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20 mai 2021

De l'autre côté de Gibraltar. Le Maroc, cet ami sournois de l'Europe

Voici le contenu de mon entretien publié hier, le 19 mai 2021, sur le site d'Atlantico.

DE L'AUTRE CÔTÉ DE GIBRALTAR. Le Maroc, cet ami sournois de l’Europe

Le Maroc est souvent perçu comme un pôle de stabilité allié de la France et de l’Europe. Que ce soit sur les fronts de la drogue, de l’islamisme ou de l’immigration, la réalité est pourtant beaucoup plus complexe comme le souligne le chantage migratoire auquel le royaume chérifien se livre actuellement avec l’Espagne à Ceuta.


Atlantico : Entre le Maroc et l’Espagne, l’enclave de Ceuta a connu une situation exceptionnelle. Au moins 5000 migrants ont atteint l’enclave espagnole, un record ! Cet événement apparu en plein épisode de tensions entre Rabat et Madrid montre-t-il que le royaume Chérifien n’hésite pas à utiliser « l’arme migratoire » pour arriver à ses fins ? Quel a été l’élément déclencheur de cet événement ? Cela arrive-t-il souvent ?

Oui, cela est déjà arrivé. À la fin de l'été 2020 des migrants ont afflué en masse aux Canaries. Plusieurs sujets sensibles peuvent conduire le Maroc à exercer des pressions. Et comme avec le Président turc Recep Tayyip Erdogan, les migrants sont utilisés comme moyen de pression sur les pays européens. La souveraineté sur le Sahara occidental fait partie de ces sujets sensibles. Or, il se trouve que l’Espagne a récemment accueilli, pour soins médicaux, le chef des indépendantistes sahraouis Brahim Ghali, et cela est jugé inacceptable par les autorités marocaines qui dénient ainsi à un pays souverain, l’Espagne, le droit d’accepter qui il veut sur son propre sol.

En 2020 déjà, lorsque le Maroc avait laissé filé des flux conséquents vers les Canaries, l’objectif était de contraindre les pays européens à reconnaître la souveraineté du Maroc sur cette ancienne colonie espagnole comme Donald Trump venait de le faire, obtenant en contrepartie une normalisation des relations du Maroc avec Israël. Nous voyons là, de manière concrète, les conséquences directes de l’ingérence des États-Unis dans des conflits qui se situent aux portes de l’Europe. Pour ceux qui ne le savent pas, c’est également le Sahara occidental qui a longtemps constitué, et peut-être encore aujourd’hui, la pomme de discorde entre l’Algérie et le Maroc.

La suspension de la coopération dans la lutte anti-terroriste est une autre carte dans les mains du Maroc, utilisée en 2014 avec l’Espagne. Pourtant, l’implication de Marocains dans des attentats en Europe est indiscutable. Lors du procès des attentats d’août 2017 à Barcelone (une camionnette avait percuté la foule sur les Ramblas), trois djihadistes marocains se trouvent sur les bancs des accusés. Après l’attentat de l’Aude, où le lieutenant-colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame est assassiné, le spécialiste du Maghreb Pierre Vermeren constate « la surreprésentation de Marocains (de nationalité ou d'origine) chez les terroristes frappant l'Europe de l'Ouest ». Analysant différents attentats dont celui du Bataclan, le chercheur Farhad Khosrokhavar est allé jusqu’à écrire que « le Maroc exporte ses djihadistes » (le Monde, 23 août 2017).

Atlantico : Souvent vu comme stable et positif par les observateurs étrangers, le Maroc cache-t-il un autre visage que celui d’un pôle de stabilité fantasmé par les occidentaux ? Est-il réellement l’allié indéfectible qu’on le pense être ?

Pour ce qui est de la France, il est évident que depuis la vision du Maroc assise par le monarchiste Hubert Lyautey, un tropisme marocain empêche de regarder un certain nombre de réalités en face, et même seulement d’en parler. Citons plusieurs exemples.

