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18 janvier 2012

Chronique d’une fin de démocratie annoncée ?

Le commentaire de Vive la Liberté m’amène à soumettre à votre réflexion le passage suivant, extrait de mon livre Immigration, intégration : le langage de vérité.

« C’est parce que certains se sont plu à toujours tout minimiser et à tout justifier, même l’injustifiable, que nous en sommes arrivés là : une situation où notre société a fini par engendrer des fauves. Une société qui en vient à légitimer la violence ne pourra qu’être un jour balayée par cette violence. Les hommes et femmes politiques ont à présent très peur des fauves qu’ils ont eux-mêmes créés.

C’est la peur qui guide désormais leurs prises de position et leurs décisions. Anticipant le plus souvent les demandes, ils reculent en leur sacrifiant l’une après l’autre, en guise d’offrande, chacune des vertèbres de la colonne vertébrale de la France. Si la classe politique agit ainsi, c’est parce que la France est devenue sa variable d’ajustement. Elle l’est devenue parce qu’elle ne semble plus croire depuis longtemps à la France, mais aux territoires optimisés dans la mondialisation.

La France est devenue cette variable parce que le peuple français, contraint au silence, ne la défend plus guère, et aussi parce que les Français sont un vieux peuple respectueux de la démocratie. Ils attendent sagement le jour du vote pour tenter d’exprimer, à travers une abstention croissante, leur désaveu de leur classe politique. Or, la violence, c’est malheureusement la seule chose qu’entendent et redoutent les hommes et femmes politiques, et qui guide leur comportement sur ce sujet de l’immigration-insertion-intégration.

C’est cela qui constitue le plus grand danger pour notre démocratie, car les citoyens comprennent petit à petit que respecter la démocratie ne paie pas, et que le joyau des droits de l’homme et du citoyen est en réalité devenu une arme de destruction employée contre eux pour entamer le corps politique qu’ils avaient réussi à constituer. »

15:28 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags: violence, démocratie |

29 novembre 2010

Manuel Valls : “menacé de mort parce que je suis un représentant de la République”

Après son agression sur un marché de Corbeil-Essonnes, samedi 27 novembre, Manuel Valls a accordé un entretien au JDD : « je me suis retrouvé couvert d’œufs, bousculé, pratiquement par terre. Très vite, des individus nous ont insultés, menacés de mort, intimé de partir du quartier, ce qu’évidemment, nous n’avons pas fait […] Les agresseurs n’avaient aucune revendication. C’est tout simplement parce que je suis le représentant d’une autorité, de la République. […] »

Voici l’analyse que fait Manuel Valls de cette agression : « À Corbeil-Essonnes, il y a eu une corruption des esprits par l’argent. En plus d’avoir un quartier qui souffre déjà de nombreuses plaies – échec solaire, délinquance, chômage, – vous avez des réseaux de voyous, des réseaux mafieux, qui considèrent que le quartier est à eux. Le comportement de la municipalité précédente leur a sans doute laissé croire cela. »

Quelle analyse Manuel Valls tire-il des violences et agressions qui se produisent dans de nombreux quartiers sur le territoire national ? Quelle interprétation donne-t-il aux violences qui s’exercent au quotidien contre le corps enseignant, les pompiers, les policiers ou encore contre les jeunes filles et les femmes dans certains quartiers ? Que ce serait, là aussi, une question de « corruption des esprits par l’argent » ? Doit-on rappeler que la majorité des municipalités du 93, par exemple, sont dirigées par des maires de gauche (65%), et que les régions de France sont dirigées, à 91%, par la gauche ?

Que faudra-t-il donc qu’il arrive pour que les élites politiques regardent la réalité en face et assument enfin, ensemble, leurs responsabilités ? N’est-il pas temps de traiter de manière responsable ce très grave sujet qui concerne directement la paix dans notre société ? Cette dure et dangereuse réalité, ce sont pourtant eux qui ont participé à la créer. S’ils avaient sorti cette question du champ partisan, jamais en effet l’impunité n’aurait pu se développer telle une mauvaise herbe, et surtout, jamais Monsieur Valls n’aurait été agressé au motif qu’il est, comme il a tenu à le préciser, le représentant d’une autorité, de la République.

13:42 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags: valls, violence, république |

10 novembre 2010

Qu’ils les accueillent dans les écoles de leurs enfants !

Voici ce que j’écrivais en mai 2008 :

« Les enfants des banlieues sensibles qui souhaitent étudier en sont parfois, et même de plus en plus souvent, empêchés par leurs petits camarades de classe.

Solution : encourager les meilleurs d’entre eux à fuir les établissements de leurs quartiers. (humour…)

Tout a été prévu. Comme cela condamnera à terme les établissements des banlieues les plus sensibles, désertés par leurs meilleurs éléments, les plus problématiques d’entre eux seront alors fermés, et leurs effectifs répartis dans d’autres établissements. C’est une nouvelle technique d’extinction des incendies : lorsque subsistent des braises, les récupérer et les disséminer. Il faudrait breveter le procédé, puis aller le proposer à tous les pompiers de la planète. »

Voici ce que j’écrivais en mai 2010 :

« Savez-vous quelle est l’idée politique qui circule à présent à ce sujet ? Les établissements les plus difficiles, ceux dont les résultats sont catastrophiques, seraient fermés, et leur population répartie dans d’autres établissements. Car c’est bien connu, lorsqu’un pompier se trouve face à un feu, le meilleur moyen pour lui de l’éteindre est de prendre les braises et de les disséminer ! »

_____________

Des expériences de transport d’élèves des quartiers sensibles vers d’autres quartiers sont actuellement déployées, et il est question de fermer les établissements scolaires qui ont le plus pâti de la suppression de la carte scolaire, et d’en répartir les élèves.

Voici à présent une information relayée hier par France Info, et aujourd’hui par le Figaro et le Monde :

« L’Établissement de Réinsertion Scolaire avait ouvert ses portes ce lundi matin, à Craon en Mayenne. Un établissement censé accueillir des collégiens dits perturbateurs […] “dont le comportement nécessite un éloignement”.

