais il n’y a plus de pauvres ! Disparus, remplacés par la préoccupation de « représentation de la diversité », et tout le monde est super-content et se tape sur le ventre : à commencer par les politiques !!!

 

« Chere Madame,

c’est dans l’emission ’Repliques" sur France Culture que je viens de decouvrir vos positions sur les questions de l’integration. C’est un sujet qui m’interesse et sur lequel j’ai pu m’exprimer dans Le Monde a plusieurs reprises. Avec tout mon respect, je dois vous avouer, qu’apres vous avoir ecoutee, je suis ahurri par tant de haine de soi, melee de reflexions dignes du cafe du commerce. On croit rever! Par quel piston vous etes-vous fait publier?

Votre amour immodere pour le modele republicain vous aveugle. Dire par exemple que la majorite des jeunes filles des cites sont obligees de porter le foulard est d’une inanite incroyable et insultante. On aura compris que vous avez renie la religion de vos parents, mais quand meme! Vous n’etes pas la seule a connaitre "la banlieue". Vous confondez essentialisme et analyse. Par exemple, la religion pour les jeunes est moins une pratique qu’une culture de substitution. Ces Francais d’origine maghrebine, qui se replient sur l’islam, disent en verite: "Vous m’avez rejete, a mon tour de vos rejeter". S’il existe des filles qui portent le foulard par crainte, ou pour s’assurer la paix dans l’espace public, la majorite sont des croyantes qui n’ont besoin ni de la parole de leur pere ou d’un imam. Mais bon, ce n’est pas la le plus grave dans vos propos.

A vous entendre, le modele republicain n’a plus ete applique depuis une trentaine d’annees, or ce modele a echoue purement et simplement. Vous etes en retard d’une bataille. La permanence et la profondeur des discriminations vous echappent totalement. Le fait, avere, qu’il y ait une forte delinquance dans les banlieues, ne dissipe pas la realite du racisme, et aussi (meme si vous n’en comprenez pas le principe) la situation post-coloniale en France aujourd’hui. Il n’y a pas d’identification possible chez les enfants de l’immigration parce que l’identite demeure indeterminee. Regardez la representation de la soit-disant diversite a l’Assemblee nationale, dans les medias, dans les emplois de direction: ou est-elles? Pourquoi un tel retard apres tant de generations? Quelles sont vos reponses, a part votre veneration republicaine et laique?

Entre nous, pensez-vous vraiment qu’avec votre fort accent d’algerienne francophone vous auriez eu une quelconque chance de promotion si vous ne portiez pas un nom a consonance gauloise? Ce sont les gens comme vous et autres Fadela Amara qui font tourner en rond les debats. La classe politique francaise, blanche et chretienne, a besoin de ses nouveaux bachargas et harkis pour perenniser le status quo. C’est effarant que la loi de mars 2005, qui souligne les bienfaits de la colonisation, ne vous ait meme pas interpellee sur son absurdite tant historique que morale. Vous l’aurez compris je suis en colere par tant de gachis et de mauvaise foi. Je tenais finalement a vous indiquer que vous ne trompez que ceux qui sont deja convaincus qu’il existerait les bons Francais et les autres. Pour ceux qui ont deux sous de sens commun, ils savent d’ou vous parlez et a qui vous servez.
»

10:44 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags: intégration, diversité, discrimination positive, medef, parisot |

12 janvier 2009

Contenu de mon audition par la Commission Veil

Plusieurs semaines après la remise au Président de la République, par Madame Simone Veil, du rapport de la commission sur le Préambule de la Constitution, le texte de mon audition n’y a toujours pas été intégré par la Documentation Française, et n’est donc toujours pas rendu accessible au public.

La France est-elle si peu développée sur le plan de l’informatique ? Ou faudrait-il plutôt chercher ailleurs les raisons de cette non-publication ? Il est légitime que je m’étonne et que je m’interroge.

Dans mon audition, le 11 septembre dernier, j’avais aussi évoqué l'importation sur le territoire français du conflit Israëlo-palestinien comme l’une des conséquences de la non-intégration.

Je vous publie ci-dessous le texte de mon audition et vous engage à le diffuser autour de vous. Certes, cela ne remplacera peut-être pas la diffusion qu’aurait apportée une publication par la Documentation Française, sur le Net, mais je sais qu’une petite pierre jetée au milieu d’un étang peut faire naître une onde qui se propage jusqu’aux rives…

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Audition de Madame Malika Sorel, auteur du livre Le puzzle de l’intégration : les pièces qui vous manquent

 

Les éléments de la lettre de mission qui ont guidé ma réflexion sont les suivants :

* « Il convient d’étudier si et dans quelle mesure les droits fondamentaux reconnus par la Constitution doivent être complétés par des principes nouveaux. »

* « Il ne saurait être question de modifier ou d’affaiblir ces textes, qui sont de portée universelle. »

La lettre de mission rappelle, fort à propos, que « la Constitution détermine les libertés fondamentales de tout individu sur le sol de la République ». Le caractère de liberté fondamentale est jaugé à l’aune du prisme des valeurs qui constituent le socle français. Entrent dans la composition de ce socle les trois idéaux que nous rappelle le tryptique républicain Liberté-Égalité-Fraternité, auquel je n’oublierai pas d’adjoindre la Laïcité, tant cette dernière participe à pacifier notre espace public, et dans le même temps à protéger tous ceux qui ne détiennent pas la force de devenir des êtres libres. Pour eux, l’État doit veiller à ce que continue d’exister un moment placé hors du temps ; un instant de répit et de respiration, un espace soustrait au champ des pressions ; un sanctuaire.

Comme je l’explique dans mon ouvrage, le contenu des idéaux Liberté-Égalité-Fraternité n’est pas le même pour d’autres peuples, et la Laïcité est purement et simplement inexistante dans nombre de régions du monde. Certes, la France qualifie ses idéaux d’universels, mais ils ne le sont absolument pas. Il n’est ici question ni de classifier, ni de hiérarchiser, mais simplement de tirer les enseignements d’un constat. Mon vécu en immersion totale dans des cultures fort différentes m’a permis d’approcher, au plus près, la culture d’un peuple au travers des actes de la vie quotidienne. Cette culture, c’est celle qui sera transmise aux descendants et sera partie intégrante de leur inconscient collectif. Si je devais résumer, je dirais que la culture d'un peuple trouve sa traduction ou son illustration dans l'ensemble des normes collectives que ce peuple reconnaît et fait siennes ; la culture étant elle-même le produit du souffle de l’Histoire.

Je souhaite tout d’abord vous amener à vous interroger sur la notion même de diversité. Qu’appelle-t-on en effet « diversité » ?

Si l’on entend par ce mot la diversité culturelle liée aux origines ethniques ou raciales, comment la définir ? Dans quel groupe ceux qui possèdent une ascendance biologique d’origine arabe ou chinoise et qui sont culturellement déjà parfaitement intégrés à la communauté nationale française, devront-ils être rangés ? Leur demandera-t-on seulement leur avis sur cette question, fondamentale puisqu’elle touche à leur identité ? Peut-on décider de l’identité d’une personne et la lui imposer, ou reconnaît-on que le choix de sa propre identité doit faire partie des libertés fondamentales auxquelles tout être humain devrait avoir accès ? Ce sont là des questions d’éthique.