1- Le Maroc est présenté à l’opinion publique comme un pays progressiste. Peu d’Occidentaux savent qu’au Maroc, les mariages de mineures représentent « 20% des mariages sur l'ensemble du territoire », selon la présidente du Conseil national des droits de l'Homme, Amina Bouayach (chiffres 2018).
2- Chaque fois que les élites politiques abordent le financement de l’implantation de l’islam en France et la nécessité de stopper l’ingérence étrangère, elles évoquent, auprès de l’opinion publique, les pays du Golfe. Or, c’est le Maroc qui, certaines années, est le premier financeur de mosquées en France, comme cela apparait dans le rapport du Sénat de 2016 sur « l’organisation, la place et le financement de l’Islam en France et de ses lieux de culte ». C’est le Maroc que le Président François Hollande a choisi pour assurer la formation des imams devant prêcher en France. Il suffit de lire Quatre-Vingt-Treize de Gilles Kepel, qui détaille « l’islam des Darons et de la soumission » et développe la façon dont l’islam s’est structuré puis a évolué en France depuis les années 1970, ainsi que l’influence de différents pays musulmans, pour comprendre qu’il ne fallait pas confier une telle formation à des pays étrangers. En Octobre 2019, Marianne avait également consacré une enquête fort instructive sur les Frères musulmans en France.
3- Autre sujet, le trafic de drogues dont nos policiers subissent de plein fouet les conséquences. Les autorités des pays européens le savent parfaitement, c’est le Maroc qui est le principal fournisseur du marché européen en cannabis, comme l’indique l’Observatoire européen des Drogues et des toxicomanies. En 2020, le réseau indépendant Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée établit que la production de haschich, au Maroc, pèse environ 19 milliards d'euros ! Dès décembre 1980, le Maire communiste de Montigny dans le Val d’Oise, Robert Hue, conduit une manifestation contre la drogue sous les fenêtres de l’appartement d’une famille marocaine soupçonnée de se livrer à du trafic. Plus proche de nous, c’est la ministre de la ville Nadia Hai qui démissionne de son mandat de députée pour empêcher que son suppléant, un Marocain mis en examen fin 2019 dans une enquête portant sur un trafic de stupéfiants entre le Maroc et la France, ne puisse siéger à l’Assemblée Nationale française (Figaro 7 juillet 2020).
Les intérêts du Maroc ne coïncident manifestement pas avec ceux des Européens. Il est légitime et normal que les dirigeants marocains défendent prioritairement les intérêts du Maroc et du peuple marocain. Ce qui ne l’est pas, c’est que des dirigeants de pays européens n’en fassent pas autant pour les intérêts de leurs propres pays et de leurs peuples.

Atlantico : Les occidentaux doivent-ils poser des limites à leur collaboration avec le pays ? Si oui, lesquelles ?

Si les pressions marocaines agissent, c’est parce que les dirigeants des pays européens ont montré l’étendue de leurs faiblesses et de leur impuissance. L’Europe est pourtant celle qui détient le plus de moyens de pression. Dès 1996, les autorités européennes ont signé un accord d'association UE-Maroc, accord de libre échange industriel entré en vigueur en 2000. En février 2012, ce sont les députés européens qui ont signé un accord de libre échange avec le Maroc sur les produits agricoles et de la pêche. En 2020, le commerce Maroc-Union-Européenne s’est élevé à près de 60% des échanges extérieurs du Maroc et les échanges de biens entre le Maroc et l’Union européenne ont atteint 35 milliards d’euros. En 2019, la Commission européenne a signé de nouveaux programmes de coopération avec le Maroc dont 101,7M€ en soutien à la gestion des frontières. Cela rappelle le comportement des pays européens avec la Turquie.
Il faut également savoir que l’émigration des Marocains concourt de manière décisive à l’économie du Maroc. Les transferts d’argent de la diaspora des Marocains à travers le monde constituent 10% du PIB. Le Maroc n’a donc aucun intérêt à empêcher l’émigration. Par contre, les pays d’accueil n’ont aucun intérêt à faciliter, comme ils le font, la délocalisation de cette épargne des familles dans les pays d’origine, car ce sont autant de ressources ôtées au projet éducatif de leurs enfants.

