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08 mars 2012

Coupables d’être femmes

Simone de Beauvoir avait écrit « on ne naît pas femme : on le devient ». Aujourd’hui encore, l’assignation à la qualité de femme conditionne et détermine une grande partie de l’existence. Ainsi, c’est la loterie de la naissance qui préside aux destinées. Le combat de Simone de Beauvoir et de ses contemporains pour plus de liberté et le droit de choisir son destin me fait aujourd’hui osciller entre sourire et frissons, car le souvenir de son époque nous permet de mieux mesurer l’ampleur de la terrifiante régression qui se profile désormais à l’horizon sur la question des femmes et des libertés, régression qui a été rendue possible par une succession de lâchetés, trahisons des principes, et parfois aussi banale indifférence envers notre devenir collectif. Jamais, dans mes pires cauchemars, je n’aurais pu imaginer que la France puisse se voir un jour rattrapée par une barbarie importée. Il serait faux, du point de vue historique, d’employer ici le terme de « coutumes moyenâgeuses », car si les femmes furent longtemps privées de tant de droits en Europe, elles n’y étaient pas pour autant brûlées vives par leur famille si elles contrevenaient à l’ordre moral établi. Certes, elles encouraient le risque d’être mariées de force ou enfermées dans des couvents. Peut on comparer ce sort à celui des crimes « d’honneur », en vérité crimes d’horreur ?

Le Figaro : « Banaz Mahmod, 20 ans, a été violée, torturée, étranglée puis brûlée sur ordre de son père et de son oncle en 2006 car elle fréquentait un garçon. Son meurtre avait choqué le Royaume-Uni (…) Battues, séquestrées, mutilées, aspergées à l’acide ou tuées pour avoir porté atteinte à l’honneur de leur famille. Cette réalité a été vécue en 2010 par près de 3000 jeunes femmes résidant en Grande-Bretagne.  »

Le Point : « Les victimes sont ciblées parce qu’elles ont un petit ami, ont été victimes d’un viol, ou ont refusé un mariage arrangé. Soit encore parce qu’elles sont homosexuelles, voire simplement parce qu’elles se maquillent ou portent des tenues jugées inappropriées. »

Peut-être pensez-vous que la France demeure encore un pays sûr, un pays de liberté et de respect des droits de l’homme ? 27 février 2012 : « Une jeune fille de 23 ans n’est pas passée loin d’une mort atroce samedi soir quand son père a tenté de l’immoler. L’histoire, révélée lundi par Le Parisien, se déroule rue du Chemin-Vert, dans le hall d’un hôtel du XIe arrondissement de Paris. »

« Le 4 octobre 2002, Sohane, 17 ans, a été aspergée d’essence puis enflammée avec un briquet dans le local à poubelles de l’escalier H de la cité Balzac à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). L’auteur présumé des faits, Jamal Derrar, dit “Nono”, 19 ans, est un petit caïd du quartier. »

Extrait de mon dernier ouvrage : « Omerta sur le sexisme dans certaines banlieues. Sur la question des violences faites aux filles, et plus généralement aux femmes, de l’immigration, une véritable omerta règne dans les médias, qu’illustre parfaitement l’attaque menée contre le documentaire La Cité du mâle [1] qui traite du sexisme. Là aussi les médias en viennent à taire la vérité ou à la relativiser, au prétexte que les femmes de souche européenne seraient elles aussi victimes de violences. Ce qui se déroule dans certaines familles de l’immigration ne ressemble, en aucun cas, à ce que peuvent vivre les femmes européennes. En témoignent les observations de Luc Bronner : “L’ordre social, qui attribue à chaque sexe un rôle déterminé, structure la vie des garçons et des filles. Pour les premiers, elle les cantonne dans l’hétérosexualité – mais leur laisse une assez grande liberté en dehors du registre “romantique” perçu comme une faiblesse, voire un indice d’homosexualité. Pour les secondes, cet ordre social est nettement plus contraignant. La sexualité féminine, pour être jugée morale, doit être contrôlée et les filles sont constamment sous contrôle, en liberté surveillée pour les plus libres d’entre elles.” » Et Luc Bronner de poursuivre : « “À partir de 12, 13 ans, elles existent d’abord dans le regard des autres”. Les jugements sont définitifs. Selon les vêtements portés, selon leur attitude publique face aux garçons, selon leur histoire personnelle, les filles peuvent être qualifiées de “putes” ou “crevardes”.[2] »