Le choix de sa propre identité doit-il toujours demeurer libre, ou peut-il être contraint ? Je m’explique : si ce choix d’identité conditionne l’obtention d’avantages, de facilités ou de privilèges pour soi ou pour sa descendance, peut-on dire que ce choix est encore libre ? Ce qui s’est produit aux États-Unis avec la prolifération de tests ADN demandés par des Américains à la recherche éperdue d’une trace de minorité ethnique ou raciale dans leur ascendance, dans l’unique but de bénéficier de la protection de l’« égalité effective », nous renseigne sur le type de réponses auxquelles nous devons nous attendre. Il est évident que nul ne refusera des facilités pour soi-même ou pour ses descendants, si elles offrent l’accès à des formations exigeantes ou l’obtention d’emplois. Ce qui signifie que la construction de l’identité des individus ne sera plus dynamique, mais figée dès la naissance. Ce sera alors un formidable gâchis, car tous ceux qui étaient déjà intégrés à la communauté nationale préfèreront se voir rattachés à leur communauté d’origine et se réclamer d’elle.

Si l’on entend par « diversité » que l’on est « divers » lorsqu’on n’attribue pas le même contenu aux valeurs fondamentales Liberté-Égalité-Fraternité + Laïcité et que la société devra en tenir compte – reste à définir comment – alors il faut accepter de considérer avec lucidité et courage la réalité des conséquences qui ne manqueront pas de se produire et qui remodèleront la France en profondeur.

Le contenu des valeurs fondamentales, celles du tryptique républicain, définit la place accordée à l’individu au sein de la société ; modélise les relations entre individus, et entre les individus et la puissance étatique (cette relation est-elle directe, ou existe-t-il un échelon intermédiaire entre ce pouvoir et les individus ?) Si nous n’attribuons pas tous le même contenu aux valeurs du tryptique républicain, cela conduit, dans les faits, à ce que nous ne partagions pas tous la même vision de la société vers laquelle nous souhaitons aller, pas le même projet de société. Ces différences seront d’autant plus grandes que la distance entre les contenus des idéaux ou valeurs fondamentales sera importante. Le questionnement concerne donc ici la place attribuée à l’être humain dans la société, la nature et l’amplitude de ses libertés, mais aussi la manière dont tous les autres sont perçus au travers du prisme de la fraternité.

 

I) Les dangers que l’inscription de la diversité dans le Préambule fait peser sur la cohésion nationale

Inscrire la diversité dans le préambule de la Constitution, c’est consacrer la prééminence du lien d’appartenance à un groupe particulier. Cela ne pourra se faire sans provoquer de conséquence sur le lien d’appartenance à la communauté nationale, puisqu’en inscrivant la diversité dans le Préambule, nous favoriserons, dans les faits et sans nécessairement l’avoir souhaité, la conscience particulière sur la conscience collective ; le projet d’idéal de société porté par un groupe sur le projet d’idéal de société porté par la communauté nationale. Or, le but qui est recherché à l’origine de l’inscription de la diversité dans le préambule de la Constitution est justement de favoriser une meilleure intégration ; c’est-à-dire de permettre l’éclosion d’une conscience collective, avec pour objectif d’enrayer ou de mettre un terme à la montée en puissance des conflits qui menacent la paix dans notre société. Nous voyons donc là, je le répète, qu’il existe une contradiction fondamentale entre le résultat de l’inscription de la diversité dans le Préambule, et l’objectif d’intégration des enfants des derniers vagues d’immigration qui posent question à notre société.

Il faut garder à l’esprit qu’un groupe qui tire sa force de sa taille n’aura strictement aucun intérêt à laisser ses membres présumés s’intégrer, donc lui échapper puisqu’ils feraient alors partie de la communauté nationale. La conséquence, c’est que la pression et la surveillance que certains groupes exercent déjà à l’heure actuelle sur leurs membres afin de les maintenir dans leurs girons, s’accentueront. Les membres des communautés vont, de ce fait, évoluer vers une adhésion de plus en plus étroite aux codes de valeurs qui découlent des idéaux portés par leurs groupes, pour atteindre l’homogénéisation des comportements au sein de chaque groupe communautaire. Cela les éloignera définitivement d’une intégration dans la communauté nationale française.

Avec l’« égalité effective », chacune des communautés présentes sur le territoire français se transformera inévitablement en une force qui bataillera pour la sauvegarde de ses intérêts exclusifs, et pour la conquête de nouveaux privilèges. La division de la France en communautés l’affaiblira, et la République deviendra l’otage de communautés qui se dresseront chaque jour davantage les unes contre les autres, au détriment d’une approche qui favoriserait le sentiment d’appartenance à la communauté nationale et la défense de l’intérêt général.

La politique de la diversité renforcera en France le cloisonnement de communautés ethniques ou raciales. Lorsque l’on regarde vingt ans en arrière, les enfants des migrants manifestaient, dans leurs comportements, une bien plus grande volonté d’insertion et d’intégration. Ce n’est plus le cas, et ce n’est pas dû à une déception qui serait imputable à l’attitude des Français ou aux conditions économiques.

Renvoyer, par le biais de la « diversité », les individus vers leurs groupes d’origine entraînera également la prééminence de rapports relationnels entre groupes ethno-raciaux, et non plus entre citoyens. Or, les tensions sur la scène internationale doivent au contraire nous inciter à la plus grande fidélité aux idéaux que rappelle le Préambule de la Constitution, car les populations présentes sur le sol français qui n’ont pas réussi leur intégration ont malheureusement tendance à vibrer au diapason de ces tensions internationales. Elles importent sur le sol français les conflits qui concernent leurs peuples d’origine. Les exemples, entre autres, du conflit israélo-palestinien, avec des jeunes de confession juive qui deviennent, en France, la cible de jeunes issus de l’immigration arabe, ou encore de l’immixtion de jeunes d’origine chinoise dans la question du traitement, par la France, du conflit entre la Chine et le Tibet, doivent nous alerter sur l’accroissement du risque d’affrontements entre groupes sur le sol français, mais aussi sur le risque de mise sous tutelle de l’indépendance de la France dans ses décisions de politique étrangère.

L’officialisation, par les textes, de l’existence d’une « diversité » consacrerait en réalité la coexistence, au sein de la société française, de groupes reconnus et identifiés comme ne partageant pas la même vision de la société et, ce qui est sous-jacent, pas la même définition des règles qui codifient le bien-vivre-ensemble. Cela signifie qu’à terme, chaque groupe souhaitera être régi par le corpus de lois qui découle de son propre projet de société. C’est ce vers quoi a très récemment failli glisser le Québec, et c’est ce contre quoi lutte actuellement, avec grand difficulté, la Grande Bretagne.

À l’aune de quelles évolutions la modernité se jauge-t-elle ? Favoriser l’essor de plusieurs sociétés en France représente-t-il un progrès pour la France, ou une terrible régression ? La libanisation de la France, puisque c’est vers cela que la conduira l’inscription de la diversité dans son Préambule, est véritablement porteuse de terribles conflits sur notre territoire, et donc d’une régression dramatique pour notre pays.

