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10 novembre 2010

Qu’ils les accueillent dans les écoles de leurs enfants !

Voici ce que j’écrivais en mai 2008 :

« Les enfants des banlieues sensibles qui souhaitent étudier en sont parfois, et même de plus en plus souvent, empêchés par leurs petits camarades de classe.

Solution : encourager les meilleurs d’entre eux à fuir les établissements de leurs quartiers. (humour…)

Tout a été prévu. Comme cela condamnera à terme les établissements des banlieues les plus sensibles, désertés par leurs meilleurs éléments, les plus problématiques d’entre eux seront alors fermés, et leurs effectifs répartis dans d’autres établissements. C’est une nouvelle technique d’extinction des incendies : lorsque subsistent des braises, les récupérer et les disséminer. Il faudrait breveter le procédé, puis aller le proposer à tous les pompiers de la planète. »

Voici ce que j’écrivais en mai 2010 :

« Savez-vous quelle est l’idée politique qui circule à présent à ce sujet ? Les établissements les plus difficiles, ceux dont les résultats sont catastrophiques, seraient fermés, et leur population répartie dans d’autres établissements. Car c’est bien connu, lorsqu’un pompier se trouve face à un feu, le meilleur moyen pour lui de l’éteindre est de prendre les braises et de les disséminer ! »

_____________

Des expériences de transport d’élèves des quartiers sensibles vers d’autres quartiers sont actuellement déployées, et il est question de fermer les établissements scolaires qui ont le plus pâti de la suppression de la carte scolaire, et d’en répartir les élèves.

Voici à présent une information relayée hier par France Info, et aujourd’hui par le Figaro et le Monde :

« L’Établissement de Réinsertion Scolaire avait ouvert ses portes ce lundi matin, à Craon en Mayenne. Un établissement censé accueillir des collégiens dits perturbateurs […] “dont le comportement nécessite un éloignement”.

Or, la douzaine de collégiens de Seine-Saint-Denis en rupture de ban s’en serait pris aux autres élèves ce matin. Les enseignants ont donc décidé d’exercer leur droit de retrait, et demandent la fermeture de la toute nouvelle unité […] Des parents d’élèves aussi ont annoncé leur intention de retirer leurs enfants de l’établissement, en attendant que l’Établissement de Réinsertion Scolaire (ERS) ferme. Cinq des agresseurs auraient été renvoyés dans leur département d’origine par les gendarmes. »

« À la mi-journée, dans la cour déserte de ce coquet collège, on pouvait entendre des insultes proférées par les neuf pensionnaires restants depuis les fenêtres des leurs locaux, situés dans le bâtiment central du collège. “Un ministre a dit qu’un seul de ces jeunes pouvait pourrir un établissement de 1.000 élèves, alors imaginez 14 d’entre eux au milieu de 350 collégiens”, soupire M. Mounier. »

« “Aujourd’hui, ils ont l’air content de leur coup, en moins de 24 heures ils ont ’vidé’ les 350 élèves du collège et ont crié ’on est chez nous’", poursuit l’enseignant »

« La création des ERS a été annoncée en avril. Le premier a ouvert ses portes en septembre dans les Alpes-Maritimes. Une dizaine d’autres sont annoncés pour fin novembre et dix autres d’ici la fin de l’année scolaire. Selon le ministère, les ERS “accueillent des collégiens en difficulté scolaire et sociale, dont le comportement nécessite un éloignement et une prise en charge différente”. »

Savez-vous ce que tout cela m’inspire ? C’est que les Français ne peuvent plus être sereins nulle part  sur le territoire national, puisque nos élites peuvent, à tout moment, déverser chez eux le produit de leurs erreurs politiques. Pourquoi ne les accueillent-ils donc pas dans les écoles de leurs enfants ?

Pendant que la France sombre, incapable de regarder vers le haut et désespérant ainsi son peuple, les pays émergents se lancent dans la course à la formation d’ingénieurs de très haut niveau, dans le but de devenir des champions de R&D dont les produits innovants vampiriseront les marchés de demain. Le sursaut devient urgent !