Or, la douzaine de collégiens de Seine-Saint-Denis en rupture de ban s’en serait pris aux autres élèves ce matin. Les enseignants ont donc décidé d’exercer leur droit de retrait, et demandent la fermeture de la toute nouvelle unité […] Des parents d’élèves aussi ont annoncé leur intention de retirer leurs enfants de l’établissement, en attendant que l’Établissement de Réinsertion Scolaire (ERS) ferme. Cinq des agresseurs auraient été renvoyés dans leur département d’origine par les gendarmes. »

« À la mi-journée, dans la cour déserte de ce coquet collège, on pouvait entendre des insultes proférées par les neuf pensionnaires restants depuis les fenêtres des leurs locaux, situés dans le bâtiment central du collège. “Un ministre a dit qu’un seul de ces jeunes pouvait pourrir un établissement de 1.000 élèves, alors imaginez 14 d’entre eux au milieu de 350 collégiens”, soupire M. Mounier. »

« “Aujourd’hui, ils ont l’air content de leur coup, en moins de 24 heures ils ont ’vidé’ les 350 élèves du collège et ont crié ’on est chez nous’", poursuit l’enseignant »

« La création des ERS a été annoncée en avril. Le premier a ouvert ses portes en septembre dans les Alpes-Maritimes. Une dizaine d’autres sont annoncés pour fin novembre et dix autres d’ici la fin de l’année scolaire. Selon le ministère, les ERS “accueillent des collégiens en difficulté scolaire et sociale, dont le comportement nécessite un éloignement et une prise en charge différente”. »

Savez-vous ce que tout cela m’inspire ? C’est que les Français ne peuvent plus être sereins nulle part  sur le territoire national, puisque nos élites peuvent, à tout moment, déverser chez eux le produit de leurs erreurs politiques. Pourquoi ne les accueillent-ils donc pas dans les écoles de leurs enfants ?

Pendant que la France sombre, incapable de regarder vers le haut et désespérant ainsi son peuple, les pays émergents se lancent dans la course à la formation d’ingénieurs de très haut niveau, dans le but de devenir des champions de R&D dont les produits innovants vampiriseront les marchés de demain. Le sursaut devient urgent !

Je vous recommande vivement la lecture du très bon article que Natacha Polony a publié après avoir participé à la convention Éducation de l’UMP. Vous êtes très nombreux à m’écrire votre souhait de me voir diffuser mon analyse du sujet ainsi que mes recommandations ; je tiens à vous dire que le conseiller d’un ministre avait lourdement insisté pour que j’intervienne lors de cette convention, mais sans succès…

19:58 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (60) | Tags: école, éducation, enseignement, carte scolaire, violence, ump, chatel, polony |

10 octobre 2010

Entretien dans la Libre Belgique

La Libre Belgique : « Malika Sorel a écrit en 2007 “Le puzzle de l’intégration”, un ouvrage remarquable paru aux éditions Mille et une nuits. Cette Française d’origine algérienne, nommée membre du Haut Conseil à l’Intégration, y analyse les questions de l’immigration, de l’échec scolaire ou de la culpabilité des Français, sans langue de bois. Son esprit éclairé et sa parole responsabilisante interpellent tous ceux qui démissionnent, à commencer par l’État. »

Sous le titre « Notre société a créé des fauves », Virginie Roussel, journaliste à la Libre Belgique, publie notre entretien dans l’édition du 8 octobre.

15:36 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags: banlieues, violence, libre belgique, arte, virginie roussel |

12 avril 2010

Vers un régime autoritaire ?

J’ai assisté aux États généraux de la violence à l’école qui se sont tenus cette semaine. Il y a avait un décalage considérable entre la salle et la tribune. Malgré les interventions très éclairées de professeurs et chefs d’établissements, aucune réflexion n’a pu s’engager autour des sources de cette violence. Il n’a en effet été question que des mesures à prendre pour aider les enseignants à faire face à la violence. À mes yeux, ces états généraux sont une véritable imposture. Ils laissent en effet à penser que le sujet est traité, alors qu’il ne l’est pas.

La sécurité est le premier des besoins primaires. Lorsque le peuple finit par se forger la conviction que l’État n’est plus capable d’assurer la sécurité des individus, alors il est à craindre que le chaos ne survienne, suivi d’une période de sévère reprise en main qui finira par être attendue et espérée par le peuple lui-même. La France s’achemine-t-elle de nouveau vers un régime très autoritaire ? C’est une hypothèse qui ne peut plus être écartée.

Le Parisien : « Martin, un jeune cartographe de 24 ans, a été lynché sans raison, vendredi soir, place Grenette, en plein centre-ville de Grenoble, par un groupe d’une quinzaine de jeunes. Inconscient et saignant abondamment, il a été transporté au CHU de Grenoble où il se trouvait toujours dans un état critique dimanche. »

France 24 : « Âgés d’une vingtaine d’années, les agresseurs, qui venaient d’être expulsés du tramway dans lequel la victime et ses amis avaient pris place, ont alors attaqué verbalement puis physiquement ces derniers, arrivés à leur destination et qui tentaient de les ignorer, a-t-on ajouté de même source. La quinzaine d’agresseurs, montés dans le tramway à une station située dans les quartiers sensibles de Grenoble, étaient toujours activement recherchés dimanche. »

Libération : « Comme à Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis), la semaine dernière, un groupe d’une vingtaine de jeunes armés de bâtons et de pierres ont bloqué le bus, fait descendre le chauffeur et les deux passagers, avant d’y mettre le feu. Puis, ils ont décampé avant l’arrivée de la police. La scène s’est déroulée mercredi soir, vers minuit, dans le quartier de la Grande-Borne, à Viry-Châtillon (Essonne). »

Libération : « Une école des Clayes-sous-Bois (Yvelines) a été en partie détruite par un incendie d’origine criminelle dans la nuit de vendredi à samedi, suscitant la colère des parents d’élèves et la condamnation du ministre de l’Éducation Luc Chatel pour “cet acte inqualifiable”. […] La déléguée des parents d’élèves s’est dite “sonnée, choquée et en colère par cet acte inadmissible”. “Comment peut-on s’en prendre à une école comme celle-ci où le projet pédagogique était important ? C’est incompréhensible”, a-t-elle déclaré à l’AFP. Plus loin Dalila Bragier, la maman de la petite Inès porte une caisse de livres. Elle réagit : “C’est l’état de choc. Depuis un an on signale des incendies dans le quartier. On était attaché à cette école”. Le maire des Clayes-sous-Bois, Véronique Coté-Millard, a exprimé sa vive émotion : “On reste sans voix. L’an dernier un incendie avait détruit un bâtiment qui devait servir de centre de loisirs. S’attaquer à une école, c’est inqualifiable. Tout le monde est en émoi ici. Lundi, nous allons accueillir les parents et les élèves. Une cellule psychologique sera mise en place. Il nous faut accompagner les familles. Les 194 élèves de l’école doivent être répartis dès lundi dans les autres établissements de la commune…” »