Seule la préservation du caractère « indivisible » du peuple de France peut nous faire espérer l’émergence d’une conscience collective prélude à l’acceptation d’un destin partagé.

 

II) Effets pervers de la politique de diversité

Je souhaite à présent vous exposer quelques-uns des autres effets pervers de la politique de diversité ; politique que l’on retrouve, je tiens à le préciser, sous une multitude d’autres vocables tels que « égalité réelle », « égalité effective », « action positive » ou « volontarisme républicain » (dans mon ouvrage, j’en répertorie une vingtaine).

1) C’est une politique élitiste appliquée aux groupes protégés par la discrimination positive. L’illustration, nous l’avons avec l’expérience de Sciences Po : nous nous focalisons sur les meilleurs, alors que ce sont tous les autres qu’il nous faut aider. On ne réussira pas à vider un océan de misère avec une petite cuillère en argent ! Si l’on souhaite se focaliser sur l’élite, ce qui est à mon sens une erreur car c’est sur tous les élèves fragiles que notre société devrait se concentrer, alors je soutiendrais plutôt les dispositifs d’accompagnement tels que ceux mis en œuvre par la Légion d’honneur, l’École Polytechnique, l’Essec ou Henri IV. Il faut toutefois garder à l’esprit que cela ne concernera jamais qu’une poignée d’élèves, et qu’il ne sera pas aussi aisé qu’on peut le prétendre de rattraper toutes les lacunes accumulées depuis le plus jeune âge.

2) Il n’y a pas de phénomène de retour sur investissement lié à la fabrication d’icônes.

Tout d’abord, une interrogation : pour quelles raisons retient-on d’emblée l’hypothèse que les enfants issus des dernières vagues d’immigration ne pourraient pas s’identifier à des Français de souche ?

En se focalisant sur ceux qui, statistiquement, ne poseront pas de problèmes à notre société, on fait le pari que cela fera pousser des ailes à tous les autres. On reste interdit devant tant de naïveté et une telle méconnaissance de la réalité des difficultés que rencontrent ces enfants, à commencer par les difficultés liées à leur milieu familial qui sont, de loin, les plus lourdes de conséquences. Nous voyons qu’en France, la fabrication d’icônes politiques ou médiatiques issues de l’immigration a déjà montré ses limites. Aucune embellie sur le front de l’intégration n’a pu en effet être constatée.

Dès 1990, la Grande Bretagne a mis en place une politique volontariste sur le petit écran, en y affichant des têtes issues de l’immigration, cela n’a eu strictement aucun effet.

Aux États-Unis, à chaque fois qu’on a voulu renoncer à la politique de l’affirmative action, on a enregistré une chute du nombre de Noirs dans les universités. Ne détenant pas le niveau réel de connaissances requis, ces derniers disparaissaient en cours de cursus universitaire. Comment aurait-il pu en être autrement, puisque l’on n’avait aucunement travaillé sur la source des véritables obstacles ? Dans certaines universités américaines, on en est alors venu à interdire aux professeurs d’octroyer aux étudiants estampillés « minorités » des notes inférieures à la moyenne. Dans d’autres, on a introduit l’octroi systématique et automatique d’un certain nombre de points aux élèves issus des minorités ethniques.

3) C’est une politique qui déresponsabilise les individus, car on inculque aux populations issues de l’immigration la certitude que leurs soucis sont imputables à la société : racisme supposé des blancs ; colonisation ; discrimination... Or, c’est l’inverse que notre société doit faire, car dans les milieux culturels dans lesquels le groupe possède un ascendant très fort sur ses membres supposés, ces derniers sont déjà en grande partie dépossédés du sentiment de responsabilité individuelle, et par contrecoup de l’esprit d’initiative. De plus, ce fonctionnement de groupe rend les individus fatalistes.

4) C’est une politique qui nourrit la haine entre les uns et les autres : elle scinde le corps social entre « bourreaux » et « victimes », puisque c’est sur la base de torts prétendument causés que la politique d’égalité effective est mise en œuvre. Elle crée également du ressentiment chez ceux qui ne possèdent aucun des critères retenus pour être favorisés par l’égalité effective.

Dans son récent discours à Philadelphie, Barack Obama a tenu à insister sur le caractère nocif de la discrimination positive. Il lui a imputé la responsabilité de l’impasse raciale dont l’Amérique est prisonnière.

Dans une étude très fouillée de la société américaine, le politiste américain Andrew Hacker établit quant à lui le constat que l’Amérique est devenue « deux nations, noire et blanche, séparées, hostiles et inégales ».

5) Problème de la détermination de la liste des bénéficiaires

Le subterfuge du critère géographique utilisé pour la détermination des bénéficiaires de l’égalité effective ou réelle ne leurrera personne en France. Chacun sait, comme l’a reconnu Dominique Strauss Kahn, que le critère géographique a été inventé pour maquiller le fait que l’on s’intéresse en réalité au caractère ethnique ou racial.

Avec quel degré de finesse faudra-t-il dessiner les contours de chaque groupe composant la « diversité » ?

Voici quelques exemples de sources de conflit potentielles : Suffira-t-il de définir le groupe des Noirs, ou faudra-t-il distinguer les Français d’outre-mer des Noirs africains ? Pourra-t-on grouper tous les Arabes, ou faudra-t-il les décliner en Algériens, Marocains, Tunisiens… ? En effet, rares seront les Algériens qui estimeront être bien représentés si ce sont des Marocains qui ont obtenu des avancées, et réciproquement (voir les conflits au sein de la composition du CFCM). La communauté asiatique sera-t-elle cataloguée comme monolithique, ou faudra-t-il tenir compte de son immense variété ?

Dans quelle catégorie classera-t-on les enfants issus de mariages mixtes ? À quel degré de « dilution sanguine » considérera-t-on qu’un individu ne doit plus être considéré comme appartenant à un groupe estampillé « diversité » ?

Si l’on prend comme critère le niveau socio-économique, ne risque-t-on pas de maintenir dans la dépendance économique ceux-là même qu’on en voudrait sortir, par le simple fait qu’une intégration trop bien réussie signifierait pour eux la fin d’un régime de faveur ? C’est ainsi que notre société crée des trappes à pauvreté.

6) C’est une politique qui entraîne une suspicion sur les compétences des personnes favorisées, et pour cause, puisqu’elles ont été soustraites aux exigences de vérification des compétences auxquelles les autres ont été soumis. Pourtant, cette obligation de se soumettre aux mêmes vérifications des aptitudes est capitale pour la construction du sentiment de confiance en soi et pour asseoir sa légitimité. La légitimité, ce sont les autres qui nous la donnent. Elle ne se décrète pas et on ne se la distribue pas soi-même.

Cela soulève une autre question de fond : pourquoi part-on du principe que les élèves issus de l’immigration seraient incapables de développer les mêmes aptitudes que les enfants de Français de souche ?