Je vous recommande vivement la lecture du très bon article que Natacha Polony a publié après avoir participé à la convention Éducation de l’UMP. Vous êtes très nombreux à m’écrire votre souhait de me voir diffuser mon analyse du sujet ainsi que mes recommandations ; je tiens à vous dire que le conseiller d’un ministre avait lourdement insisté pour que j’intervienne lors de cette convention, mais sans succès…

19:58 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (60) | Tags: école, éducation, enseignement, carte scolaire, violence, ump, chatel, polony |

27 avril 2009

Avis du Haut Conseil à l’Intégration

Vignette_Rapport_HCI.jpgL’avis que le HCI a rendu la semaine dernière au sujet de la transmission des valeurs et symboles de la République dessine clairement une nouvelle voie ; une voie qui rompt avec beaucoup de ce qui a été fait depuis trente ans, mais aussi une voie en rupture totale avec la direction qu’a prise l’actuel Président de la République quant à l’intégration et au maintien de la cohésion nationale.

Vous aurez compris que le contenu de l’avis du HCI me ravit. J’y retrouve la voie et la voix de la cohérence que je défends. Vous n’aurez aucune peine à y déceler ma contribution (j’ai été auditionnée par le HCI en vue de l’élaboration de cet avis).

Je souhaite que vous sachiez que la tâche du HCI était tout sauf aisée. Pourtant, malgré les communautaristes qui l’ont infiltré, le HCI a su trouver le courage de défendre l’idéal français et de publier des recommandations et des observations qui constituent des premières. Dans un langage clair et direct, le HCI en appelle à afficher et revendiquer tout ce qui symbolise être Français et « faire France » : le buste de Marianne, le drapeau, la Marseillaise chantée et pas seulement jouée… Le HCI rappelle également l’article 2 de la Constitution, dans lequel il est stipulé que la langue de la République française est le Français (il était temps !) J’évoque cette question de la langue dans Le puzzle de l’intégration.

Voici un passage de mon audition par le HCI : « Il est plus que nécessaire de réaffirmer le Français comme langue de la France et de faire des campagnes de communication autour du fait qu’une langue non pratiquée, et même rejetée, n’a aucune chance d’être maîtrisée. Ces élèves issus de l’immigration, même à la troisième et quatrième génération, qui ne possèdent pas la langue française et dont un grand nombre sont dès la sixième dans l’incapacité totale de comprendre les énoncés de problèmes, ont-ils une quelconque chance de réussir leur parcours scolaire, puis leur insertion économique ? De plus, je souhaite rappeler que la langue n’est pas simplement un outil de communication. C’est véritablement un vecteur ou un véhicule de la pensée et de la vision des autres et du monde […] »

Le HCI demande que son avis sur la transmission des valeurs et symboles de la République ne soit pas réservé aux nouveaux migrants, mais qu’il soit aussi étendu aux jeunes (comprenez aux enfants issus de l’immigration).

Le HCI reconnaît, en filigrane, que la nationalité française ne doit être accordée à un migrant qu’en fin du processus d’intégration (p.9). La nationalité doit venir reconnaître qu’une personne est devenue pleinement française, c’est-à-dire qu’elle est désormais porteuse de l’idéal français. Le HCI effectue une distinction entre l’obligation du respect des valeurs et symboles de la France, et l’adhésion à son idéal : « C’est pourquoi il est important de distinguer respect et adhésion [à l’idéal français], le premier étant indispensable pour s’intégrer et vivre dans la société d’accueil, la seconde résultant d’une longue imprégnation avec les codes de cette société. On doit ainsi expliquer au nouvel immigrant que si l’on exige le premier, son adhésion n’est pas attendue dès son arrivée sinon après un parcours personnel qui le conduit à vouloir devenir pleinement Français par naturalisation. » C’est la distinction que j’ai introduite entre insertion et intégration dans Le puzzle de l’intégration.

Vous aurez déduit de vous-mêmes que l’acquisition automatique de la nationalité par le biais de la naissance sur le territoire français ou par le mariage avec un Français sont contraires aux recommandations du HCI.