S’il fallait une mesure pour commencer, ce serait de couper les subventions à toutes les associations qui ont largement participé à nourrir haine et ressentiment envers la France et les Français, et qui continuent d’ailleurs à le faire. Bien sûr, il faudrait alors bien en expliquer les raisons, afin qu’il n’y ait pas d’incompréhension. Nous le voyons, il est dramatique de les avoir ainsi laissé scinder le corps social entre « victimes » et « bourreaux ». Je l’ai déjà écrit : « Notre société récolte à présent la haine que cette approche a instillée dans le cœur des populations issues de l’immigration ». J’avais également évoqué la stupéfaction et l’incompréhension de Thione Niang, Américain d’origine sénégalaise et Président des affaires internationales des jeunes démocrates américains, devant la haine envers la France que des jeunes de l’immigration avaient exprimée devant lui lorsqu’il était allé à leur rencontre.

Il ne sert jamais à rien de nier la réalité des problèmes. Il faut, bien au contraire, les traiter dès leur apparition, surtout lorsqu’ils touchent à la cohésion nationale. Est-il encore temps d’éviter le pire ? Je n’en sais rien, car n’importe quel évènement peut désormais tout faire basculer et aboutir à ce que la situation échappe au contrôle des pouvoirs publics.

Chaque jour me renforce dans ma conviction que ce sont bien toutes les propositions politiques du Puzzle de l’intégration qui doivent être mises en œuvre et ce, de manière urgente. Il faut tourner le dos à l’imbécillité des plans banlieues et autres politiques d’intégration qui se succèdent depuis déjà longtemps, sans fournir les résultats que les Français sont en droit d’attendre au vu des budgets engagés. (Imbécile : « qui est peu capable de raisonner, de comprendre et d’agir judicieusement »)

J’ai écrit tout un ouvrage pour vous permettre d’approcher la complexité du problème de l’immigration-insertion-intégration. Les jeunes de l’immigration et leurs parents sont, comme le peuple français, victimes de l’aveuglement de nos élites. Mais, bien entendu, le statut de victime n’excuse rien à mes yeux. J’ai récemment participé à un débat. L’accueil de la salle a été des plus chaleureux. Parmi ceux qui sont venus discuter avec moi à la fin, et surtout me faire part de leur complète adhésion, des personnes d’origine maghrébine et africaine. Toutes ressentent la gravité de la situation à laquelle l’absence de bon sens a conduit notre société.

En ce qui me concerne, je continuerai d’écrire et de dialoguer pour faire en sorte que ce sujet soit traité dans sa globalité, tout en veillant à ce que la France ne soit jamais brutalisée. Pour cela, il ne faut pas hésiter à recourir à de vraies sanctions contre ceux qui sèment la terreur et le chaos, mus par leur haine de la France et leur inaptitude à respecter les normes collectives de la société française. Une sanction est réputée efficace lorsqu’elle dissuade de passer à l’acte. Dans le cas contraire, elle ne l’est pas. Nous pouvons donc en déduire que celles qui sont actuellement appliquées sont totalement inefficaces.

11:07 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (49) | Tags: insécurité, violence, chatel, école |

27 mars 2010

De la violence en milieu scolaire

À écouter absolument ! Répliques d'Alain Finkielkraut du samedi 27 mars 2010.

Pour ceux qui ont lu Le puzzle de l’intégration, vous noterez, à l’écoute de l’émission, que j’avais déjà presque tout décortiqué dans mon ouvrage. J’y avais même proposé l’ensemble des solutions qu’il était urgent de mettre en œuvre. Véronique Bouzou a signé son livre « Ces profs qu’on assassine » ; c’est en réalité la France qu’on assassine, et il est grand temps que les Français le réalisent, car l’Histoire pourrait bien les qualifier de complices de ce crime. Que cette complicité soit passive ou active, peu importe, car le résultat est le même !

 
Véronique Bouzou
Ces profs qu’on assassine
J.C-Gawsewitch - avril 2009
 

Ces profs qu’on assassine

« Ménage-toi ou tu vas finir à la Verrière ! » Cet avertissement, c’est un professeur qui l’adresse à un collègue au bout du rouleau. La Verrière est un hôpital psychiatrique qui accueille des enseignants en dépression ou atteints de névroses en tout genre. Des murs de l’école à ceux de l’asile, il n’y a souvent qu’un pas…

Régulièrement agressés verbalement, physiquement, abandonnés par leur hiérarchie, traînés devant les tribunaux, les enseignants sont aujourd’hui à bout de forces. Le taux élevé de suicides dans la profession témoigne de ce mal-être. Alors que les médias se font l’écho de ces événements tragiques, le désespoir des enseignants demeure un sujet tabou dans l’Éducation nationale.

Professeur de français depuis douze ans en zone dite « sensible », Véronique Bouzou tire la sonnette d’alarme. À travers une enquête menée sur le terrain, elle cherche à expliquer les désarrois du corps enseignant plus que jamais démobilisé, en quête de repères.

10:01 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags: alain finkielkraut, bouzou, violence, école |

20 juin 2008

Coupables de non-assistance à France en danger !

C’est ainsi que l’Histoire risque bien de nous qualifier, et de qualifier tous ceux qui auront assisté à la lente agonie de la France. Cette agonie, il est important de le préciser, est le sort désormais réservé à de nombreux autres pays européens.

Je m’apprêtais à vous publier un billet sur l’autisme de la HALDE, pour évoquer la croisade qu’elle mène contre notre société et contre les entreprises, quand un vent de terreur s’est subitement abattu sur Vitry-le-François. Tout événement tragique survenant dans une banlieue « sensible » est désormais exploité pour déclencher des expéditions punitives contre la société. Nos médias, dont beaucoup auront été les complices de l’aggravation de la situation en France, nous ont à nouveau ressorti leur couplet sur le niveau de vie des familles de Vitry-le-François, la couleur des murs des quartiers… Pourquoi les médias sont-ils à mes yeux complices de la lente et sûre descente de la France aux enfers ? Parce que ce sont eux qui ont diffusé les analyses fausses ou tronquées sur le sujet de l’échec de l’intégration, censurant dans le même temps les nombreux travaux et réflexions de tous ceux qui avaient déjà commencé à soulever le voile sur l’horreur qui guettait la France.