Parlons enfin de l’importance majeure du Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger, directement géré par le Palais. Les personnalités choisies pour siéger dans ce Conseil participent au développement des politiques publiques qui aident les ressortissants marocains, partout dans le monde, à maintenir « des liens étroits avec leur identité marocaine et notamment celles relatives à l’enseignement des langues, l’éducation religieuse et l’action culturelle ». On y trouve les noms de personnalités très investies dans le développement de l’islam en France. Y a figuré aussi Najat Vallaud-Belkacem, devenue ministre de l’Éducation nationale et qui va, en 2016, introduire l’enseignement de la langue arabe à l’école primaire. Je citerai une nouvelle fois Marianne qui avait, en novembre 2017, consacré un grand dossier pour décrypter « comment le Maroc infiltre la France ».

En 1993, interrogé par Anne Sinclair au sujet de l’intégration, le roi Hassan II tenait des propos que nul occidental n’aurait le droit de tenir, à savoir que les Marocains demeurent des sujets du roi : « Je vous décourage en ce qui concerne les miens, les Marocains, d’essayer des détournements de nationalité, car ils ne seront jamais français à cent pour cent. Ça, je peux vous l’assurer. »

Il convient également d’attirer l’attention sur le lobby extrêmement puissant de personnalités politiques et culturelles qui ne sont pas de culture musulmane, mais ont des attaches fortes au Maroc et qui sont autant de cartes maîtresses dans la diplomatie du soft power du Maroc.

La solution ? Que les dirigeants des pays de l’Union Européenne, ainsi que les institutions européennes, placent enfin au sommet de leurs priorités la défense des intérêts des peuples européens. Si cela avait été le cas, nous n'en serions pas là.

13:10 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags: ue, espagne, ceuta, maroc, polisario |

07 mai 2021

Comment les élites de commandement ont réparti les braises à travers le territoire national

Pour ceux qui souhaitent cerner la réalité des enjeux et défis et sortir de l'écume des vagues et des approches simplistes et binaires, voici des extraits de mes livres. Comme l'avait écrit Marcel Gauchet dans la revue le Débat :  "Malika Sorel est la seule à s’être préoccupée de comprendre le processus d’intégration et à mettre en lumière les conséquences ravageuses qu’entraîne la méconnaissance des données de base de ce processus".

 

Extrait de Décomposition française : comment en est-on arrivé là ?

Les élites de commandement, celles qui ont le pouvoir de décider de la trajectoire, doivent admettre qu’elles se sont trompées, qu’elles ont fait emprunter une route dangereuse à la France.

Le commandement a failli, et plutôt que d’admettre ses erreurs et tenter de corriger la trajectoire, il a persisté, et persiste encore, à emmener la France vers le chaos. Ce qui se produit défie l’entendement.

 

Extrait de mon ouvrage Le Puzzle de l'intégration (2007) 

La contestation de l’autorité des policiers par les jeunes n’est pas liée aux qualifications des forces de l’ordre. Cette non-reconnaissance, voire ce refus de leur autorité, tient en partie, comme cela est souvent avancé, au désir de certains de soustraire de l’autorité de la République des territoires qu’ils ont annexés pour y mener une vie paisible à l’ombre de l’économie parallèle. Elle n’est pas sans rapport non plus avec la symbolique de l’uniforme, puisque cet uniforme représente une société qu’ils rejettent avec vigueur et dont ils ne souhaitent pas respecter les lois, car ils ne les reconnaissent pas. Ils ne rejettent pas du tout cette société parce qu’elle les aurait rejetés (ça, c’est l’explication « vitrine » qui leur a été fournie par de « savants spécialistes » et par la gauche). Ils la rejettent uniquement parce qu’elle n’est pas conforme à leur système de valeurs et d’idéaux. C’est d’ailleurs pour la même raison que les enseignants, qui sont eux aussi des symboles de la République, sont agressés. L’erreur est de continuer à penser que les « jeunes » sont des électrons libres. Ils ne le sont pas. S’ils sont en position de camper si fort sur leurs positions extra-sociétales, c’est qu’ils savent qu’ils bénéficient du soutien pas nécessairement réfléchi de leurs tuteurs légaux, et de l’aubaine de l’intoxication des esprits liée au « politiquement correct ». Une action sur les seuls jeunes ne suffira donc pas, car, une fois extraits de la société, ils seront aussitôt remplacés par leurs puînés sur le « terrain » de l’action. Il est nécessaire de faire prendre conscience aux parents que leurs attitudes sont loin d’être sans conséquence et qu’il leur est possible de ne pas entraver l’insertion de leurs enfants dans la société.
Il est essentiel de relever que cette vive antipathie de certains enfants de l’immigration pour leur pays d’accueil n’est jamais ressentie pour leur pays d’origine, qui est pourtant celui qui a poussé leurs familles à l’exil et les a donc privés d’une existence dans une société conforme à leur système de valeurs. Preuve s’il en fallait encore que le véritable amour, sincère et désintéressé, n’est pas lié à des contingences matérielles.