Voici un extrait du Puzzle de l’intégration : « Ce n’est que lorsque la nationalité attribuée par la France sera redevenue réelle, et non factice, que les Français cesseront d’éprouver le besoin de parler de “Français de souche” et de “Français d’origine étrangère”. C’est la France qui, en donnant sa nationalité à un nombre considérable de personnes qui ne portaient pas son idéal, s’est rendue coupable de l’introduction de la notion de deux classes de Français. »

Le HCI rejette la discrimination positive et pointe du doigt les lobbys qui souhaitent amener la France à rompre avec son héritage historique (p.24) : « Certains lobbys demandent aujourd’hui, partant du constat d’une inégalité effective, une rupture de l’égalité républicaine en introduisant une discrimination positive notamment sur des critères ethno-raciaux. Autant dire que la notion d'égalité est aujourd'hui menacée dans un contexte économique difficile, impactant l'idée de liberté. Les individus vont-ils retomber dans les "lois de l'hérédité" dont les avaient si justement extirpé la Révolution française et la Déclaration des droits de l'homme?

Vous me demandez régulièrement que faire. L’avis du HCI sur les valeurs et symboles de la République doit être relayé le plus largement possible. Vous pouvez vous employer à le diffuser sur la Toile, mais aussi dans votre entourage et chez les élus locaux, régionaux et nationaux. Le document du HCI souffre en effet d’une très pauvre couverture média. A contrario, les recommandations que Yazid Sabeg remettra au Président de la République le 7 mai prochain seront sans aucun doute très largement médiatisées. Il faut aider les élus et tous les Français à lui opposer la réponse républicaine du HCI. C’est pourquoi il est nécessaire que l’avis du HCI parvienne à leurs oreilles. Le Premier ministre François Fillon est lui-même un Républicain ; il doit désormais apprendre à tirer bénéfice de sa position pour servir véritablement le peuple français. Pour l’instant, son attitude est incompréhensible, nous ne l’avons guère entendu sur le sujet ; pire, il semble laisser la France être entraînée dans une voie périlleuse, celle que la commission Veil avait qualifiée de « matrice de dislocation accrue de la Nation » !

18:31 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags: hci, sabeg, fillon, sarkozy, école, éducation |

01 février 2008

Le monde de l’absurde aide-t-il nos enfants ?

Pour avoir giflé un élève, un professeur se retrouve en correctionnelle. Chaque jour, des élèves renversent des tables en classe, bousculent leurs enseignants, les frappent, leur crachent à la figure, les couvrent de bordées d’injures ; cela stimule les zygomatiques de tous leurs camarades, érige dans le même temps l’auteur de ces actes inqualifiables en héros des temps « modernes », et laisse notre société s’assoupir dans une quasi-indifférence généralisée, qui est à mes yeux une non-assistance à société en grand danger.

Les adultes que nous sommes doivent-ils se sentir fiers d’avoir contribué à ce que nos enfants aient perdu le sens du respect de ceux qui ont pour mission de préparer l’avenir ? Qu’advient-il lorsque les enseignants ne sont plus respectés ? Le cerveau de leurs élèves, de manière tout à fait inconsciente, cesse d’engranger les savoirs que l’école tente de leur transmettre. Qui en est la principale victime ? La France, bien entendu !

Voici les propos du secrétaire général du Syndicat National des Collèges et des Lycées, Bernard Kuntz, diffusés au journal de 13h de France Inter, le 31 janvier dernier : « Ce que je peux vous dire, c’est que partout en France, dans les établissements scolaires et pas seulement dans les établissements sensibles, les professeurs en ont assez. Ils ne supportent plus cette indiscipline constante, ces insultes, ces mauvais coups, cette impossibilité qui nous est faite actuellement de faire travailler nos élèves. Alors, à une époque où le Président de la République nous parle d’école du respect, on aimerait bien un peu que la société, dans son ensemble, et que le Gouvernement, en particulier, prenne de véritables mesures pour faire en sorte que nous puissions recommencer à accomplir la mission pour laquelle nous avons été recrutés, c’est-à-dire instruire nos élèves. »

La semaine dernière, Valérie Pécresse a osé avancer qu’elle était favorable à l’évaluation des professeurs par les étudiants. Quel ministère dirige-t-elle donc ? S’est-elle plongée, avec un tant soit peu de sérieux, dans la réalité des difficultés auxquelles se trouve confronté notre système d’enseignement, et donc notre pays ?