Le maire de Vitry-le-François, Jean-Pierre Bouquet (PS), raconte au journal le Monde : « Il s’agissait d’un déchaînement de violence, extrêmement brutal, très difficile à contrôler. Le signe, aussi, qu’on fait face, en France, dans notre société, à une violence latente qui peut surgir n’importe quand. »

Une des causes de ces problèmes est que nos hommes politiques, nos journalistes et leurs familles ne sont pas installés dans ces quartiers, et qu’ils n’y vivent pas quotidiennement. Si eux et leurs enfants avaient participé à y augmenter le taux de mixité sociale imposé par ailleurs aux Français dits « d’en bas » (loi SRU), jamais en effet la République ne se serait retrouvée dans une telle situation. Jamais les écoles de ces quartiers, qui auraient été celles de leurs enfants, n’auraient eu le loisir de se transformer en lieux où nombre d’enseignants travaillent la peur au ventre. S’ils étaient, eux et leurs enfants, confrontés à la réalité de la régression démocratique et sociale imposée à la France, nos hommes et femmes politiques auraient rapidement compris que leurs analyses étaient des plus simplistes et des plus dangereuses. Les journalistes, dont les enfants auraient été scolarisés dans les écoles des quartiers sensibles, auraient miraculeusement su trouver les mots justes pour dénoncer des propositions et des actions politiques qui de toute évidence conduisaient leurs propres enfants, autant que ceux issus de l’immigration, à l’échec et la mise au ban de la société. Le refus de Ségolène Royal, candidate à présider au destin du peuple français, d’inscrire son fils au cours Florent pour cause de quartier trop populaire, nous renseigne sur le niveau de confiance qu’accorde notre classe politique à sa propre capacité à sauver la France du mal qui la gangrène.

Proposition à soumettre à nos élus (qui ne l’accepteront bien entendu jamais) : que la loi SRU soit accompagnée de la publication du taux d’élus, de ministres, de journalistes qui résident dans les quartiers sensibles, c’est-à-dire ceux qui sont prompts à entrer en ébullition.

23:35 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags: sru, banlieues, violence, halde, royal |

01 février 2008

Le monde de l’absurde aide-t-il nos enfants ?

Pour avoir giflé un élève, un professeur se retrouve en correctionnelle. Chaque jour, des élèves renversent des tables en classe, bousculent leurs enseignants, les frappent, leur crachent à la figure, les couvrent de bordées d’injures ; cela stimule les zygomatiques de tous leurs camarades, érige dans le même temps l’auteur de ces actes inqualifiables en héros des temps « modernes », et laisse notre société s’assoupir dans une quasi-indifférence généralisée, qui est à mes yeux une non-assistance à société en grand danger.

Les adultes que nous sommes doivent-ils se sentir fiers d’avoir contribué à ce que nos enfants aient perdu le sens du respect de ceux qui ont pour mission de préparer l’avenir ? Qu’advient-il lorsque les enseignants ne sont plus respectés ? Le cerveau de leurs élèves, de manière tout à fait inconsciente, cesse d’engranger les savoirs que l’école tente de leur transmettre. Qui en est la principale victime ? La France, bien entendu !

Voici les propos du secrétaire général du Syndicat National des Collèges et des Lycées, Bernard Kuntz, diffusés au journal de 13h de France Inter, le 31 janvier dernier : « Ce que je peux vous dire, c’est que partout en France, dans les établissements scolaires et pas seulement dans les établissements sensibles, les professeurs en ont assez. Ils ne supportent plus cette indiscipline constante, ces insultes, ces mauvais coups, cette impossibilité qui nous est faite actuellement de faire travailler nos élèves. Alors, à une époque où le Président de la République nous parle d’école du respect, on aimerait bien un peu que la société, dans son ensemble, et que le Gouvernement, en particulier, prenne de véritables mesures pour faire en sorte que nous puissions recommencer à accomplir la mission pour laquelle nous avons été recrutés, c’est-à-dire instruire nos élèves. »

La semaine dernière, Valérie Pécresse a osé avancer qu’elle était favorable à l’évaluation des professeurs par les étudiants. Quel ministère dirige-t-elle donc ? S’est-elle plongée, avec un tant soit peu de sérieux, dans la réalité des difficultés auxquelles se trouve confronté notre système d’enseignement, et donc notre pays ?

Même dans le sacro-saint univers des grandes écoles d’ingénieurs, le niveau ne cesse de se détériorer. Et ce n’est pas le déversement arbitraire dans les classes préparatoires de 5% de chacun des lycées de France, que vient d’annoncer le gouvernement, qui en relèvera le niveau. Prudente et anticipant la déconfiture, le ministre de l’enseignement supérieur annonce que tous ceux qui échoueront à intégrer une grande école se verront accorder une équivalence universitaire. Pourquoi donc envoyer dans des cursus réputés non complaisants (en termes de connaissances), des élèves qui ne détiendraient pas les capacités à en relever les exigences ? Augmenter dans une classe le nombre d’élèves qui peinent et sont à la remorque, aura une incidence sérieuse sur le programme que l’enseignant pourra, en fin de compte, transmettre à l’ensemble de sa classe dans le temps imparti. C’est donc la totalité de la classe qui en paiera le prix, et la France par voie de conséquence.

Il faut savoir qu’aujourd’hui en France, en deuxième année de certaines écoles d’ingénieurs (soit au stade bac+4), un nombre croissant d’élèves ne maîtrisent plus certaines notions fondamentales de mathématiques, qui leur sont indispensables et qui étaient, il y a encore dix ans, couramment maîtrisées par les élèves de terminale S ! Des notions sans lesquelles aucun ingénieur, dans les domaines technologiques en question, ne peut espérer remplir les missions qui lui seront confiées, et auxquelles sa formation aurait dû le préparer. La désillusion sera dure à encaisser, non seulement pour ces ingénieurs, mais aussi pour les industriels qui les auront recrutés.

