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27 mars 2012

L’école face au défi de l’inclusion

En décembre dernier, j’ai publié dans la revue de l’Association Française des Administrateurs de l’Éducation (A.F.A.E.) un article intitulé « L’école face au défi de l’inclusion ». J’ai reçu l’autorisation de mettre mon article en ligne, et je tiens à en remercier bien vivement l’équipe AFAE.

En voici un extrait :

« (…) Le premier bouleversement auquel l’école doit faire face, c’est le triomphe de l’utilitarisme et l’infantilisation des esprits qui a conduit l’individu, et par extension la cellule familiale, à s’inscrire dans une vision égocentrique, où chacun devient son propre point de départ et d’arrivée, avec pour seul mot d’ordre la rencontre du plaisir en temps réel. L’école, qui est par essence le lieu du plaisir différé, se retrouve sommée de s’adapter à cette nouvelle donne avec des retombées sur l’ensemble de la société. La tyrannie du court terme s’exerce au détriment de l’intérêt collectif du moyen et du long terme, celui auquel, justement, l’école a pour devoir de préparer et qui est au cœur de sa mission. Ce mouvement que nous observons dans toutes les démocraties, avec une amplitude plus ou moins prononcée, avait été largement anticipé par Alexis de Tocqueville (…)
Le second bouleversement majeur, c’est l’intensification des flux migratoires de cultures non européennes, qui a placé l’école face à des difficultés inédites, auxquelles elle n’était pas préparée et dont elle continue parfois encore de nier la dimension spécifique. Tant que la communauté scolaire persistera à réduire le problème de l’échec des enfants de cultures non européennes à une simple question socio-économique, elle n’aura strictement aucune chance de le voir s’atténuer, à défaut de se résorber (…)

La question est de savoir si l’on peut réussir l’éducation d’un enfant – “éducation” dans son acception la plus large, qui inclut l’aptitude de l’insertion future dans le monde économique et professionnel – sans le concours de sa famille. Les enseignants dont, nous le savons, les enfants sont ceux qui réussissent le mieux à l’école, connaissent parfaitement la réponse à cette interrogation : “Car – est-il besoin de le dire – l’école ne peut pas tout. Pour permettre à l’enfant d’accéder à la liberté et de s’insérer dans la société qui l’accueille, elle peut difficilement se passer du concours de la famille.[1]” Tant que cette vérité ne sera pas dite et répétée aux parents de l’immigration, tant que ceux-ci ne prendront pas conscience de la nécessité de laisser leurs enfants saisir les perches que leur tend l’école, des générations d’enfants continueront d’être sacrifiées. Il en résultera inévitablement une très grave crise du vivre ensemble, et c’est d’ailleurs déjà le cas dans certains territoires de la République. (…)

L’école doit faire face à un public de plus en plus fragmenté, aux demandes contradictoires, dont certaines exigences l’écartent de plus en plus de sa mission de formation d’une communauté de citoyens. Son engagement à tout faire pour intéresser et impliquer ses élèves ne doit pas la conduire à créer elle-même les conditions qui rendront impossible leur insertion au sein de notre société.

Pour éviter d’accentuer la fracture éducative, il est plus que jamais nécessaire qu’une unité des programmes et des procédures de vérification des acquis continue d’exister sur tout le territoire national. La libéralisation de notre école ne peut constituer une réponse appropriée aux défis auxquels elle est confrontée ; au contraire, elle viendra les aggraver. »

Je vous laisse découvrir mon article.

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[1] Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet, Dominique Ottavi, Les Conditions de l’éducation, Stock, 2008. ↩

17:53 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags: éducation, école |

30 janvier 2012

Le courage ? Oui, mais pour faire quoi, au juste ?

Il est beaucoup question de courage ces derniers temps. Vous vous souvenez de ce que ce mot évoque pour moi, à plus forte raison lorsqu’il s’agit d’hommes et de femmes politiques. Accomplir leur simple mission ne peut en aucun cas être qualifié de courage ! De vous à moi, s’il s’agit d’augmenter des impôts et autres taxes ou d’aller prélever dans la poche de certains pour redistribuer à d’autres – sans autre forme de procès –, en quoi cela dénote-t-il du courage ? Le courage politique, à mes yeux, c’est celui dont ont fait preuve des de Gaulle ou Churchill qui ont osé se mettre en travers d’une histoire qui semblait écrite d’avance.

J’observe avec incrédulité les discussions à n’en plus finir sur la dette et le renflouement de la sécurité sociale, sans qu’aucune réflexion de fond ne soit menée sur l’origine des dépenses, le retour sur investissement, et encore moins sur le fameux « tonneau des Danaïdes » que j’évoque longuement dans mon dernier ouvrage, et qui pose la question du projet politique collectif. Se sont-ils donné le mot ?