Même dans le sacro-saint univers des grandes écoles d’ingénieurs, le niveau ne cesse de se détériorer. Et ce n’est pas le déversement arbitraire dans les classes préparatoires de 5% de chacun des lycées de France, que vient d’annoncer le gouvernement, qui en relèvera le niveau. Prudente et anticipant la déconfiture, le ministre de l’enseignement supérieur annonce que tous ceux qui échoueront à intégrer une grande école se verront accorder une équivalence universitaire. Pourquoi donc envoyer dans des cursus réputés non complaisants (en termes de connaissances), des élèves qui ne détiendraient pas les capacités à en relever les exigences ? Augmenter dans une classe le nombre d’élèves qui peinent et sont à la remorque, aura une incidence sérieuse sur le programme que l’enseignant pourra, en fin de compte, transmettre à l’ensemble de sa classe dans le temps imparti. C’est donc la totalité de la classe qui en paiera le prix, et la France par voie de conséquence.

Il faut savoir qu’aujourd’hui en France, en deuxième année de certaines écoles d’ingénieurs (soit au stade bac+4), un nombre croissant d’élèves ne maîtrisent plus certaines notions fondamentales de mathématiques, qui leur sont indispensables et qui étaient, il y a encore dix ans, couramment maîtrisées par les élèves de terminale S ! Des notions sans lesquelles aucun ingénieur, dans les domaines technologiques en question, ne peut espérer remplir les missions qui lui seront confiées, et auxquelles sa formation aurait dû le préparer. La désillusion sera dure à encaisser, non seulement pour ces ingénieurs, mais aussi pour les industriels qui les auront recrutés.

Où sont les courageux hommes politiques qui oseront s’attaquer sérieusement à la réalité des défis qui se posent aujourd’hui à l’enseignement en France ? Le premier de ces défis sera de faire en sorte que les élèves redeviennent des élèves. Voici à ce sujet un extrait du Puzzle de l’intégration : « Bien entendu, le service public de l’orientation n’est pas la maison des miracles ; il ne pourra venir en aide qu’à ceux qui auront respecté leur mission d’élèves au long de leur scolarité. »

18:40 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags: école, éducation, enseignement, pécresse, sncl, violence, classes préparatoires |

07 décembre 2007

La « tolérance zéro », une fausse bonne idée

Il est confortable, et séduisant aussi, d’imaginer qu’en sanctionnant toute infraction, à commencer par la plus minime, on pourrait prévenir les suivantes, dissuader ceux qui n’ont pas encore franchi le pas et guérir ainsi une société malade d’insécurité.

Mais tout d’abord, comment mesurer l’efficacité d’une politique dont l’ambition est de lutter contre la violence et le sentiment d’insécurité qu’elle induit ? Autrement dit, qu’attendons-nous d’une politique efficace ? Est-ce la réduction durable du nombre d’actes de délinquance, ou est-ce l’éviction des éléments perturbateurs de l’espace public, afin de les mettre « hors d’état de nuire » ? Si c’est ce dernier objectif qui est retenu, dans la mesure où les délinquants finissent un jour ou l’autre par sortir de prison, à l’évidence ils réapparaitront tôt ou tard dans l’espace public. La sanction les aura-t-elle alors dissuadés de récidiver ? Autrement dit, la sanction les aura-t-elle responsabilisés ?


L’échec de l’expérience américaine

La politique de « tolérance zéro », dite aussi théorie du « carreau cassé » ou de la « vitre brisée », a vu le jour aux États-Unis au début des années 1980, avant d’être progressivement exportée vers d’autres contrées, dont l’Europe. Ce sont les chercheurs James Q. Wilson et Georges Keeling qui ont formalisé cette théorie. Elle postule que tout « désordre » non traité peut dégénérer en actes de délinquance très graves. Ainsi, tout graffiti, toute incivilité seraient susceptibles de conduire leurs auteurs sur la voie de la grande délinquance, voire du crime. Aucune explication d’un tel cheminement, d’ailleurs largement invalidé par les statistiques, n’est avancée par les auteurs pour étayer leur théorie.