Où sont les courageux hommes politiques qui oseront s’attaquer sérieusement à la réalité des défis qui se posent aujourd’hui à l’enseignement en France ? Le premier de ces défis sera de faire en sorte que les élèves redeviennent des élèves. Voici à ce sujet un extrait du Puzzle de l’intégration : « Bien entendu, le service public de l’orientation n’est pas la maison des miracles ; il ne pourra venir en aide qu’à ceux qui auront respecté leur mission d’élèves au long de leur scolarité. »

18:40 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags: école, éducation, enseignement, pécresse, sncl, violence, classes préparatoires |

07 décembre 2007

La « tolérance zéro », une fausse bonne idée

Il est confortable, et séduisant aussi, d’imaginer qu’en sanctionnant toute infraction, à commencer par la plus minime, on pourrait prévenir les suivantes, dissuader ceux qui n’ont pas encore franchi le pas et guérir ainsi une société malade d’insécurité.

Mais tout d’abord, comment mesurer l’efficacité d’une politique dont l’ambition est de lutter contre la violence et le sentiment d’insécurité qu’elle induit ? Autrement dit, qu’attendons-nous d’une politique efficace ? Est-ce la réduction durable du nombre d’actes de délinquance, ou est-ce l’éviction des éléments perturbateurs de l’espace public, afin de les mettre « hors d’état de nuire » ? Si c’est ce dernier objectif qui est retenu, dans la mesure où les délinquants finissent un jour ou l’autre par sortir de prison, à l’évidence ils réapparaitront tôt ou tard dans l’espace public. La sanction les aura-t-elle alors dissuadés de récidiver ? Autrement dit, la sanction les aura-t-elle responsabilisés ?


L’échec de l’expérience américaine

La politique de « tolérance zéro », dite aussi théorie du « carreau cassé » ou de la « vitre brisée », a vu le jour aux États-Unis au début des années 1980, avant d’être progressivement exportée vers d’autres contrées, dont l’Europe. Ce sont les chercheurs James Q. Wilson et Georges Keeling qui ont formalisé cette théorie. Elle postule que tout « désordre » non traité peut dégénérer en actes de délinquance très graves. Ainsi, tout graffiti, toute incivilité seraient susceptibles de conduire leurs auteurs sur la voie de la grande délinquance, voire du crime. Aucune explication d’un tel cheminement, d’ailleurs largement invalidé par les statistiques, n’est avancée par les auteurs pour étayer leur théorie.

Un rapport publié en novembre 2007 par le JFA Institute, cercle de réflexion basé à Washington aux travaux duquel participent des criminologues de compétence reconnue, vient à nouveau de rappeler que la politique de « tolérance zéro » n’avait eu aucun impact sur le niveau de criminalité aux États-Unis, qui est à ce jour le même que celui qu’on enregistrait dans les années 1970. Pourtant, pour défendre une prétendue réussite, les défenseurs de cette politique donnent très souvent en exemple le cas de la ville de New-York, où la délinquance aurait diminué. Qu’en est-il en réalité ? Les nombreux sociologues américains qui se sont penchés de manière approfondie sur l’analyse de la situation à New-York avancent plusieurs explications, parmi lesquelles :

  • les forts taux d’incarcération mettent les délinquants temporairement hors circuit ;
  • la délinquance s’est déplacée vers des zones moins protégées que New-York, mais elle ne s’est pas résorbée. Les délinquants ou auteurs d’incivilités qui empoisonnent la vie quotidienne des citoyens, partent en effet effectuer leur commerce illicite ou leur atteinte aux autres, dans des lieux moins protégés. Le taux de criminalité dans les petites villes, lui, n’a pas baissé ;
  • la démographie a évolué à New-York, où le nombre de jeunes a baissé ;
  • l’apparition d’une véritable prise de conscience de la fraction des jeunes qui ont assisté aux ravages de la cocaïne parmi leurs proches (parents, amis ou voisins), les dissuadant de verser eux-mêmes dans la toxicomanie. La consommation de cette drogue a diminué, réduisant de ce fait le trafic de stupéfiants qui s’accompagnait de nombreux actes de délinquance ;
  • dans d’autres villes et sur une même période, on observe également une diminution temporaire du taux de délinquance, alors que ces villes n’appliquaient pas de politique de « tolérance zéro ».

Le rapport du JFA Institute s’alarme du fort taux d’incarcération aux États-Unis. Avec la politique de « tolérance zéro », les prisons ont vu leurs effectifs augmenter dans de très fortes proportions, d’une part parce que les peines infligées sont de plus en plus longues, d’autre part parce qu’il y a de moins en moins de recherche de sanctions alternatives à l’enfermement. L’effet dissuasif tant espéré de politiques fortement répressives ne s’est donc jamais produit. Citons les chiffres américains : le taux d’incarcération était de 125 pour 100 000 dans la période 1925-1975. Il a fait un bond pour passer à 700 pour 100 000 dans les années 1980, et n’a pas décru depuis. Pour mémoire, rappelons que le taux d’incarcération en France se situe à environ 90 pour 100 000.

La raison de l’échec de la politique de « tolérance zéro » réside dans la non-adéquation de la réponse apportée au travers de l’enfermement. En effet, cette réponse ne travaille que sur le très court terme. Si cette théorie fut adoptée si promptement, c’est que son caractère simpliste et son immédiateté a séduit les hommes politiques qui souvent, et pas simplement dans notre pays, sont à l’affût de baguettes magiques. Il s’agit véritablement là d’une approche qui s’apparente à de la prestidigitation : un problème surgit, il est aussitôt éliminé du champ visuel des électeurs. On ne s’interroge malheureusement que très rarement sur les retombées sur la société de mesures si radicales. On oublie également de développer une vision de long terme, qui exigerait inévitablement une réflexion un peu plus poussée au sujet des actions à développer très en amont, afin de réduire la masse de problèmes à traiter en aval. L’objectif devrait être de tarir les sources des différentes formes de violence, et ces sources sont multiples. Elles ne sont, il faut le souligner, pas toujours identiques d’un pays à l’autre.