Dans un autre registre, je suis indignée par la chasse aux Français de souche qui est menée au travers d’approches comme celle que décrit cet article du Figaro : « À l’inverse, les enfants de cadres et de professions libérales sont surreprésentés dans toutes les filières, surtout en classes préparatoires (50,9 %). » Qu’ils aient donc le courage de dire aux Français de souche européenne qu’ils sont proportionnellement trop nombreux à leur goût, et qu’ils souhaitent limiter leur présence dans certaines formations et entreprises ! Ça serait du courage pour le coup que de l’assumer clairement !

Autre extrait du même article : « Salima Saa se dit, quant à elle, favorable à une pondération entre les épreuves écrites et orales : “Les épreuves orales défavorisent certains jeunes car les jurys ont inconsciemment tendance à choisir des gens qui leur ressemblent.” » Pas de chance, des études ont été menées qui ont prouvé le contraire, à savoir qu’à l’oral les étudiants du Sud réussissent mieux qu’à l’écrit, car les examinateurs ont tendance à être plus « cléments » envers eux, intégrant toutes les difficultés que ces étudiants ont vraisemblablement dû affronter dans leurs parcours (famille nombreuse, absence de calme et de respect des exigences du travail scolaire, parents ne disposant pas d’un niveau de formation suffisant pour aider leurs enfants…)

Nos « élites » font semblant d’ignorer que l’école ne sert pas seulement à délivrer des bouts de papier – diplômes –, mais qu’elle a aussi pour mission, outre celle de préparer des citoyens avertis, de former ceux qui créeront les richesses de demain sans lesquelles nous serions, tôt ou tard, condamnés à perdre la maîtrise de notre destin.

Vous souhaitez un autre exemple de la mise de côté des Français de souche et du châtiment du tonneau des Danaïdes infligé à notre pays ? Prenons le logement social. Voici ce que déclarait Benoist Apparu (secrétaire d’État au logement) le 10 janvier dernier sur France Info, dans l’émission Tous en campagne : « Nous aurons construit cette année 120 000 logements sociaux, l’année dernière 130 000. Pendant tout ce quinquennat nous aurons fait 600 000 logements sociaux, record toutes catégories depuis 30 ans. À l’époque de Lionel Jospin Premier ministre, on faisait 38 000 logements sociaux par an (…) Il faut construire plus de logements sociaux en France et il faut les construire surtout, et c’est ça l’essentiel, là où c’est nécessaire. Aujourd’hui, on fait deux fois plus de logements en Auvergne qu’en Île-de-France. Eh bien, il faut inverser la tendance. C’est en Île-de-France qu’on a besoin de construire des logements (…) » Chacun sait bien quelle est la démographie de l’Auvergne, et quelle est celle de l’Île-de-France. Voici un passage de mon dernier ouvrage où j’évoquais également la question de la pauvreté en Auvergne : « Ce ne sont pas les territoires peuplés par les populations de l’immigration extra-européenne qui sont aujourd’hui les plus démunis dans notre pays. Parmi les territoires les plus pauvres, les départements ruraux de la Creuse, de l’Aude et du Cantal (…)[1] » L’intérêt sélectif de notre classe politique est insupportable et inacceptable !

Nous avons besoin de grands hommes qui savent s’entourer, et certainement pas de techniciens qui ne nous tracent aucune perspective vers des lendemains qui garantissent la préservation de l’unité de la France. D’où venons-nous, où en sommes-nous et où voulons-nous aller ? Où est en effet le projet politique en tant que peuple ? Comment faire pour que la campagne présidentielle et celle des législatives abordent les vrais sujets, à savoir ceux dont dépend l’avenir du peuple français ?

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PS : je connais Salima Saa, car nous avons siégé ensemble au Haut Conseil à l’Intégration. Je peux vous dire que sur les sujets qui nous concernent ici, nous n’étions pas sur la même longueur d’onde et ne combattions pas dans le même camp…

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[1] Voir Laurent Auzet, Magali Février, Aude Lapinte, « Niveaux de vie et pauvreté en France », Insee Première n°1162, octobre 2007. ↩

10:17 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags: politique, discrimination positive, wauquiez, éducation |

26 mai 2011

France 2

J’étais ce soir invitée à réagir dans le journal de France 2 au sujet du parcours scolaire des enfants issus de l’immigration. J’ai été enregistrée pendant 15 minutes. Le téléspectateur n’en aura vu que moins d’une minute. J’aurais souhaité que fût diffusée ma demande de placer les évaluations nationales en début de CM1 et non en CM2, comme c'est le cas actuellement. Il faut pouvoir disposer d’un temps suffisant pour que les enseignants puissent enclencher des processus d’aide aux enfants qui se trouvent encore en grande difficulté. Le maximum doit en effet être fait avant l’entrée au collège ! Mais bon, c’est la règle du jeu du JT, et je remercie très vivement France 2 de m’avoir invitée.