7) Perpétuité de la politique de l’égalité effective car, comme aux États-Unis et en Inde, personne ne voudra sortir du dispositif.

Il est important de signaler que les élus n’oseront jamais plus l’abroger ou l’amender, car ils deviendront otages du vote des groupes favorisés par des mesures qui les soustraient à des contraintes auxquels tous les autres sont soumis.

8) Introduction d’une nouvelle forme d’insécurité dans notre société, car chaque citoyen non protégé, ou ses enfants, pourront un jour ou l’autre se retrouver victimes de dégâts collatéraux. Il ne suffira plus, en effet, d’accomplir correctement son travail ou ses études. Encore faudra-t-il qu’au moment où la personne postule, son groupe ne soit pas déjà surreprésenté. Tant que les personnes estampillées « diversité » ne seront pas en nombre jugé représentatif au sein des écoles, universités, entreprises, échelons hiérarchiques, listes politiques, alors tout citoyen français de souche pourra se voir recalé. Qu’adviendra-t-il alors du sentiment de justice sociale qui est le ciment de notre société ? Comment les Français de souche européenne réagiront-ils lorsqu’ils ne feront plus du tout confiance en leur justice sociale ?

 

III) Solutions

J’aimerais à présent vous dire que le diagnostic selon lequel les jeunes issus de l’immigration échoueraient du fait de discriminations imputables aux Français de souche européenne, est totalement erroné ; et que les solutions fondées sur ce faux diagnostic n’ont aucune chance de conduire à la résorption des problèmes d’intégration de ces jeunes. Pire, l’expression de la repentance de la France au travers des politiques de diversité, d’égalité réelle ou d’égalité effective ont toutes les chances de nourrir encore davantage le ressentiment de tous ces jeunes, auxquels notre société répète sans cesse que la France et les Français sont coupables de leurs problèmes.

Plusieurs actions doivent être menées de concert et dans différents domaines, sans attendre que l’une porte ses fruits avant de mettre en œuvre la suivante. Ces actions n’agissent en effet pas toutes sur les mêmes dimensions du problème et surtout, elles ne présentent pas toutes le même temps de réponse. Je vais vous en présenter quelques unes.

1) Le préalable à toute action, c’est de rester ferme sur la question des principes fondamentaux Liberté-Égalité-Fraternité et Laïcité. À chaque fois que l’on rouvre la discussion sur ces sujets, on envoie en réalité le signal que les fondamentaux peuvent être mis à terre. Dans ces conditions, il est illusoire d’espérer que les règles de la société française soient un jour respectées par les populations issues de l’immigration qui sont porteuses d’autres idéaux et d’autres fondamentaux.

2) Il est indispensable que la France tourne le dos aux thèses de la victimisation et de la repentance.

3) Il faudra dire la réalité du pacte moral et social qui lie les Français entre eux. La notion d’ascenseur social a trompé des générations de familles. Or, nul ascenseur n’existe dans notre société et la réussite y est, bien au contraire, un long parcours qui s’apparente à une course de haies. L’atteinte de la réussite n’est pas du tout la démarche passive que laisse supposer l’ascenseur social.

4) Il faut une prise de conscience urgente du fait que l’école maternelle et les premières classes de l’école primaire sont décisives pour les élèves qui viennent de milieux culturels très éloignés de celui des Français de souche européenne. Ces classes doivent donc faire l’objet de toutes les attentions, et à ce titre bénéficier de moyens qui leur permettront d’accompagner ces enfants en petits groupes. L’acquisition d’un dictionnaire de mots suffisants avant l’entrée à l’école primaire, la lecture de contes, la transmission de la culture artistique ainsi que des règles du savoir-vivre-ensemble propres à la société française sont des impératifs, car ils aideront ces élèves à se créer des attaches affectives et intellectuelles dans la culture française. C’est cette dimension qui leur fait cruellement défaut et qui les entrave dans leur progression scolaire, puis sociale.

5) Notre société doit en conséquence cesser de faire porter à l’école et aux enseignants la responsabilité de l’échec des enfants issus de l’immigration, et accepter de se poser la question suivante : qu’est-ce qui empêche les enfants issus de l’immigration de saisir les innombrables perches que l’école leur tend tout au long de leur cursus scolaire ? Il est indispensable d’accepter de regarder en face la réalité des obstacles, à commencer par ceux qui sont liés à la résistance des parents de l’immigration à l’intégration de leurs enfants. L’attitude des parents de l’immigration est rationnelle. Ces parents comprennent très vite que l’école, en formant l’esprit de leurs enfants, va les leur rendre dissemblables. C’est la raison pour laquelle notre société doit être aussi exigeante envers tous ces enfants qu’elle l’est avec les enfants des familles françaises de souche.

6) Pour pouvoir traiter en profondeur ce sujet de l’intégration, il est important d’adopter le ton de la sagesse, car la souffrance est présente non seulement du côté des Français de souche, mais aussi du côté des populations issues de l’immigration, qui ne comprennent pas vraiment ce qui se déroule. J’entends par là qu’accoler le terme d’identité nationale à celui d’immigration est une lourde erreur. Cela crée de l’incompréhension et une souffrance aiguë, même chez ceux qui sont déjà parfaitement intégrés. À mes yeux, on risque davantage de terrasser l’identité française en voulant mettre à bas l’égalité républicaine, l’unicité du peuple français, sa laïcité, qu’en accueillant des immigrés dont on exigera, comme pour les Français de souche, le respect des règles de savoir-vivre-ensemble de la société française.

7) Notre société doit écarter d’emblée toutes les voies qui, déjà expérimentées par d’autres pays, ont échoué. Je citerai, outre les politiques liées à la diversité, la politique de répression des mineurs et l’immigration choisie. Pour l’immigration choisie, les problèmes rencontrés par le Canada sont, à plus d’un titre, éclairants. Il est en effet instructif de relever que le Canada ne possède aucun passé colonial.

8) Il est indispensable de dissocier les questions d’insertion des questions d’intégration. J’explique longuement dans Le puzzle de l’intégration, sur mon blog et aussi dans la revue Le débat de septembre 2008, pour quelles raisons elles correspondent à deux situations très différentes. Leur confusion est à la source de sérieux problèmes qui se posent aux enfants issus de l’immigration, et par ricochet à la société française.

L’insertion, c’est l’obligation de respecter les règles du bien-vivre-ensemble de la terre d’accueil, même si on ne les partage pas et qu’on en possède d’autres. C’est ce que font aussi les Français de souche lorsqu’ils sont expatriés.

L’intégration correspond au sentiment d’appartenance à la communauté nationale, à la volonté d’inscrire sa descendance dans l’arbre généalogique français, et non plus dans celui de ses propres ancêtres biologiques ; au fait de faire siens les ancêtres des Français, et donc leur histoire. Ainsi, l’intégration se produit lorsqu’on se sent faire corps avec les Français de souche européenne, lorsqu’on se sent concerné affectivement, moralement et intellectuellement par le partage avec eux d’une même communauté de destin, et qu’on participe à la transmission, à ses propres descendants, des fondamentaux qui composent le noyau identitaire français.