La politique de « tolérance zéro » présente par ailleurs le défaut majeur de conduire à l’abandon de la philosophie qui consiste à toujours travailler à l’identification de voies qui permettraient à l’être humain d’œuvrer à sa propre réhabilitation. Cette politique abandonne aussi, dans le même temps, la dimension de dissuasion. Nous le vérifions aujourd’hui en France : la loi sur la récidive, avec l’instauration de peines planchers, est tout simplement impuissante. Il est capital de réaliser qu’il ne peut y avoir à ce problème de réponse simpliste à effet immédiat.


Alors, que faire ?

En abordant la réponse à cette question, nous allons mieux comprendre pourquoi la politique de « tolérance zéro » ne peut conduire à une diminution réelle de la délinquance, alors qu’elle concourt à banaliser l’acte d’emprisonnement. Celui-ci constitue malheureusement à présent, pour certains délinquants, dans notre pays, une marque de valorisation au sein de leur groupe.

Pour traiter le problème spécifique de la violence dans notre société, dans laquelle la forte implication des enfants issus de l’immigration n’est plus à démontrer, plusieurs axes doivent être déployés de concert. Je les ai parsemés au long du Puzzle de l’intégration : les pièces qui vous manquent, en donnant à chaque fois les raisons profondes. Les relations de cause à effet y ont été développées de façon que le lecteur puisse ensuite, avec son propre jugement, participer à porter un regard critique et constructif sur les débats qui agitent l’ensemble de notre classe politique. Je ne vous livre ici que quelques-uns de ces axes, et vous renvoie à mon livre pour compléter cette liste et approfondir le sujet :

  • L’abandon de la théorie de la victimisation est une absolue nécessité : se reporter au contenu de mon livre pour comprendre le poison que cela constitue pour les enfants issus de l’immigration, et la haine que cette « attitude » instille dans le cœur et l’esprit des familles issues de l’immigration.
  • La responsabilisation des parents des délinquants mineurs est incontournable. Il est indispensable qu’ils assument, vis-à-vis de la société, leurs responsabilités en cas de mauvais agissements de leurs enfants. Il faut appliquer le principe de « tolérance zéro » sur un point : les parents de délinquants mineurs doivent financièrement, ou par le biais d’actions de restauration, participer à la réparation des dégâts matériels commis par leurs enfants. Eu égard à une certaine « sensibilité » au matériel, les « jeunes » réfléchiraient à deux fois avant de saccager. Cela enclencherait à terme un cercle vertueux. J’explique également dans mon livre les raisons, liées à la sociologie des groupes, pour lesquelles le fait de « toucher » les ascendants contribuera à ramener plus facilement leurs enfants dans le rang.
  • Les sanctions appliquées directement aux « jeunes » doivent avoir une visée réparatrice et éducative. Elles doivent systématiquement prévoir un accompagnement en vue d’une insertion dans la société. Je ne parle pas de « réinsertion » car souvent, ces « jeunes » ne sont pas même insérés dans la vie sociale française. Nos juges le savent fort bien, mais le manque de moyens de notre Justice conduit à ce que l’immense majorité de ces peines éducatives ne sont tout simplement jamais appliquées.
  • Il faut remettre à l’ordre du jour, dans toutes les écoles maternelles et primaires de France, une grande ambition dans la transmission de la langue française, qui est la langue officielle de la République, mais que les enfants issus de l’immigration pratiquent de moins en moins, et donc de plus en plus mal. Cet apprentissage est essentiel, car c’est à travers la langue et par le biais de la littérature que seront transmises, à ceux des enfants qui n’y ont pas accès dans leur environnement familial, la culture et les règles de savoir-vivre propres à la société française.
  • La sensibilisation à la culture française doit veiller à inclure tout ce qui n’est que peu, voire pas du tout, transmis au sein des familles, à commencer par l’art sous toutes ses formes. C’est cela qui participera à ouvrir les enfants issus de l’immigration à d’autres cultures que celle de leur milieu familial. De plus, en développant le registre de la sensibilité, la culture artistique participe à adoucir, à pacifier, mais aussi à appréhender le respect de l’être humain dans sa dimension individuelle, et pas seulement dans sa dimension collective comme c’est le cas par exemple dans les sociétés maghrébines ou africaines. Loin d’être futile, cette préoccupation est en réalité centrale, car c’est autour de ce noyau que se cristallisera ou non la possibilité d’une cohabitation dans l’espace public. Cette sensibilisation doit se dérouler tout au long de l’école maternelle et primaire. Au collège, il est en géréral bien trop tard.
  • Il faudra cesser d’encourager fiscalement les familles à délocaliser leur argent vers leur pays d’origine (lois Sarkozy 2006 et Hortefeux 2007). Les fonds transférés sont autant de ressources qui ne seront pas consacrées par les parents à l’insertion de leurs enfants dans la société française. L’aide au développement devrait toujours se faire directement d’État à État, assortie bien entendu de contraintes sur l’affectation des fonds, ou par interventions directes sur des projets.
  • La lutte contre l’économie parallèle est essentielle, pour des raisons évidentes que j’ai déjà évoquées dans un précédent billet. Il est capital dans ce dossier de toujours accompagner la sanction d’enfermement de la privation du « butin », sans quoi cette sanction n’a aucune incidence. Passer quelques années en prison, lorsque cela n’empêche pas de disposer et/ou de faire disposer son entourage d’une amélioration substantielle du niveau de vie, n’est en rien dissuasif.
  • Il faut rouvrir la discussion sur le droit du sol, comme l’avait souhaité Jacques Chirac il y déjà vingt ans. « Le puzzle de l’intégration : les pièces qui vous manquent » expose en détail les raisons pour lesquelles le droit du sol s’apparente à une forme de colonisation. La violence de nombreux « jeunes », qui crient à la moindre occasion leur haine de la France, aurait déjà dû alerter sur la souffrance morale et psychologique que leur fait endurer cette identité que la France leur impose ; la France ne recueille finalement que la monnaie de sa pièce. Sur un sujet aussi délicat, il est important de garder à l’esprit que la souffrance et l’incompréhension sont aussi vives du côté des Français de souche que de celui de nombre d’enfants issus de l’immigration, réputés Français mais qui ne se pensent ni ne se vivent comme tels, et c’est leur droit le plus absolu. Le fait que les parents des deux adolescents décédés dans l’accident de Villiers-le-Bel aient souhaité les enterrer dans leur pays d’origine est bien plus éloquent qu’une montagne de discours. L’appartenance à une terre ne se décrète pas, et ne se décrétera jamais ; elle ne devrait jamais être imposée à quiconque. Pour cette raison, les questions matérielles doivent être définitivement décorrélées des questions identitaires, et la question de l’identité doit être traitée avec le sérieux et le respect qu’elle mérite, car à travers elle c’est le destin d’un peuple qui se joue.