 

 Extrait de mon ouvrage Immigration, intégration : le langage de vérité (2011)

De plus en plus de parents de France sont malheureusement concernés par les problèmes identitaires qui se concentrent sur les enfants de l’immigration et les amènent de plus en plus souvent à perturber le climat au sein des établissements scolaires. Nul n’est désormais à l’abri de voir des élèves au langage atrophié et à la scolarité conflictuelle se retrouver, par la magie de la loi SRU ou du busing, dans la classe de ses enfants. Il suffit parfois d’un seul élève perturbateur pour plomber l’ambiance de travail d’une classe et en freiner la progression. Il n’est aujourd’hui plus possible aux parents de déléguer l’entière formation de leurs enfants à l’école de la République, car les enseignants sont confrontés à des problèmes de discipline chronophages qui les empêchent d’assurer l’intégralité des programmes.

La loi SRU n°2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains, qui oblige les communes à accepter un quota de 20 % de logements sociaux. Le but avoué est d’accroître la mixité sociale, dans le but non avoué de «déghettoïser » les quartiers sensibles… donc de répandre les braises à travers le territoire. Étrange que cette nouvelle méthode d’extinction des feux. Gageons qu’elle amplifiera à terme les problèmes sur le territoire national, puisqu’elle n’a été préalablement accompagnée d’aucun traitement de la source des difficultés.

Tout événement tragique survenant dans une banlieue «sensible» est désormais exploité par certains de ses habitants pour déclencher des expéditions punitives contre notre société et ses représentants. En dehors de ces occasions, il suffit de se plonger dans le quotidien des pompiers, médecins ou enseignants de ces quartiers pour prendre la mesure du défi que nous devons tous participer à relever, afin d’éviter la dislocation de la France.

L’impunité dont ont longtemps joui les adolescents et jeunes adultes issus de l’immigration les a renforcés dans leur détermination à affronter la République et ses représentants. Ils savent à présent très bien qu’ils ne risquent pas grand-chose, selon leur propre subjectivité, et la prison est même vécue par certains comme une distinction au sein du groupe, celle d’avoir eu le courage d’en découdre avec l’État ou ses représentants.

 

15:25 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags: identité, police, sécurité, éducation |

23 avril 2021

LES POINTS SUR LES I

Voici mon intervention dans la nouvelle émission "LES POINTS SUR LES I" de CNews, dimanche 17 avril 2021.

Je remercie Ivan Rioufol de m'avoir permis de m'exprimer dans une émission qui a bénéficié d'une large audience et a eu un fort retentissement. C'est la première fois qu'une personne reconnaît, comme il l'a fait avec beaucoup de chaleur, s'être inspirée de mes réflexions. L'émission s'est déroulée dans un climat de grande sérénité. Toutes ces dernières années, j'ai le plus souvent été pillée sans même être citée, et lorsque j'étais invitée sur des plateaux télé ou radio, je me suis maintes fois retrouvée en terrain miné, face à plusieurs débatteurs qui tentaient de me faire chuter avec le soutien, même pas masqué, du ou de la journaliste...

Aujourd'hui, Sonia Mabrouk s'offusque, à juste titre, d'avoir été censurée par l'émission "C à vous" du service public. Bien avant elle, je l'avais déjà été. En décembre 2015, j'ai été déprogrammée au dernier moment des Matins de France Culture de Guillaume Erner. Le journaliste Brice Couturier, qui faisait alors partie de cette matinale, n'en revenait pas. Que s'était-il passé au juste pour que je subisse un tel traitement ? Les attentats du Bataclan venaient de se produire, et un certain nombre de vérités ne devaient manifestement pas être dites aux Français...