Et Gilles Kepel qui ose écrire en introduction de son livre Banlieue de la République que « Clichy-Montfermeil c’est la France même » ! Non, Monsieur Kepel, vous faites erreur, tout comme Jean-Louis Borloo avant vous ; et tant que les politiques refuseront de regarder la réalité en face, à savoir que nous n’assistons pas à une évolution de la société française en elle-même, mais à une importation de coutumes et de valeurs, ils continueront de se montrer incapables de traiter les graves problèmes qui se posent à notre pays et qui menaceront un jour de le faire imploser.

Brice Couturier sur France Culture, dans un billet intitulé Violences contre les femmes et politiquement correct que je vous encourage vivement à lire dans son intégralité : « Il y a des coutumes qu’il faut appeler par leur nom : elles sont barbares. Non, toutes les traditions ne sont pas également respectables, contrairement à ce que prétend le relativisme ambiant. Celles qui humilient, mutilent ou tuent des êtres humains, au nom de croyances absurdes, doivent être combattues. Les droits de l’homme et la dignité des femmes ne sont pas des marottes d’Occidental, mais des principes universels. Et il faut se battre, ici et sur place, pour les faire respecter (…) »

Je ne comprends pas comment, aujourd’hui, des mouvements qui se disent féministes peuvent continuer d’ignorer ce problème de l’immigration, et même soutenir, sans qu’aucune condition ne leur soit posée, des partis politiques immigrationnistes, alors que l’on sait parfaitement désormais que le processus d’intégration culturelle présente bien davantage de risques d’échec que de chances de réussite. L’arrivée à tous les échelons du pouvoir, au sein de notre société, d’hommes et de femmes [3] qui ne partagent pas le même idéal d’émancipation de la femme finira par mettre en péril toutes les conquêtes féministes, les unes après les autres !

J’ai une pensée émue pour Olympe de Gouges et toutes celles qui nous ont précédées sur cette terre de France, et qui ont souffert – parfois même donné leur vie – pour que nous puissions vivre libres et respectées : « Les femmes écrivirent un chapitre particulier de l’histoire de la Révolution française. Cependant ni pendant, ni à la fin de ce grand évènement historique, elles ne virent jamais leurs espoirs comblés (…) Dans les années suivantes, le “principe du maintien de la femme dans un rôle privé” fut également élevé au rang de profession de foi par les hommes – car il désamorçait ainsi la question féminine –, les résultats de la Révolution ne se soldèrent donc pour les femmes que par une déception (…) En 1793, tous les rassemblements des femmes furent interdits (…)[4] »

Ne pensez-vous pas, chers lecteurs et concitoyens, que le progrès dont notre société a hérité, et qui a conduit à une certaine douceur de vivre, mérite amplement d’être défendu bec et ongles ?

____________________________

[1] La Cité du mâle, documentaire de Cathy Sanchez, produit par Doc En Stock pour ARTE, diffusé le 30 septembre 2010. ↩

[2] Luc Bronner, « La Loi du ghetto », Calmann-Lévy, 2010. ↩

[3] « la question du contrôle des femmes par les hommes n’est pas seulement une affaire privée, c’est un acte social dont les hommes ont à répondre devant leur communauté tout entière. Il existe une pression sociale sur les hommes qui ne savent pas “tenir leurs femmes”, et par ricochet sur les mères qui ne savent pas “tenir leurs filles”. Ce sont les mères, véritables agents de “dressage”, qui sont chargées de ce travail. » Horia Kebabza, Daniel Welzer-Lang, Jeunes filles et garçons des quartiers, une approche des injonctions de genre, rapport réalisé pour la Délégation interministérielle à la Ville, septembre 2003. ↩