Je n’aurai abordé dans ce billet qu’une petite partie des raisons pour lesquelles la politique de « tolérance zéro » est simpliste et réductrice, et ne peut répondre à la violence dans notre société. Je n’aurai pas non plus abordé ici la question du coût financier de cette politique pour le contribuable ; il est si lourd que de très nombreux États américains envisagent à présent de le faire supporter par les détenus eux-mêmes.

Pour clore, provisoirement, ce sujet, je souhaite signaler que l’instauration dans certaines villes des États-Unis d’une police qui s’apparente à une police de proximité s’y est accompagnée de l’apparition d’une certaine corruption. C’est un phénomène qu’il ne faut pas négliger, si une volonté politique de tisser des liens de proximité avec la population passe, comme certains le préconisent, par le recrutement de policiers au seul motif qu’ils connaîtraient bien les habitants des quartiers et même qu’ils en seraient eux-mêmes issus. La Police républicaine doit continuer d’avoir pour mission essentielle de faire respecter les lois de la République. Il est choquant de suggérer que seuls des policiers connus des habitants mériteraient le respect qui leur est doublement dû en tant que représentants de l’État. Sur ce point, je rejoins la position adoptée par le Premier ministre François Fillon au sujet de la récurrente controverse autour de la création d’une police de proximité : ce n’est pas à la population de choisir sa police, et comme je l’ai exprimé dans mon livre, ce n’est nullement un hasard si tous ceux qui symbolisent un tant soi peu la République sont devenus, ces dernières années, cibles d’actes de violence, verbale ou physique. Il faudra un jour que, dans l’intérêt de tous, Français de souche et enfants issus de l’immigration, nous réalisions que la plupart des « jeunes » qui avaient participé aux échauffourées des banlieues en novembre 2005 n’avaient aucun antécédent judicaire, et que l’explication du malaise par la question sociale est une totale imposture.

00:35 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags: tolérance zéro, violence, délinquance, école, éducation, identité, droit du sol, fillon |

27 novembre 2007

La République finira-t-elle par imploser ?

J’évoque régulièrement sur ce blog les errements de la politique de « miroir aux alouettes » que conduit notre actuelle majorité, pour la simple raison que c’est toute notre société qui en paiera tôt ou tard les conséquences, et ces dernières, à n’en pas douter, seront de plus en plus lourdes.

Au cas où certains avaient pu, de manière enfantine, l’espérer, les événements de Villiers-le-Bel sont là pour nous le rappeler : la nomination d’une Rachida Dati ou d’une Rama Yade, que l’on exhibe dans tous les voyages officiels comme les totems d’une France « métissée » qui se porterait bien, n’a aucune incidence sur le maintien de la paix dans certains de nos territoires où les lois de la République ont de plus en plus de mal à être appliquées.

Il suffit de se plonger dans le quotidien des pompiers, médecins ou enseignants des quartiers dits « sensibles » pour réaliser qu’il y a bien aujourd’hui deux France, et que le défi que nous devons tous participer à relever est d’éviter la dislocation de la France dans un proche avenir. C’est pour cette raison que j’attire l’attention, dans Le puzzle de l’intégration, sur la grande prudence dont nous devons faire preuve, non seulement dans la politique de décentralisation, mais aussi dans le parachutage de personnalités politiques au seul motif qu’elles seraient d’origine étrangère, donc susceptibles de mieux capter les voix d’électeurs de la même origine.

Le décès de deux adolescents à Villiers-Le-Bel a aussitôt déclenché de nouvelles scènes d’émeutes, rappelant celles de novembre 2005. En quelques heures se sont produits incendies de véhicules, destructions de postes de police et de bâtiments publics (école, bibliothèque, centre des impôts…) et de boutiques du centre ville, incendie d’une entreprise, agressions de plusieurs dizaines de policiers et de pompiers… et l’insurrection semble à présent se propager aux quartiers environnants.

Voici à ce propos quelques réactions significatives.

Jean-Yves Bugelli, n°2 du syndicat de police « Alliance », au micro de France Inter : « Depuis 2005, on n’a rien réglé au fond donc c’est vrai qu’un évènement comme celui-là peut déclencher quelque chose. C’est une éventualité. Je ne dis pas que c’est attendu. Je ne dis pas que tous les éléments sont réunis pour cela, mais c’est vrai quand on voit les réactions qui sont quand même complètement démesurées par rapport aux faits eux-mêmes […] »

Patrice Ribereau, secrétaire général adjoint du syndicat « Synergie Officiers » : « Les événements dans leur intensité et dans leur niveau de violence ont largement dépassé cette nuit ce qu’on a pu connaître à Villiers-le-Bel et à Sarcelles il y a deux ans pendant les émeutes de 2005. On a assisté à des scènes de violence d’une rare sauvagerie cette nuit, que ce soit des scènes de razzia, de pillage mais aussi d’agressions envers nos collègues notamment, et c’est nouveau, avec des tirs d’armes à feu, de fusils à pompes et de fusils de chasse sur nos collègues. Auquel cas là on n’est plus dans des violences urbaines ordinaires si on peut dire, mais on bascule dans la guérilla urbaine. »

Fabrice Drouelle, présentateur du journal de 13h de France Inter : « C’est justement parce que l’on ne sait pas ce qui s’est passé que Villiers-le-Bel s’est embrasé ». Question : depuis quand, lorsqu’« on ne sait pas », est-on légitimé à saccager ? Ce commentaire de Fabrice Drouelle, que je considère par ailleurs comme un très bon journaliste, montre à quel point notre société a pris l’habitude de participer à légitimer la violence en la justifiant.

