07 avril 2012
Les Orientales de Victor Hugo
Jeudi, à Sciences Po, la candidate des Verts s’est livrée à une attaque en règle contre notre laïcité, au travers de la question du voile :
« Éva Joly, candidate d’Europe Écologie-Les Verts à la présidentielle, a estimé jeudi au cours d’un forum organisé par le magazine “Elle” à Sciences Po qu’“on ne doit pas mettre la laïcité partout”. “On peut mettre (la laïcité) dans tout ce qui est services publics, à l’école, on vient de la mettre pour les sorties en car, mais personnellement j’ai le souci de l’intégration de ces femmes, je trouve que c’est une double peine”, a affirmé Mme Joly, interrogée sur une proposition de loi controversée déposée au Sénat, qui prétend appliquer le principe de laïcité aux assistantes maternelles accueillant des enfants à domicile, et sur l’affaire de la crèche Baby Loup. »
Ça ne fera de mal à personne, et notamment pas aux verts ni à leurs camarades du Parti Socialiste avec lesquels ils pourraient bientôt gouverner, que de lire ou relire Les Orientales de notre Victor Hugo national. C’était en 1828, et ça n’a malheureusement pas pris une ride. Il suffit de voir la vitesse avec laquelle ce voile prolifère sous nos latitudes pour comprendre que c’est la pression, et parfois la terreur, exercées sur des femmes incapables de s’émanciper qui sont ici à l’œuvre.
La capitulation de certains de nos politiques et de nombre de nos “intellectuels” doit être combattue comme l’a été autrefois la capitulation du Maréchal Pétain. Nous le voyons, l’Histoire n’est qu’un éternel et parfois pitoyable recommencement. Certes, les acteurs ont changé, les pièces ne sont plus les mêmes sur l’échiquier, mais les raisons profondes qui rendent possible l'avènement du chaos restent les mêmes. L’avertissement lancé par Benjamin Franklin le 11 novembre 1755 n’a jamais perdu de sa pertinence, et n’en perdra jamais. Il s’appliquait parfaitement à l’esprit munichois, et s’applique parfaitement à notre époque qui s’apparente à bien des égards à cette funeste période : « Qui préfère la sécurité à la liberté aura tôt fait de perdre les deux ».
17 juin 2010
Faut il oublier le passé pour se donner un avenir ?
C’est l’un des sujets du bac philo de cette année. Je ne résiste pas à la tentation de faire appel à Claude Lévi-Strauss :
« Les sociétés se maintiennent parce qu’elles sont capables de transmettre d’une génération à une autre leurs principes et leurs valeurs. À partir du moment où elles se sentent incapables de rien transmettre, ou ne savent plus quoi transmettre et se reposent sur les générations qui suivent, elles sont malades. »
C’est un extrait du livre-entretien avec Didier Éribon De près et de loin, (éd. Odile Jacob, 1988). Je vous en recommande la lecture, et particulièrement la troisième partie qui s’intitule « Les cultures, la culture ». Le plus important y était dit, et pourtant aucun sursaut ni prise de conscience ne s’en est suivi. Or, « il ne peut y avoir de révolution que là où il y a conscience » (Jean Jaurès) ; le terme de révolution est ici à interpréter au sens de progrès majeur, et non d’affrontements. Pour ne pas se décourager, pensons très fort à Victor Hugo : « Rien n’est plus fort qu’une idée dont l’heure est venue ».