[4] Paul Noack, « Olympe de Gouges », Éditions de Fallois, 1993. ↩

18:45 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (27) | Tags: femmes, révolution, olympe de gouges |

22 octobre 2011

Je crois que nous nous endormons sur un volcan

Je reproduis ici l’extrait d’un discours qui avait été prononcé en 1848. On croirait qu’il parle de notre époque !

Alexis de Tocqueville, discours à la Chambre des députés, 27 janvier 1848 (un mois après, c’était la révolution) :

« […] Messieurs, je ne sais si je me trompe, mais il me semble que l’état actuel des choses, l’état actuel de l’opinion, l’état des esprits en France, est de nature à alarmer et à affliger. Pour mon compte, je déclare sincèrement à la Chambre que, pour la première fois depuis quinze ans, j’éprouve une certaine crainte pour l’avenir ; et ce qui me prouve que j’ai raison, c’est que cette impression ne m’est pas particulière : je crois que je puis en appeler à tous ceux qui m’écoutent, et que tous me répondront que, dans les pays qu’ils représentent, une impression analogue subsiste ; qu’un certain malaise, une certaine crainte a envahi les esprits ; que, pour la première fois peut-être depuis seize ans, le sentiment, l’instinct de l’instabilité, ce sentiment précurseur des révolutions, qui souvent les annonce, qui quelquefois les fait naître, que ce sentiment existe à un degré très grave dans le pays. […]

Si je jette, messieurs, un regard attentif sur la classe qui gouverne, sur la classe qui a des droits et sur celle qui est gouvernée, ce qui s’y passe m’effraie et m’inquiète. Et pour parler d’abord de ce que j’ai appelé la classe qui gouverne, et remarquez bien que je ne compose pas cette classe de ce qu’on a appelé improprement de nos jours la classe moyenne mais de tous ceux qui, dans quelque position qu’ils soient, qui usent des droits et s’en servent, prenant ces mots dans l’acception la plus générale, je dis que ce qui existe dans cette classe m’inquiète et m’effraye. Ce que j’y vois, messieurs, je puis l’exprimer par un mot : les mœurs publiques s’y altèrent, elles y sont déjà profondément altérées ; elles s’y altèrent de plus en plus tous les jours ; de plus en plus aux opinions, aux sentiments aux idées communes, succèdent des intérêts particuliers, des visées particulières, des points de vue empruntés à la vie et à l’intérêt privés.