Parce qu’elle ne peut être que le fruit d’un choix personnel, chacun à son heure, l’intégration doit devenir facultative, tandis que l’insertion ne peut être refusée et doit de ce fait devenir obligatoire.

Ce qui se produit dans les banlieues relève davantage de ce placage artificiel et superficiel d’une identité sur une autre, que de problèmes d’ordre économique. Il faut bien réaliser que ce qui a été détruit lors des émeutes de 2005, c’était des écoles, des infrastructures culturelles et sportives... tout ce qui a été construit pour aider les enfants issus de l’immigration à grimper dans l’échelle sociale.

Aujourd’hui, le problème le plus grave auquel doivent faire face les enseignants dans les banlieues sensibles, c’est que les rares élèves qui souhaitent étudier sérieusement en sont empêchés par leurs camarades, car réussir signifie aux yeux de ces derniers accepter les règles de la France, et cela n’est pas concevable.

Pour comprendre qu’on est très loin d’un problème d’ordre matériel ou de reconnaissance qui trouverait sa résolution dans l’introduction de l’égalité effective, il faut réaliser que la même jeunesse, quand elle a continué à vivre dans le pays de ses ancêtres, souvent dans le plus grand dénuement, n’adopte pas le même comportement. Je souhaite signaler également que des expériences de déplacement, sur le territoire français, de familles de l’immigration créatrices de tensions vers des environnements plus privilégiés sont loin d’avoir représenté un succès. Une partie non négligeable de ces familles ont en effet, non seulement poursuivi leurs agissements, mais de plus installé un climat d’insécurité dans leur nouvel environnement.

Je pense que nous ne couperons pas à une réécriture du code de la nationalité, comme l’avait souhaité Jacques Chirac en 1987. L’octroi de la nationalité doit correspondre à l’aboutissement du processus d’intégration, et non pas comme c’est le cas aujourd’hui à son début, alors que l’issue du processus d’intégration n’est pas prédictible. Existe-t-il des pays africains, maghrébins ou asiatiques qui plaquent, comme le fait la France, une identité sur un individu, au seul motif qu’il est né sur leur territoire ? Il est dangereux de coloniser des populations. La France devrait pourtant en savoir quelque chose.

Pour parvenir à ouvrir ce dossier capital, il faut œuvrer à installer un climat de sérénité. Cela passe par la dissociation complète des questions économiques et des questions identitaires. À partir du moment où la France accepte qu’un étranger s’installe sur sol, ce dernier doit pouvoir bénéficier des mêmes aides et prestations que tous les autres résidents. Si tel n’est pas le cas, l’obtention de papiers d’identité continuera d’être motivée par des considérations matérielles, avec les conséquences que l’on sait sur la violence que vivent les jeunes qui se retrouvent dotés d’une identité brouillée. Il est intéressant de se remémorer combien il est important pour eux de saisir la moindre occasion, telle qu’une manifestation culturelle ou sportive, pour signifier à la société l’identité dont ils sont porteurs (et c’est leur droit). Le fait d’arborer les drapeaux de leurs pays d’origine, qu’ils n’ont parfois même jamais connus, est un signe qui n’est absolument pas anodin. C’est à la France que revient la responsabilité de veiller à ce que cesse la confusion créée et entretenue par le droit du sol.

 

IV) Conclusion

Je conclurai mon propos en disant que le chemin qui apparaît, de prime abord, le plus court n’est pas nécessairement le plus sûr ni le plus rapide en terme de résultats. Si elle veut rester unifiée et en paix, la France devra tourner le dos à des politiques qui, loin de la moderniser, la feront terriblement régresser car ils la renverront à des périodes sombres – la division et l’affrontement intergroupes.

Comment en est-on arrivé à vouloir tourner le dos à un modèle d’intégration qui a pourtant fait la preuve de son efficacité avec les précédentes vagues d’immigration, celles qui provenaient des pays de l’est et du sud de l’Europe ? Sait-on en France que le Pew Reseach Center, l’un des think thanks américains les plus sérieux, a qualifié au printemps 2006 le modèle d’intégration français de « meilleur modèle d’intégration » comparé aux modèles anglo-saxons ou germaniques ? Dans toute son histoire, jamais la France n’a été soumise à de telles demandes de renoncement à ses principes fondamentaux de la part de nouveaux entrants. Elle ne l’a même pas été de la part de ceux de ses enfants qui ont souffert dans leur chair au cours d’une période tragique de l’histoire de France ; je pense là tout particulièrement à tous ceux qui ont été persécutés, ou dont les proches ont été persécutés, lors de la seconde guerre mondiale.

S’il n’y avait qu’un seul mot à privilégier, ce serait celui de « cohérence ». Ne pas permettre aux enfants issus de l’immigration ce que l’on ne permettrait jamais à ses propres enfants, car on sait que cela les conduirait à s’exclure de la société, voilà ce à quoi un comportement cohérent aurait naturellement conduit.

Certes, nous vivons une époque rendue complexe par la mondialisation et par l’importance des flux migratoires, mais cela peut aussi devenir une période qui permettra à la France de renouer avec un véritable rôle d’éclaireur. En conséquence, la France ne doit pas se contenter de suivre à l’aveugle des politiques porteuses du poison de la division, et je vise également ici certains articles de la Charte européenne des droits fondamentaux.

Pour ne pas devenir un nouveau Liban, la France doit d’urgence se réapproprier sa liberté de pensée et de jugement, si chère à l’historien et résistant Marc Bloch. À chaque fois qu’elle s’en est écartée, le malheur a fondu sur elle. C’est là que se trouve la clé de voûte de tout l’édifice. Il n’y a pas de sujet plus important que celui du maintien de la cohésion nationale.

Je vous remercie de votre attention. Je vous prie d’excuser ce long exposé, mais il y a une logique et une structure dans mon raisonnement et il m’apparaissait important de pouvoir vous la dérouler.

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Vous pouvez trouver ici le rapport de la Commission Veil publié par la Documentation Française.

 

14:15 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags: veil, diversité, constitution, école, enseignement |

09 décembre 2008

Génération France Communautariste.fr

La tentative de récupération de l’élection de Barack Obama a atteint des sommets de manipulation des masses. Rappelons ici, pour mémoire, que M. Obama est lui-même opposé à la discrimination positive, et qu’il impute à cette politique raciale la responsabilité de l’impasse dans laquelle se trouve son pays (voir son discours de Philadelphie). Les communautaristes français de tous bords font mine de n’en rien savoir, et ramènent sans cesse M. Obama à sa couleur de peau. Nos « élites » politiques ne réalisent même pas que c’est lui faire gravement offense que de nier qu’il doit son ascension à son seul mérite et à ses seules capacités personnelles.