Un rapport publié en novembre 2007 par le JFA Institute, cercle de réflexion basé à Washington aux travaux duquel participent des criminologues de compétence reconnue, vient à nouveau de rappeler que la politique de « tolérance zéro » n’avait eu aucun impact sur le niveau de criminalité aux États-Unis, qui est à ce jour le même que celui qu’on enregistrait dans les années 1970. Pourtant, pour défendre une prétendue réussite, les défenseurs de cette politique donnent très souvent en exemple le cas de la ville de New-York, où la délinquance aurait diminué. Qu’en est-il en réalité ? Les nombreux sociologues américains qui se sont penchés de manière approfondie sur l’analyse de la situation à New-York avancent plusieurs explications, parmi lesquelles :

  • les forts taux d’incarcération mettent les délinquants temporairement hors circuit ;
  • la délinquance s’est déplacée vers des zones moins protégées que New-York, mais elle ne s’est pas résorbée. Les délinquants ou auteurs d’incivilités qui empoisonnent la vie quotidienne des citoyens, partent en effet effectuer leur commerce illicite ou leur atteinte aux autres, dans des lieux moins protégés. Le taux de criminalité dans les petites villes, lui, n’a pas baissé ;
  • la démographie a évolué à New-York, où le nombre de jeunes a baissé ;
  • l’apparition d’une véritable prise de conscience de la fraction des jeunes qui ont assisté aux ravages de la cocaïne parmi leurs proches (parents, amis ou voisins), les dissuadant de verser eux-mêmes dans la toxicomanie. La consommation de cette drogue a diminué, réduisant de ce fait le trafic de stupéfiants qui s’accompagnait de nombreux actes de délinquance ;
  • dans d’autres villes et sur une même période, on observe également une diminution temporaire du taux de délinquance, alors que ces villes n’appliquaient pas de politique de « tolérance zéro ».

Le rapport du JFA Institute s’alarme du fort taux d’incarcération aux États-Unis. Avec la politique de « tolérance zéro », les prisons ont vu leurs effectifs augmenter dans de très fortes proportions, d’une part parce que les peines infligées sont de plus en plus longues, d’autre part parce qu’il y a de moins en moins de recherche de sanctions alternatives à l’enfermement. L’effet dissuasif tant espéré de politiques fortement répressives ne s’est donc jamais produit. Citons les chiffres américains : le taux d’incarcération était de 125 pour 100 000 dans la période 1925-1975. Il a fait un bond pour passer à 700 pour 100 000 dans les années 1980, et n’a pas décru depuis. Pour mémoire, rappelons que le taux d’incarcération en France se situe à environ 90 pour 100 000.

La raison de l’échec de la politique de « tolérance zéro » réside dans la non-adéquation de la réponse apportée au travers de l’enfermement. En effet, cette réponse ne travaille que sur le très court terme. Si cette théorie fut adoptée si promptement, c’est que son caractère simpliste et son immédiateté a séduit les hommes politiques qui souvent, et pas simplement dans notre pays, sont à l’affût de baguettes magiques. Il s’agit véritablement là d’une approche qui s’apparente à de la prestidigitation : un problème surgit, il est aussitôt éliminé du champ visuel des électeurs. On ne s’interroge malheureusement que très rarement sur les retombées sur la société de mesures si radicales. On oublie également de développer une vision de long terme, qui exigerait inévitablement une réflexion un peu plus poussée au sujet des actions à développer très en amont, afin de réduire la masse de problèmes à traiter en aval. L’objectif devrait être de tarir les sources des différentes formes de violence, et ces sources sont multiples. Elles ne sont, il faut le souligner, pas toujours identiques d’un pays à l’autre.

La politique de « tolérance zéro » présente par ailleurs le défaut majeur de conduire à l’abandon de la philosophie qui consiste à toujours travailler à l’identification de voies qui permettraient à l’être humain d’œuvrer à sa propre réhabilitation. Cette politique abandonne aussi, dans le même temps, la dimension de dissuasion. Nous le vérifions aujourd’hui en France : la loi sur la récidive, avec l’instauration de peines planchers, est tout simplement impuissante. Il est capital de réaliser qu’il ne peut y avoir à ce problème de réponse simpliste à effet immédiat.