Messieurs, mon intention n’est point de forcer la Chambre à s’appesantir plus qu’il n’est nécessaire, sur ces tristes détails ; je me bornerai à m’adresser à mes adversaires eux-mêmes, à mes collègues de la majorité ministérielle. Je les prie de faire eux-mêmes une sorte de revue statistique des collèges électoraux qui les ont envoyés dans cette Chambre ; qu’ils composent une première catégorie de ceux qui ne votent pour eux que par suite, non pas d’opinion politique, mais des sentiments d’amitié particulière ou de bon voisinage. Dans une seconde catégorie, qu’ils mettent ceux qui votent pour eux, non pas dans un point de vue d’intérêt public ou d’intérêt général, mais dans un point de vue d’intérêt purement local. À cette seconde catégorie, qu’ils en ajoutent enfin une troisième composée de ceux qui votent pour eux pour des motifs d’intérêt purement individuels, et je leur demande si ceux qui votent, ceux qui votent par un sentiment public désintéressé, par suite d’opinions, de passions publiques, si ceux-là forment la majorité ; je m’assure qu’ils découvriront aisément le contraire. Je me permettrai encore de leur demander si, à leur connaissance, depuis cinq ans, dix ans, quinze ans, le nombre de ceux qui votent pour eux par suite d’intérêts personnels et particuliers, ne croît pas sans cesse ; si le nombre de ceux qui votent pour eux par opinion politique ne décroît pas sans cesse ? […] Or, qu’est-ce que tout cela, sinon une dégradation successive et profonde, une dépravation de plus en plus complète des mœurs publiques ? Et si, passant de la vie publique à la vie privée, je considère ce qui se passe, si je fais attention à tout ce dont vous avez été témoins, particulièrement depuis un an, à tous ces scandales éclatants, à tous ces crimes, à toutes ces fautes, à tous ces délits, à tous ces vices extraordinaires que chaque circonstance a semblé faire apparaître de toutes parts, que chaque instance judiciaire révèle ; si je fais attention à tout cela, n’ai-je pas lieu d’être effrayé ? N’ai-je pas raison de dire que ce ne sont pas seulement chez nous les mœurs publiques qui s’altèrent, mais que ce sont les mœurs privées qui se dépravent ? Et remarquez, je ne dis pas ceci à un point de vue de moraliste, je le dis à un point de vue politique ; savez-vous quelle est la cause générale, efficiente, profonde, qui fait que les mœurs privées se dépravent ? C’est que les mœurs publiques s’altèrent. C’est parce que la morale ne règne pas dans les actes principaux de la société, qu’elle ne descend pas dans les moindres. C’est parce que l’intérêt a remplacé dans la vie publique les sentiments désintéressés, que l’intérêt fait la loi dans la vie privée.

[…]

Messieurs, si le spectacle que nous donnons produit un tel effet vu de loin des confins de l’Europe, que pensez-vous qu’il produit en France même sur ces classes qui n’ont point de droits, et qui, du sein de l’oisiveté à laquelle nos lois les condamnent, nous regardent seuls agir sur le grand théâtre où nous sommes ? Que pensez-vous que soit l’effet que produise sur elles un tel spectacle ? Pour moi, je m’en effraye. On dit qu’il n’y a point de péril, parce qu’il n’y a pas d’émeute ; on dit que, comme il n’y a pas de désordre matériel à la surface de la société, les révolutions sont loin de nous. Messieurs, permettez-moi de vous dire, avec une sincérité complète, que je crois que vous vous trompez. Sans doute, le désordre n’est pas dans les faits, mais il est entré bien profondément dans les esprits. Regardez ce qui se passe au sein de ces classes ouvrières, qui aujourd’hui, je le reconnais, sont tranquilles. Il est vrai qu’elles ne sont pas tourmentées par les passions politiques proprement dites, au même degré où elles ont été tourmentées jadis ; mais ne voyez-vous pas que leurs passions, de politiques, sont devenues sociales ? Ne voyez-vous pas qu’il se répand peu à peu dans leur sein des opinions, des idées, qui ne vont point seulement à renverser telles lois, tel ministère, tel gouvernement, mais la société même, à l’ébranler sur les bases sur lesquelles elles reposent aujourd’hui ? Ne voyez-vous pas que, peu à peu, il se dit dans leur sein que tout ce qui se trouve au-dessus d’elles est incapable et indigne de les gouverner ; que la division des biens faite jusqu’à présent dans le monde est injuste ; que la propriété y repose sur des bases qui ne sont pas des bases équitables ? Et ne croyez-vous pas que, quand de telles opinions prennent racine, quand elles se répandent d’une manière presque générale, quand elles descendent profondément dans les masses, elles amènent tôt ou tard, je ne sais pas quand, je ne sais comment, mais elles amènent tôt ou tard les révolutions les plus redoutables ? Telle est, messieurs, ma conviction profonde ; je crois que nous nous endormons à l’heure qu’il est sur un volcan; j’en suis profondément convaincu.