Craignant de rater un train, le Président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé, s’est empressé de signer l’« Appel à l’Égalité » de Yazid Sabeg. Or, derrière cet appel fallacieux se cache la discrimination positive, qui introduit dans le droit français des privilèges attachés à la naissance. Ce même Jean-François Copé, décidément affolé à l’idée de risquer de manquer une occasion, organise le 11 décembre prochain une soirée à laquelle il a convié des personnalités qui fustigent très régulièrement la France et les Français, coupables à leurs yeux de tous les malheurs des personnes d’origine étrangère. Entre autres invités : Yazid Sabeg, à l’origine de la Charte de la diversité, et dont l’Appel à l’Égalité a été soutenu en première page du JDD par Carla Bruni-Sarkozy ; Patrick Lozès, président du CRAN ; Yamina Benguigui, conseillère PS de Paris ; Marc Ladreit de Lacharrière, président de Culture et Diversité. Après tout, Le Président français n’a-t-il pas montré l’exemple en conviant le CRAN à l’Élysée ?

Le Parti Socialiste n’est pas en reste, ayant choisi pour chef Martine Aubry qui brille par la façon dont elle défend les principes républicains. Jugez-en par vous-mêmes : après avoir instauré à Lille en 2003 sa fameuse réservation des piscines aux femmes dans certaines plages horaires, elle appelle le Parti Socialiste à « faire entrer la richesse de la France dans les instances de représentation en commençant par notre propre parti, au sein de service public en commençant par les collectivités territoriales à direction socialiste qui ont un devoir d’exemplarité », traduisez : il faut tenir compte de l’origine ethnique et raciale dans la composition des équipes. Elle souhaite également que tous les militants socialistes travaillent à « faire connaître les discriminations, en portant auprès de la HALDE – dont les moyens doivent être renforcés – systématiquement les situations dont nous avons connaissance » ainsi que d’« accompagner les victimes et les aider à se porter partie civile, par exemple grâce à la mise en place de médiateurs dans nos collectivités locales ». Martine Aubry conseille en outre de « généraliser la pratique du testing en matière d’accès à l’emploi, au logement ou aux loisirs… » et de « créer des conseils des résidents étrangers partout dans l’attente du droit de vote des étrangers. » Le clou, c’est qu’elle conclut ainsi son appel : « Liberté, égalité, fraternité : mieux qu’une devise au fronton de nos bâtiments publics, faisons de nos valeurs républicaines des points cardinaux dans notre cœur. »

Si par ces pratiques divisant la France entre bourreaux potentiels (les Français de souche) et leurs victimes évidentes (les personnes issues de l’immigration maghrébine et africaine), notre classe politique pense œuvrer à maintenir la paix civile sur notre territoire, eh bien elle se trompe LOURDEMENT !

Comment les Français pourraient-ils y voir clair, quand tant d’hommes et de femmes politiques qui combattent leurs principes et leurs valeurs se drapent du voile républicain ? La première des urgences est de réhabiliter l’explication de texte, pour que les Français disposent de véritables outils de décryptage des perspectives qui leur sont proposées par les uns et par les autres ; que les masques tombent enfin !

15:48 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags: copé, aubry, sarkozy, discrimination positive, diversité |

24 novembre 2008

Luc Ferry : « la discrimination positive est une catastrophe ! »

Le philosophe Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation nationale, membre de la commission Balladur sur la réforme des institutions, était l’invité du journal du matin de France Culture le 21 novembre dernier.

Il a tenu des propos très forts et des plus encourageants pour tous ceux qui continuent, malgré le parti pris des médias, de défendre la nécessité de mettre en échec les politiques qui travaillent à communautariser encore davantage la société française :

« Je crains quelque chose de pire. Le vrai risque aujourd’hui, c’est ce que j’appellerais la constitutionnalisation des communautarismes, de la fragmentation sociale. Je pense que la discrimination positive, l’effet Obama, va relancer cette affaire de discrimination positive. Là, il y a un vrai danger, parce que constitutionnaliser les communautés, ce qu’on appelle la “diversité” entre guillemets on reste dans le flou, on va en effet abandonner la tradition républicaine à laquelle je suis très attaché. Non pas parce qu’elle est française. Je m’en fous qu’elle soit française. Ce n’est pas le problème. S’il y avait une tradition française qui n’est pas bonne, bien il faudrait la changer. On avait la tradition française de ne pas donner le droit de vote aux femmes, on l’a changée. Bon, ce n’est pas parce que je suis Français que je suis attaché à l’idée républicaine. C’est parce que le principe républicain est à mon avis le seul qui permet véritablement l’intégration réussie et qui évite en effet la fragmentation sociale.

Quand je vois, nous, avec Olivier Duhamel, dans la commission présidée par Balladur de la réforme des institutions, nous avions refusé de nous occuper du préambule de la Constitution parce que nous savions en fait que derrière cette mission, il y avait la volonté d’introduire de la diversité, c’est à dire de la discrimination positive dans le préambule de la Constitution et nous ne voulions pas le faire, en tout cas majoritairement dans la commission. Nous ne voulions pas le faire et c’est pourquoi le Président de la République a nommé Madame Simone Veil pour justement tenter d’introduire cette fichue discrimination positive dans le droit français et je pense que c’est honnêtement une catastrophe ! »

21:49 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags: ferry, sarkozy, balladur, veil, discrimination positive, diversité, communautarisme |

16 octobre 2008

L'enfer est pavé de bonnes intentions

Je lis toujours avec la plus grande attention tous les commentaires qui me sont envoyés, même si je ne les poste pas tous. Aussi, l’objectif du présent billet est-il un peu de présenter mes excuses à ceux dont les réactions ne sont pas publiées.

Il m’arrive d’être bouleversée par leurs contenus, tant la souffrance qui s’y exprime est vive. Je veux dire à leurs auteurs, le plus simplement du monde, que je partage leur douleur ainsi que leur refus de ce qu’il advient de notre pays la France.

Alors, pourquoi ne pas avoir publié certains messages de mes lecteurs ? Pour bien connaître le sujet que j’ai traité dans Le puzzle de l’intégration, je sais que la souffrance très vive qui s’exprime au travers de leurs messages à propos de l’identité française commence à être partagée par des Français issus de l’immigration maghrébine et africaine. Il n’est pour moi, humainement pas acceptable d’ignorer cette souffrance et de jouer sans le vouloir, le jeu de ceux qui poussent à cliver les Français selon l’origine ethnique ou raciale ou qui réduisent le problème de l’intégration à une problématique d’aides sociales qui seraient trop généreuses en France.

Les choses sont en effet autrement plus complexes que d’imaginer pouvoir placer d’un côté les « Blancs » qui seraient, eux, spontanément défenseurs de la France, et de l’autre des personnes au teint basané ou aux cheveux ondulés, frisés ou crépés, qui seraient d’emblée des adversaires potentiels de la France. NON, immigration ne rime pas nécessairement avec danger pour l’identité nationale, comme le laisse sous-entendre l’intitulé schizophrène d’un ministère que jamais la France n’aurait dû voir créer sous ses cieux. Tout ce qui participe à la provocation, tout ce qui crée de la souffrance, empêche l’installation du climat de sérénité qui permettra de voir le sujet de l’intégration enfin traité dans toutes ses dimensions, et non de manière superficielle comme il l’a trop souvent été, et continue de l’être.

J’ajoute que le problème soulevé par l’immigration ne trouvera pas sa solution dans le tarissement des aides sociales. Bien sûr, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, le circuit de ces aides devra être impérativement repensé, afin de cibler au plus près le projet éducatif et culturel des enfants ; j’en explique longuement les raisons dans Le puzzle de l’intégration.