Je ne comprends pas la polémique déclenchée sur cette question scolaire. Pourquoi une partie des intellectuels, de la classe politique, des syndicats, des médias, empêchent-ils toute réflexion sur les conditions qui rendent l’instruction possible ? Ce que je vois de l’intérieur de ce monde-là est peu reluisant. Certains se sont égarés pendant très longtemps, ont caché la vérité aux populations de l’immigration, se sont bien gardés de leur transmettre les codes de la réussite au sein de notre société, et les ont ainsi maintenues dans un statut de grande fragilité. Aussi préfèrent-ils la fuite en avant de peur de perdre leur statut. Mais si l’erreur est humaine, persévérer est diabolique. Ils ont participé à mettre de nombreux enfants de la République en danger scolaire. Dans le même temps, nombre d’entre eux veillaient, parfois en assaillant les inspecteurs d’académie, à ce que leurs propres enfants ne soient surtout pas mélangés. Pour remettre les pendules à l’heure, il serait intéressant que l’on sache dans quels types d’établissements leurs chers enfants ont été écolés. Cela permettrait de lever toute ambiguïté : croient-ils vraiment à leurs propres discours ?

Dans mes écrits, j’aborde des facteurs tels que la concentration, le calme, la taille des fratries, le manque chronique de sommeil dont certains enfants souffrent et qui altère leur capacité d’apprentissage, le manque de respect à l’égard des enseignants qui est, en partie, le fruit d’un laxisme ambiant (chose que je n’ai jamais eu à observer en Algérie, où parents et enfants étaient respectueux de l’enseignant et où, malgré les plus de trente élèves que nous étions souvent par classe, les apprentissages se déroulaient dans de bonnes conditions). J’aborde également, et très longuement, la question de la distance culturelle, qui complique singulièrement le parcours scolaire de ces enfants, ainsi que la question centrale des flux migratoires qui nuisent gravement à l’intégration, comme l’avait très bien prévu Michel Rocard alors Premier ministre : « Nous ne pouvons plus, en effet, recevoir un flux massif et incontrôlé sans que cela n’hypothèque gravement et tout ensemble d’abord l’équilibre social de la Nation, ensuite les chances d’intégration des étrangers installés, enfin l’avenir même de nouvelles vagues d’arrivants et des pays d’où ils viennent […] C’est justement pour assurer le respect de nos valeurs et préserver efficacement la dignité des étrangers eux-mêmes que nous ne devons en accueillir qu’autant que nous pouvons en intégrer. »

Pour terminer, je vous encourage à lire ce rapport OCDE, dont voici un extrait :

« Dans la majorité des pays évalués, au moins 25 pour cent des élèves issus de l’immigration pourraient être confrontés à des défis considérables au cours de leur vie professionnelle et privée : leurs résultats à l’évaluation PISA 2003 indiquent qu’ils ne possèdent pas les savoir-faire élémentaires en mathématiques.

On prévoit que les élèves qui se situent au-dessous du niveau 2 seront exposés à des défis potentiels considérables en termes de perspectives professionnelles, financières, et de pleine participation à la vie de la société. Les résultats de l’enquête indiquent que seul un petit pourcentage d’élèves autochtones n’atteint pas le niveau 2, alors que la situation est fort différente pour les élèves issus de l’immigration. Plus de 40 pour cent des élèves allochtones en Belgique, en France, en Norvège et en Suède, et plus de 25 pour cent des élèves allochtones en Allemagne, en Autriche, au Danemark, aux États-Unis, au Luxembourg, aux Pays-Bas et en Suisse, ainsi que dans la Fédération de Russie, affichent des performances inférieures à celles attendues au niveau 2. […]

Les facteurs contextuels caractérisant les élèves non autochtones et les caractéristiques des établissements scolaires n’expliquent qu’en partie les différences de performance en mathématiques.

[…] Des écarts de score subsistent entre élèves issus de l’immigration et élèves autochtones, ceci après avoir tenu compte des caractéristiques liées au milieu. […] Cela semble indiquer que les niveaux de performance relatifs des élèves issus de l’immigration ne peuvent pas être attribués exclusivement à la composition des populations immigrées en termes des milieux éducatif et socio-économique dont elles proviennent. »

22:56 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags: france 2, école, échec scolaire |

25 mai 2011

« Du grain à moudre » sur France Culture

Cet après-midi, j’ai participé à l’émission « Du grain à moudre », animée par Brice Couturier et Louise Tourret, sur le thème « L’intégration à la française : échec ou réussite ? » J’ai débattu avec Joël Roman, philosophe, essayiste et directeur de la collection « Pluriel ». Vous pouvez réécouter l’émission ci-dessous.

23:11 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags: france culture, immigration, intégration, école |