[…]

mais j’ai une trop haute idée du rôle que le pouvoir joue dans ce monde pour ne pas être convaincu que, lorsqu’il se produit un très grand mal dans la société, un grand mal politique, un grand mal moral, le pouvoir y est pour beaucoup. Qu’a donc fait le pouvoir pour produire le mal que je viens de vous décrire ? Qu’a fait le pouvoir pour amener cette perturbation profonde dans les mœurs publiques, et ensuite dans les mœurs privées ? Comment y a-t-il contribué ?

[…]

je pourrais dire dans leur compagnie journalière, des hommes qui ne voulaient ni d’un but honnête, ni de moyens honnêtes, qui ne voulaient que la satisfaction de leurs intérêts privés, à l’aide de la confiance qu’on leur confiait. Je ne veux citer qu’un exemple, pour montrer ce que je veux dire, c’est celui de ce ministre, dont je ne veux pas rappeler le nom, appelé dans le sein du cabinet, quand toute la France, ainsi que ses collègues, savait déjà qu’il était indigne d’y siéger ; sortant du cabinet sans que cette indignité devînt trop notoire, et placé où ? sur le siège le plus élevé de la justice, d’où il a dû bientôt descendre pour venir s’asseoir sur la sellette de l’accusé. Eh bien ! messieurs, quant à moi, je ne regarde pas ce fait comme un fait isolé ; je le considère comme le symptôme d’un mal général, le trait le plus saillant de toute une politique ; en marchant dans les voies que vous aviez choisies, vous aviez besoin de tels hommes.

[…]

Je vous disais tout à l’heure que ce mal amènerait tôt ou tard, je ne sais comment, je ne sais d’où elles viendront, mais amèneront tôt ou tard les révolutions les plus graves dans ce pays ; soyez-en convaincus. Lorsque j’arrive à rechercher dans les différents temps, dans les différentes époques, chez les différents peuples, quelle a été la cause efficace qui a amené la ruine des classes qui gouvernaient, je vois bien tel événement, tel homme, telle cause accidentelle ou superficielle ; mais croyez que la cause réelle, la cause efficace qui fait perdre aux hommes le pouvoir, c’est qu’ils sont devenus indignes de le porter.

Songez, messieurs, à l’ancienne monarchie ; elle était plus forte que vous, plus forte par son origine ; elle s’appuyait mieux que vous sur d’anciens usages, de vieilles mœurs, sur d’antiques croyances ; elle était plus forte que vous, et cependant elle est tombée dans la poussière. Et pourquoi est-elle tombée ? Croyez-vous que ce soit par tel accident particulier ? Pensez-vous que ce soit le fait de tel homme, le déficit, le serment du jeu de paume, La Fayette, Mirabeau ? Non, messieurs ; il y a une cause plus profonde et plus vraie, et cette cause c’est que la classe qui gouvernait alors était devenue, par son indifférence, par son égoïsme, par ses vices, incapable et indigne de gouverner.

Voilà la véritable cause. Eh ! messieurs, s’il est juste d’avoir cette préoccupation patriotique dans tous les temps, à quel point n’est-il pas juste de l’avoir dans le nôtre ? Est-ce que vous ne ressentez pas, messieurs, par une sorte d’intuition instinctive, qui ne peut pas se discuter, s’analyser peut-être, mais qui est certaine, que le sol tremble de nouveau en Europe ? Est-ce que vous n’apercevez pas… que dirai-je ? un vent de révolution qui est dans l’air ? Ce vent, on ne sait où il naît, d’où il vient, ni, croyez-le bien, qui il enlève ; et c’est dans de pareils temps que vous restez calmes en présence de la dégradation des mœurs publiques, car le mot n’est pas trop fort.