Alors, que faire ?

En abordant la réponse à cette question, nous allons mieux comprendre pourquoi la politique de « tolérance zéro » ne peut conduire à une diminution réelle de la délinquance, alors qu’elle concourt à banaliser l’acte d’emprisonnement. Celui-ci constitue malheureusement à présent, pour certains délinquants, dans notre pays, une marque de valorisation au sein de leur groupe.

Pour traiter le problème spécifique de la violence dans notre société, dans laquelle la forte implication des enfants issus de l’immigration n’est plus à démontrer, plusieurs axes doivent être déployés de concert. Je les ai parsemés au long du Puzzle de l’intégration : les pièces qui vous manquent, en donnant à chaque fois les raisons profondes. Les relations de cause à effet y ont été développées de façon que le lecteur puisse ensuite, avec son propre jugement, participer à porter un regard critique et constructif sur les débats qui agitent l’ensemble de notre classe politique. Je ne vous livre ici que quelques-uns de ces axes, et vous renvoie à mon livre pour compléter cette liste et approfondir le sujet :

  • L’abandon de la théorie de la victimisation est une absolue nécessité : se reporter au contenu de mon livre pour comprendre le poison que cela constitue pour les enfants issus de l’immigration, et la haine que cette « attitude » instille dans le cœur et l’esprit des familles issues de l’immigration.
  • La responsabilisation des parents des délinquants mineurs est incontournable. Il est indispensable qu’ils assument, vis-à-vis de la société, leurs responsabilités en cas de mauvais agissements de leurs enfants. Il faut appliquer le principe de « tolérance zéro » sur un point : les parents de délinquants mineurs doivent financièrement, ou par le biais d’actions de restauration, participer à la réparation des dégâts matériels commis par leurs enfants. Eu égard à une certaine « sensibilité » au matériel, les « jeunes » réfléchiraient à deux fois avant de saccager. Cela enclencherait à terme un cercle vertueux. J’explique également dans mon livre les raisons, liées à la sociologie des groupes, pour lesquelles le fait de « toucher » les ascendants contribuera à ramener plus facilement leurs enfants dans le rang.
  • Les sanctions appliquées directement aux « jeunes » doivent avoir une visée réparatrice et éducative. Elles doivent systématiquement prévoir un accompagnement en vue d’une insertion dans la société. Je ne parle pas de « réinsertion » car souvent, ces « jeunes » ne sont pas même insérés dans la vie sociale française. Nos juges le savent fort bien, mais le manque de moyens de notre Justice conduit à ce que l’immense majorité de ces peines éducatives ne sont tout simplement jamais appliquées.
  • Il faut remettre à l’ordre du jour, dans toutes les écoles maternelles et primaires de France, une grande ambition dans la transmission de la langue française, qui est la langue officielle de la République, mais que les enfants issus de l’immigration pratiquent de moins en moins, et donc de plus en plus mal. Cet apprentissage est essentiel, car c’est à travers la langue et par le biais de la littérature que seront transmises, à ceux des enfants qui n’y ont pas accès dans leur environnement familial, la culture et les règles de savoir-vivre propres à la société française.
  • La sensibilisation à la culture française doit veiller à inclure tout ce qui n’est que peu, voire pas du tout, transmis au sein des familles, à commencer par l’art sous toutes ses formes. C’est cela qui participera à ouvrir les enfants issus de l’immigration à d’autres cultures que celle de leur milieu familial. De plus, en développant le registre de la sensibilité, la culture artistique participe à adoucir, à pacifier, mais aussi à appréhender le respect de l’être humain dans sa dimension individuelle, et pas seulement dans sa dimension collective comme c’est le cas par exemple dans les sociétés maghrébines ou africaines. Loin d’être futile, cette préoccupation est en réalité centrale, car c’est autour de ce noyau que se cristallisera ou non la possibilité d’une cohabitation dans l’espace public. Cette sensibilisation doit se dérouler tout au long de l’école maternelle et primaire. Au collège, il est en géréral bien trop tard.
  • Il faudra cesser d’encourager fiscalement les familles à délocaliser leur argent vers leur pays d’origine (lois Sarkozy 2006 et Hortefeux 2007). Les fonds transférés sont autant de ressources qui ne seront pas consacrées par les parents à l’insertion de leurs enfants dans la société française. L’aide au développement devrait toujours se faire directement d’État à État, assortie bien entendu de contraintes sur l’affectation des fonds, ou par interventions directes sur des projets.
  • La lutte contre l’économie parallèle est essentielle, pour des raisons évidentes que j’ai déjà évoquées dans un précédent billet. Il est capital dans ce dossier de toujours accompagner la sanction d’enfermement de la privation du « butin », sans quoi cette sanction n’a aucune incidence. Passer quelques années en prison, lorsque cela n’empêche pas de disposer et/ou de faire disposer son entourage d’une amélioration substantielle du niveau de vie, n’est en rien dissuasif.
  • Il faut rouvrir la discussion sur le droit du sol, comme l’avait souhaité Jacques Chirac il y déjà vingt ans. « Le puzzle de l’intégration : les pièces qui vous manquent » expose en détail les raisons pour lesquelles le droit du sol s’apparente à une forme de colonisation. La violence de nombreux « jeunes », qui crient à la moindre occasion leur haine de la France, aurait déjà dû alerter sur la souffrance morale et psychologique que leur fait endurer cette identité que la France leur impose ; la France ne recueille finalement que la monnaie de sa pièce. Sur un sujet aussi délicat, il est important de garder à l’esprit que la souffrance et l’incompréhension sont aussi vives du côté des Français de souche que de celui de nombre d’enfants issus de l’immigration, réputés Français mais qui ne se pensent ni ne se vivent comme tels, et c’est leur droit le plus absolu. Le fait que les parents des deux adolescents décédés dans l’accident de Villiers-le-Bel aient souhaité les enterrer dans leur pays d’origine est bien plus éloquent qu’une montagne de discours. L’appartenance à une terre ne se décrète pas, et ne se décrétera jamais ; elle ne devrait jamais être imposée à quiconque. Pour cette raison, les questions matérielles doivent être définitivement décorrélées des questions identitaires, et la question de l’identité doit être traitée avec le sérieux et le respect qu’elle mérite, car à travers elle c’est le destin d’un peuple qui se joue.