Comme j’ai tenté de le montrer dans mon ouvrage, le sujet de l’intégration est très complexe, et nous payons à présent le prix fort pour l’avoir réduit à quelques-unes des innombrables pièces du puzzle qui le constitue. Aussi, j’espère que les Français réussiront un jour à tirer les enseignements des errements passés, sans pour autant clouer au pilori ceux qui s’étaient trompés. Mais ce qui me met fort en colère, c’est que d’aucuns puissent persister dans l’erreur alors que tout concourt à leur ouvrir les yeux. Aujourd’hui, malgré la gravité de la situation, des hommes et des femmes politiques continuent en effet de se voiler la face, et servent encore et toujours au peuple français des explications stupides et des propositions d’action qui prêteraient à sourire si le sujet n’était pas aussi lourd de conséquences pour la paix civile dans notre pays. Les réactions de notre classe politique après que l’hymne national eut été conspué au cours d’un récent match de football en sont une illustration. Je reviendrai sur ce point dans un prochain billet.

L’instrumentalisation de ce sujet a conduit à diffuser l’idée que les immigrés et leurs descendants portaient la responsabilité première de la dramatique situation de la France. Je ne partage pas cet avis. Je considère en effet qu’il appartenait, et qu’il appartient encore et toujours, à notre classe politique de faire respecter, sur le sol de France, les idéaux propres à la société française. Si elle avait joué son rôle, jamais la France ne se serait trouvée, comme elle l’est à présent, au bord du gouffre. De très nombreux hommes politiques persistent à envoyer le signal que la France pourrait un jour accepter de rompre avec ses fondamentaux. Comble de l’absurde ou de l’ignorance, ces mêmes hommes politiques viennent ensuite pousser des cris d’orfraie lorsque les symboles de cette même France sont outragés…

Désormais, la question qui se pose est d’identifier ce qui risque de faire franchir à la France le pas fatal, celui qui la précipitera dans le gouffre. Ma réponse sera courte et précise : la descente aux enfers, sans possibilité de retour, commencera avec l’introduction de la « diversité » dans le préambule de la Constitution en substitution au caractère indivisible du peuple de France (la diversité est en réalité le cheval de Troie de la discrimination positive, habilement déguisée en « respect effectif du principe d’égalité »); et avec l’abrogation de la laïcité pour la remplacer par le traquenard de la « laïcité positive ». Si je devais souffler un seul slogan au peuple français, ce serait :

« Touche pas à mon préambule ! »

13:58 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags: immigration, diversité, laïcité, discrimination positive, préambule, constitution |

18 février 2008

Le Président de la République saura-t-il relever le défi des banlieues ?

Mon intention initiale était de vous publier une revue détaillée, point par point, du discours du Président de la République lors de sa présentation du « plan banlieues », le 8 février dernier. J’y renonce finalement, et j’ai même longuement hésité avant de poster le présent billet. Cela me pèse beaucoup de venir vous informer que, sur les sujets traités dans Le puzzle de l’intégration, une trop grande partie des décisions politiques qui sont prises par le pouvoir actuel ne vont malheureusement pas dans le bon sens. Je préfèrerais pouvoir venir vous dire l’inverse, mais sur un sujet qui engage autant l’avenir de la France, je ne peux me résoudre à l’indifférence.

Mon analyse est nourrie par ma connaissance approfondie de deux univers fort différents. Engager encore davantage la France dans une mauvaise voie, c’est lui faire prendre le risque d’être entraînée, sans espoir de retour, vers des sables mouvants. Nous sommes dans une situation où nous n’avons plus le temps de perdre du temps. Doit-on pour autant rester rivé sur le passé et nous lamenter sur toutes les erreurs stratégiques qui ont été commises ? Je ne le pense pas, mais pour nous guider vers un avenir meilleur, le passé doit cependant demeurer constamment présent à l’esprit.

En analysant de bout en bout, et dans le détail, l’ensemble du discours du Président de la République, j’ai été frappée des contradictions qui s’exprimaient en son sein même ; de la trop grande méconnaissance des sources du problème de l’intégration des dernières vagues d’immigration ; du manque de cohérence ; de l’absence de vision d’ensemble, et même de vision tout court, sans compter les sempiternels recours à la théorie de la victimisation, qui fait de chaque personne d’origine étrangère une victime en puissance de la société française.

Certes, le Président de la République reconnaît, dans ce discours, tout comme avant lui Lionel Jospin (au printemps 2002), que le problème des banlieues n’est pas d’ordre économique. L’ennui, c’est que d’un bout à l’autre de ce même discours, il affirme aussi exactement le contraire.

Nicolas Sarkozy avoue également l’impuissance de l’État : « Ce dont je veux parler ne peut pas s’accomplir par la seule volonté de l’État et par la seule action de l’administration. » Or justement, hors de la volonté réelle de l’État, il n’y aura point de salut ! C’est parce que l’État a renoncé à faire vivre la République sur tous ses territoires, que nous en sommes arrivés là. l’État a donc une responsabilité centrale et un rôle déterminant à jouer en faisant vivre de manière ferme et déterminée l’existence du pacte républicain. Se délester d’une partie de sa responsabilité sur les associations ou, comble de l’irresponsabilité, sur les représentants religieux comme cela a d’ailleurs déjà été fait, nous conduira à l’abîme.

Selon le Président de la République, les personnes issues de l’immigration ne bénéficieraient pas, actuellement dans notre pays, des mêmes droits que les Français de souche : « Il y a des quartiers dans notre pays, dans notre démocratie, dans notre République où l’on a moins de droits, moins de chances que les autres. » Non seulement cela est totalement faux, mais de plus, cela fait même 30 ans que par le biais de mesures spécifiques, l’État leur accorde davantage de moyens qu’aux autres Français, et qu’en fermant les yeux sur les outrages faits à la République, à ses représentants et à ses principes, il leur accorde implicitement le droit de déroger au Droit.

Le Président de la République évoque comme « enjeu de civilisation », excusez du peu, la construction de quartiers « beaux » afin que les habitants s’y sentent bien. Il se félicite du travail de l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine qui engloutit des milliards d’euros dans la rénovation des quartiers, alors que chacun a pu observer l’absence de retour sur cet investissement. Il lui assure que « cet effort ne sera ni arrêté, ni ralenti, qu’il se poursuivra aussi longtemps que nécessaire ». Je reste sans voix de constater qu’un pays surendetté tel que la France s’évertue à détruire des immeubles pour en construire d’autres, au seul motif que ces bâtiments ne seraient pas « beaux ». Connaissant les deux rives de la Méditerranée, et donc les habitudes de vie et les exigences des habitants des deux côtés, je peux vous assurer que là n’est pas la question.