On a parlé de changements dans la législation. Je suis très porté à croire que ces changements sont non seulement utiles, mais nécessaires : ainsi je crois à l’utilité de la réforme électorale, à l’urgence de la réforme parlementaire ; mais je ne suis pas assez insensé, messieurs, pour ne pas voir que ce ne sont pas les lois elles-mêmes qui ne sont, en définitive, que le détail des affaires, non ce n’est pas le mécanisme des lois qui produisent les grands événements : ce qui fait les grands événements, messieurs, c’est l’esprit même du gouvernement. Gardez les lois si vous voulez ; quoique je pense que vous auriez tort de le faire, gardez-les; gardez même les hommes, si cela vous fait plaisir, je n’y fais aucun obstacle ; mais, pour Dieu changez l’esprit du gouvernement, car je vous le répète, cet esprit-là vous conduit à l’abîme ! »

Il vous est possible de lire l’intégralité de ce discours prophétique d’Alexis de Tocqueville, directement sur le site de l’Assemblée nationale.

23:14 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags: tocqueville, révolution |

28 septembre 2009

L’avertissement de Max Gallo : il existe des analogies entre 1789 et 2009

À ceux qui n’ont pas lu mon ouvrage et m’accusent de réduire la France à la Révolution française, j’apporte la réponse de l’historien Max Gallo, dans un entretien au magazine Le Point :

« La Révolution française est un creuset dans lequel il y a toute l'histoire de France depuis ses origines. Un monde nouveau est né de cet événement qui a marqué profondément, par sa radicalité et sa brutalité, notre conscience nationale. Si bien qu'aujourd'hui, de nombreux comportements politiques et humains sont déterminés par la force de ce passé-là.
[…]
En examinant la Révolution, on découvre combien, dans une société organisée, la sociabilité entre les hommes est extrêmement fragile. Et qu'il suffit de quelques jours, parfois de quelques heures, pour que la barbarie des comportements humains rejaillisse. Je pense depuis toujours qu'un des périls majeurs qui guettent nos sociétés contemporaines est l'irruption de la violence et des barbaries.
[…]
L'histoire est le seul laboratoire dont disposent les hommes pour comprendre le fonctionnement des sociétés.
[…]
Qui dit révolution dit irruption de la violence. Nos sociétés sont extrêmement fragiles. La responsabilité majeure de celui qui a accès à la parole publique est de mettre en garde contre cette irruption.
[…]
Le retour de la nation peut produire le pire si on refuse certaines réalités. Je suis partisan de l'Europe - malgré les apparences -, à condition que ce soit une Europe qui ne se construise pas sur la mort des nations.
»

Je vous encourage à lire l’intégralité de l’entretien de Max Gallo.

23:00 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags: révolution, gallo |

14 mai 2009

Risque révolutionnaire ?

C’est la question qui continue d’agiter les médias et notre classe politique. Les hommes et femmes politiques, les syndicalistes, mais aussi les journalistes, ont donné leur avis sur la question suivante : existe-t-il un risque révolutionnaire en France ? Ils réagissaient à la conviction exprimée par l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin, pour lequel ce risque existe bel et bien. Le volcan français serait-il de nouveau prêt à une éruption dont lui seul connaît le secret ?

L’actuel Premier ministre, François Fillon, a qualifié d’ « irresponsable » l’avertissement de Dominique de Villepin. Faut-il être aveugle, sourd et ignorant de l’histoire de France pour ne pas voir, entendre et sentir que la France est désormais de nouveau entrée dans une période des plus instables, une période qui peut parfaitement déboucher sur une nouvelle révolution ? De fait, la violence que subit le peuple français, à qui on dénie l’existence d’une identité propre, pourrait bien conduire à l’avènement d’une convulsion majeure ; une crise économique prolongée pouvant jouer le rôle d’un puissant catalyseur.

Voici une des soixante-seize recommandations formulées par Yazid Sabeg dans le rapport qu’il a remis le 7 mai dernier au Président de la République, Nicolas Sarkozy : « Action 53 : Introduire le thème de “la France aux identités multiples” dans les contenus de l’enseignement dès le primaire, au collège et au lycée. »

Yazid Sabeg : « Les 76 actions ont suscité un accord complet de sa part… il apporte un soutien total à ce que j’ai proposé ». « Il », c'est Nicolas Sarkozy.