Yvan Hallouin, présentateur du 19/20 de France 3, informe quant à lui ses téléspectateurs : « Précisons que ce reportage aurait dû être plus complet. D’autres témoignages avaient été recueillis, mais l’équipe s’est fait agresser en milieu de journée sur les lieux de l’accident. La caméra et les images ont été volées. »

François Hollande, toujours au micro de France Inter : « ces violences sont inexcusables, sont inacceptables et en même temps elles traduisent une crise sociale, une crise politique […] La première solution, c’est de régler la crise sociale profonde dans l’emploi […] Pourquoi les logements ne sont attribués que dans certaines villes ? […] Je fais aujourd’hui la proposition : lorsque les maires n’attribuent pas les 20% de logements sociaux dans leurs villes, eh bien ce sera le Préfet qui se substituera à eux. »

Vous noterez que François Hollande, tout en affirmant que ces violences sont inexcusables, insinue dans le même temps qu’elles auraient pour origine des questions de logement ou d’emploi. Il trouve donc ainsi une justification aux agressions d’agents de l’État et aux dégradations. Je pose donc la question à M. Hollande : si la France entrait en récession économique, comme cela s’est déjà maintes fois produit au cours de son Histoire, devrions-nous alors nous attendre à la voir brûler ?

Les habitants de Villiers-le-Bel ont quant à eux immédiatement réclamé que les policiers qui conduisaient la voiture impliquée dans l’accident soient déclarés coupables, avant même que les enquêteurs aient pu effectuer leur travail. Pour avoir la paix, l’État français devra-t-il un jour offrir la tête de ses policiers ?

Face à des comportements de violence quels qu’ils soient, l’ensemble de notre classe politique doit opposer un front républicain commun et uni. Lorsque ce n’est pas le cas, et que certaines personnalités politiques tentent d’accréditer le bien-fondé de la violence, alors ceux qui souhaitent en découdre avec la République l’interprètent comme un signe de compréhension et d’encouragement. Les conséquences en sont terribles pour tous, et pour les habitants des quartiers « sensibles » en premier lieu.

Comment peut-on s’étonner que les entrepreneurs et les commerçants désertent certains quartiers, alors même que l’État y alloue des sommes conséquentes en avantages fiscaux, quand on voit le climat qui y règne même en dehors des périodes d’insurrection ? Comment peut-on encore s’interroger sur les hésitations des entreprises, à la lecture de certains CV portant l’adresse de quartiers qui renvoient régulièrement à l’opinion publique une image des plus déplorables ? Comment peut-on encore surseoir à sensibiliser les parents de ces délinquants aux comportements que la société française attend de tout parent ? Comment s’étonner que personne en France ne souhaite accueillir des logements sociaux de gaieté de cœur ? Et ce n’est pas une loi coercitive telle que la « loi SRU » qui règlera le problème d’acquisition des règles de comportement qu’attend la société française. En l’état actuel des choses, l’application de cette loi ne conduirait qu’à disséminer dans tous les autres territoires les problèmes des quartiers sensibles. Cessons de mettre en œuvre des idées qui ne feront qu’amplifier les difficultés au lieu de les résorber !

Nous vivons une période d’hypocrisie qui n’a que trop duré. Il est maintenant urgent de cesser de cautionner la violence en la justifiant. Comme je le développe dans « Le puzzle de l’intégration », cette attitude est terrible de conséquences pour l’éducation des enfants issus de l’immigration. Il faut cesser de laisser croire à des quartiers entiers que l’on peut réussir un jour à décrocher un emploi sans fournir le minimum d’investissement requis au cours de l’apprentissage scolaire, et en bafouant les règles élémentaires du « savoir vivre ensemble » propres à la société française. En poussant le système scolaire à attribuer des notes et des diplômes sans rapport avec le niveau réel des élèves, nos dirigeants politiques desservent en réalité les enfants, qui sont devenus incapables d’établir un lien de causalité entre leur niveau d’investissement ou de désinvestissement personnel, et leur réussite ou leur exclusion ultérieure.

Il faut d’autre part que le Ministre de la Justice s’occupe de toute urgence des vrais dossiers liés à la délinquance, au lieu de faire diversion en tentant de modifier une carte judiciaire qui n’aurait pour inconvénient que de dater de 1958. Quand, par exemple, le Ministre de la Justice s’occupera-t-elle de démanteler les réseaux d’économie parallèle ? Je répète ici ce que j’ai écrit dans Le puzzle de l’intégration : tant que les élèves des quartiers sensibles auront sous leurs yeux des exemples de « réussite » facile, jamais ils ne développeront d’effort réel à l’école. Plus grands, ils lutteront à leur tour contre la présence policière sur des territoires qui ne sont plus vraiment sous contrôle de la République française. Ni ce sujet, ni celui du traitement de la délinquance, n’ont connu d’amélioration de la part de Nicolas Sarkozy, qui fut pourtant Ministre de l’intérieur pendant quatre ans, ou de Rachida Dati, qui fut sa conseillère Place Beauvau. Nous avons, bien au contraire, enregistré une nette dégradation. Ils ont à présent le devoir de cesser de faire illusion en ne se préoccupant que de communication, pour traiter véritablement le fond des problèmes, car la colère des Français pourrait être un jour à la hauteur de la déception !

Le problème de l’immigration-insertion-intégration est un défi majeur pour la France de demain. Je dirais même que c’est le principal défi que devra relever la France, tant il pèse sur son avenir. Ses conséquences se font déjà sentir dans notre enseignement supérieur, altérant de ce fait l’aptitude de la France à relever les défis posés par la mondialisation. Ce ne sont pas les quelques milliards d’euros que vient de promettre le gouvernement qui porteront le niveau réel des élèves à l’entrée du supérieur à un niveau suffisant ; pas plus qu’ils ne donneront, aux 20% de la population estudiantine qui ne possèdent pas le minimum de culture générale nécessaire à un bon déroulement de scolarité, le niveau d’excellence qui seul permettra à la France de tenir sa place dans une compétition internationale sans merci. L’Inde et la Chine forment à présent une élite qui détient, elle, de vrais diplômes et de véritables compétences leur permettant de créer les produits innovants qui seront demain achetés par les consommateurs de la planète entière. Que sera l’avenir d’une France exclue de la compétition internationale ?

Notre classe politique devra se résoudre à aborder le puzzle de l’intégration en considérant l’ensemble de ses pièces, et non plus en le réduisant à une seule de ses pièces, qui plus est la plus insignifiante, celle du niveau économique des familles issues de l’immigration. Les raisons de l’échec de l’insertion dans la société française, sans même évoquer celles de l’intégration dans la communauté nationale, se trouvent en effet bien ailleurs…

14:20 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags: banlieues, violence, émeutes, villiers-le-bel, dati, sarkozy, hollande |

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