Le Président de la République s’inquiète des loisirs offerts aux jeunes des banlieues, mais aussi de la possibilité d’accéder à des banques et en tire une conclusion surprenante : « À quoi peuvent s’occuper les jeunes de Grigny qui n’ont ni cinéma, ni théâtre ? Quelle égalité des chances pour les 15 000 habitants du quartier nord de Bondy qui n’ont aucune banque à proximité ? » Je pointe dans Le puzzle de l’intégration les comportements familiaux qui conduisent nombre d’enfants issus de l’immmigration à ne pas savoir s’occuper, finissant par « tenir les murs ». Placer comme enjeu d’égalité des chances « occuper les jeunes de Grigny » et installer des guichets de banques m’amuserait presque, si j’ignorais la façon dont les familles de l’immigration traduisent ce type de propos, à savoir en se délestant sur autrui de la construction de l’avenir de leurs propres enfants. Comment espérer que ces familles puissent un jour établir une quelconque relation entre l’effort qu’exige toute réussite dans la société française, et leur très insuffisant niveau d’investissement dans le projet éducatif de leurs enfants ?

Le Président de la République demande à l’actuel Ministre de l’intérieur, de faire en sorte que le premier devoir de l’État soit respecté : « le premier devoir de l’État, c’est d’assurer la sécurité […] À présent, avec Michèle Alliot-Marie, nous allons mettre fin à la loi des bandes, cette loi du silence et des trafics en renforçant l’efficacité des Groupes d’Intervention Régionaux qui seront recentrés sur la mise à jour de l’économie souterraine. » Laissons ici la parole au Ministre de la Justice Rachida Dati, qui s’exprimait le 22 juin 2007 au Tribunal de Grande Instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis) : « Les difficultés en Seine-Saint-Denis sont nombreuses : un taux de criminalité élevé de 104 crimes et délits pour 1000 habitants en 2006, alors qu’il est de 61 pour la France entière […] Et pourtant, il y a ici plus de 30 000 associations, soit 20% de plus que la moyenne nationale […] Le nombre de condamnations en récidive pour les crimes et délits a augmenté de 68% en cinq ans. Pour les délits les plus graves, cette augmentation a été de 145% […] La délinquance des mineurs augmente. Elle est de plus en plus violente. Elle concerne des tranches d’âge de plus en plus jeunes. En 5 ans, le nombre de mineurs condamnés pour des délits de violence a augmenté de près de 40%. » L’actuel Ministre de l’intérieur réussira-t-il ce qui a échoué au cours des cinq dernières années simplement en recentrant l’activité des GIR ? Permettez-moi d’en douter.

Je m’interroge par ailleurs : Le Président de la République mesure-t-il l’importance considérable des moyens alloués depuis trente ans par nos gouvernements successifs, de droite comme de gauche, afin de rompre l’alarmante spirale de l’échec scolaire dans les banlieues ? Pas si sûr : « Et l’on ne voit pas derrière toute cette population, toute cette jeunesse qui ne demande qu’une chose, c’est qu’on lui donne les moyens d’étudier, de travailler, d’entreprendre. »

Dans son plan d’action pour les banlieues, le Président de la République inscrit la discrimination positive, qu’il maquille en « promotion de la diversité » ; discrimination positive qu’il met d’ores et déjà en place, bafouant ainsi la Constitution française. Il exprime également sa volonté d’inscrire la diversité dans le préambule de la Constitution, alors que la France est une République une et indivisible. D’autres passages de son discours confinent à l’absurde, parmi lesquels l’accession à la propriété comme l’une des réponses aux problèmes des banlieues.

L’apothéose du discours du Président de la République se trouve dans sa conclusion : « Je pense à tous ceux qui sont venus et qui ne repartiront pas, je pense à leurs enfants qui n’ont qu’un seul pays, qu’une seule patrie, qui s’appelle la France. » Leur seul pays, leur seule patrie ? Qui l’a décidé ? Doit-on s’enorgueillir que la France, sans le vouloir, s’applique à réemprunter aux discours colonialistes ?

Oui, décidément, je pense que malheureusement pour nous tous, Français de souche comme enfants issus de l’immigration, le Président de la République ignore encore beaucoup des solutions aux problèmes posés par l’immigration-insertion-intégration. Il lui manque pour cela bien des pièces du puzzle de l’intégration. Notre société n’a donc vraisemblablement pas fini de vivre au rythme de l’instrumentalisation de ce très sensible sujet, au gré des échéances électorales. La descente de plus de 1000 policiers accompagnés d’une noria de caméras pour l’arrestation de 33 suspects à Villiers Le Bel, est l’exemple par excellence d’actions hautement contreproductives qu’il conviendrait de ne jamais mener.

14:05 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags: sarkozy, banlieues, discrimination positive, diversité |

11 février 2008

Plan banlieues de Nicolas Sarkozy : attention, DANGER !

Tandis que les milieux politiques, journalistiques et associatifs s’empruntent les uns aux autres la même analyse du plan « Une nouvelle politique pour les banlieues » de Nicolas Sarkozy, rares sont ceux qui auront noté qu’il souhaite toucher aux fondamentaux du peuple français. Il est terrifiant de constater, chaque jour davantage, combien ces milieux sont peuplés de clones !

Je réagirai, dans de prochains billets, sur d’autres parties de ce discours de Nicolas Sarkozy, mais je souhaite pour l’heure attirer votre attention sur deux points extrêmement importants, puisqu’ils touchent à l’essentiel : le socle des valeurs fondamentales du peuple de France.

Dans son discours, Nicolas Sarkozy a en effet à nouveau glissé la promesse – ou la menace, devrais-je plutôt dire, tant elle sera porteuse de malheurs – d’attenter à nouveau aux valeurs fondamentales du peuple français. Après ses attaques contre la laïcité, il récidive et s’en prend à présent à l’indivisibilité de la France et au principe d’égalité.

1) Disparition de la France indivisible. Nicolas Sarkozy souhaite faire modifier la Constitution française afin d’y inscrire la « diversité » : « Je veux une démocratie irréprochable et en graver les principes dans le Préambule de notre Constitution. J’ai demandé à Simone Veil de conduire un débat national sur ces principes, parmi lesquels il y a la diversité. »

2) Disparition de l’égalité républicaine, pour faire place à la discrimination positive : « Si pour des raisons éthiques, la diversité ne peut se définir sur une base ethnique, elle doit néanmoins refléter la richesse de notre société à tous les niveaux de responsabilité. La fonction publique doit nous y aider. Elle doit intégrer et promouvoir les enfants issus de l’immigration, comme elle a su promouvoir autrefois les enfants des classes populaires. Avant la fin de l’année, nous aurons pris des mesures pour qu’en cinq ans elle s’ouvre largement à la diversité. »

Oui, je crains plus que jamais que le peuple français n’assiste à nouveau à l’écriture d’une page sombre de son histoire. Contrairement à ses « élites », le peuple est en effet très lucide, et est déjà entré dans une phase de réveil. La seule question qui se pose à présent à nous est de savoir s’il achèvera son réveil dans la sérénité ou si, comme il l’a déjà fait par le passé, tel un fleuve gonflé des eaux de la colère, il sortira de son lit pour rappeler à ceux qui auront méprisé les leçons de l’Histoire, qu’en vérité son destin lui appartenait !

15:45 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags: sarkozy, banlieues, diversité, discrimination positive, constitution |