Communiqué de la Présidence de la République : « Validant les grandes orientations du rapport, le Président de la République a demandé au Gouvernement d’examiner dans les meilleurs délais les différentes mesures proposées par le Commissaire. »

Une étude très instructive sur les valeurs des Français, conduite tous les neuf ans, est passée inaperçue. Est-ce parce qu’elle met le doigt sur l’essentiel ? Dans cette étude dirigée par deux chercheurs, Pierre Bréchon et Jean-François Tchernia, on découvre que le sentiment de fierté nationale se raffermit, que 9 Français sur 10 se déclarent fiers d’être Français, et que 98% d’entre eux considèrent qu’être Français se mesure au respect de la loi et des institutions françaises. Voici l’un des enseignements de l’étude : « En 2008, être Français est donc avant tout perçu comme une donnée comportementale même si la dimension héritage par les origines n’est pas exclue. »[1]

Pour le peuple français, la France ne possède pas d’identités multiples, mais une seule et même identité, celle que les Français transmettent, au fil de l’éducation, jour après jour, à leurs enfants.

Selon le juriste et chercheur Hugues Fulchiron, « On peut définir la nation comme “une communauté généralement fixée sur un territoire déterminé dont la réalité résulte de caractéristiques ethniques, linguistiques, culturelles, de certaines coutumes sociales, de traditions historiques et religieuses, tous facteurs qui développent un sentiment d’appartenance et des aspirations politiques communes” […] Par la nationalité, un individu prend part à une culture, à une histoire, à un destin, devient une partie d’une nation. »[2]

Que se passe-t-il désormais ? Tous ceux qui ne souhaitent pas prendre « part à une culture, à une histoire, à un destin » qui sont ceux du peuple français, entendent en changer les règles. La France ne serait plus le territoire d’un peuple unique, non, elle deviendrait le territoire d’un peuple qui serait à identités multiples.

Voici un extrait de mon audition par la commission présidée par Simone Veil : « L’officialisation, par les textes, de l’existence d’une “diversité” consacrerait en réalité la coexistence, au sein de la société française, de groupes reconnus et identifiés comme ne partageant pas la même vision de la société et, ce qui est sous-jacent, pas la même définition des règles qui codifient le bien-vivre-ensemble. Cela signifie qu’à terme, chaque groupe souhaitera être régi par le corpus de lois qui découle de son propre projet de société. C’est ce vers quoi a très récemment failli glisser le Québec, et c’est ce contre quoi lutte actuellement, avec grande difficulté, la Grande-Bretagne. »

Vous me demandez ce que je pense du rapport Sabeg ? À mes yeux, les plus condamnables ne sont pas ceux qui, venus de l’étranger, exigent que l’État français éreinte la France, mais notre classe politique, censée bien connaître l'âme du peuple français, qui, consciemment ou non, mais là n’est même plus la question, participe à placer la tête de notre pays sur le billot. Ne laissons pas mourir la France ! Mobilisons toutes nos forces pour la secourir !

Depuis la naissance de ce blog, j’exprime à intervalles réguliers le vœu que le réveil du peuple français se produise dans le calme. Ce que je sous-entends par là, c’est que ce réveil pourrait être brutal, très brutal, car trop, c’est trop ! Je sens, comme beaucoup de Français, et comme l’a exprimé Dominique de Villepin, fin connaisseur de l’histoire de France, que le compte à rebours est enclenché et que seul un élan collectif, un rassemblement des Français autour de l’essentiel, pourra désormais l’arrêter. Quelle forme cet élan prendra-t-il ? Là est toute la question !

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[1] « Égalité, tolérance, travail, bonheur : les nouvelles valeurs des Français », Le Monde daté du 25 avril 2009.

[2] Hugues Fulchiron, « La nationalité française », Que sais-je ? - PUF, octobre 2000.

18:14 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags: révolution, villepin, fillon, sarkozy, sabeg, identité |