Je n’aurai abordé dans ce billet qu’une petite partie des raisons pour lesquelles la politique de « tolérance zéro » est simpliste et réductrice, et ne peut répondre à la violence dans notre société. Je n’aurai pas non plus abordé ici la question du coût financier de cette politique pour le contribuable ; il est si lourd que de très nombreux États américains envisagent à présent de le faire supporter par les détenus eux-mêmes.

Pour clore, provisoirement, ce sujet, je souhaite signaler que l’instauration dans certaines villes des États-Unis d’une police qui s’apparente à une police de proximité s’y est accompagnée de l’apparition d’une certaine corruption. C’est un phénomène qu’il ne faut pas négliger, si une volonté politique de tisser des liens de proximité avec la population passe, comme certains le préconisent, par le recrutement de policiers au seul motif qu’ils connaîtraient bien les habitants des quartiers et même qu’ils en seraient eux-mêmes issus. La Police républicaine doit continuer d’avoir pour mission essentielle de faire respecter les lois de la République. Il est choquant de suggérer que seuls des policiers connus des habitants mériteraient le respect qui leur est doublement dû en tant que représentants de l’État. Sur ce point, je rejoins la position adoptée par le Premier ministre François Fillon au sujet de la récurrente controverse autour de la création d’une police de proximité : ce n’est pas à la population de choisir sa police, et comme je l’ai exprimé dans mon livre, ce n’est nullement un hasard si tous ceux qui symbolisent un tant soi peu la République sont devenus, ces dernières années, cibles d’actes de violence, verbale ou physique. Il faudra un jour que, dans l’intérêt de tous, Français de souche et enfants issus de l’immigration, nous réalisions que la plupart des « jeunes » qui avaient participé aux échauffourées des banlieues en novembre 2005 n’avaient aucun antécédent judicaire, et que l’explication du malaise par la question sociale est une totale imposture.

00:35 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags: tolérance zéro, violence, délinquance, école, éducation, identité, droit du sol, fillon |