 

16:43 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags: cnews, rioufol, mabrouk, erner, couturier, censure |

18 avril 2021

Extraits de "Décomposition française"

Prenons le cas de l’Algérie. J’y ai vécu deux périodes distinctes. Une où sévissait la pauvreté, mais où les familles vivaient librement et dans la sérénité. Une forme d’insouciance heureuse y régnait. Une autre où la libéralisation balbutiante de l’économie a permis à une poignée de familles de s’enrichir, au niveau de vie global de s’élever, mais qui s’est accompagnée de l’arrivée progressive d’enseignants venus d’Égypte ou encore de Syrie. En plus de la langue arabe, ils apportaient dans leurs bagages l’idéologie à laquelle Gamal Abdel Nasser s’était retrouvé confronté, qui allait conduire les Algériens à la division, pour finir par les dresser les uns contre les autres.

***

Je me souviens d’une période en Algérie – cela n’a pas du tout toujours été le cas – où porter dans la rue un simple décolleté pouvait déclencher des insultes dans le meilleur des cas, et même parfois des jets de pierres. Le port d’un jean ou de tout pantalon qui pouvait être jugé serré, a fortiori lorsqu’il n’était pas dissimulé sous une longue chemise, mettait la pauvre malheureuse à la merci de mains baladeuses, en pleine rue. L’agression était perçue comme normale. « Fallait pas chercher » : cette sentence, on l’entend désormais sur le territoire français.

***

Lorsque j’étais lycéenne, sitôt les portes du bus ouvertes, nous nous ruions contre les parois pour y plaquer nos fesses, tandis que nous posions très vite nos cartables devant nous pour protéger notre intimité. C’était un cauchemar que de se vivre continuellement comme une proie potentielle. Il y a quatre ans, tandis que les images des yeux fiévreux de beaucoup d’hommes massés sur la place Tahrir, au Caire, défilaient sur nos écrans à l’heure des journaux télévisés, ce sont ces images qui sont remontées à ma mémoire. Cela créait un douloureux contraste avec les propos creux que déversaient journalistes, politiques et pseudo-experts au sujet d’une prétendue quête éperdue de liberté. Selon eux, nous assistions en direct à l’éclosion des bourgeons du printemps. La suite est connue.

***

Ce qui peut parfois sembler incompréhensible, c’est le rôle que les mères jouent dans l’asservissement de leurs filles, ce qui perpétue le processus. Là aussi, de nombreuses études existent qui permettent de mieux comprendre. Les mères jouent leur place au sein du groupe. Elles ne sont pas nécessairement les alliées de leurs filles, qui représentent un danger pour la position sociale de leur mère.

(...)

Si ce sont des hommes qui sont les gardiens du temple, les geôliers se trouvent être en l’occurrence le plus souvent des geôlières.

(...)

C’est pourquoi, là aussi, les approches simplistes qui se focalisent sur la seule aide aux femmes, laissant de côté les pères et leurs fils, étaient d’avance vouées à l’échec. C’est dans le rôle attribué aux garçons, donc dans la question culturelle et identitaire, qu’il convient de chercher l’une des principales sources de l’écart extrêmement important que l’on observe entre la réussite scolaire des filles et celle des garçons, qui se reflète sur les taux de chômage. Se focaliser sur des conséquences tout en refusant systématiquement d’analyser les sources est on ne peut plus stérile.

***

Définition des diaporas par Chantal Bordes-Benayoun et Dominique Schnapper : « peuples qui gardent un sentiment de leur unité malgré l’éclatement géographique ».

***

La société française a préféré retenir d’elle-même une histoire fausse, à savoir que l’intégration des migrants intra-européens a fini par se faire pour la majorité d’entre eux. Or, comme l’a mis en lumière l’historien Daniel Lefeuvre, qui s’est appuyé sur les travaux de Pierre Milza, ce n’est pas exact : par exemple, seul un Italien sur trois du flux transalpin pour la période 1870‑1940 a fait souche en France. Au Haut Conseil à l’intégration, nous l’avions auditionné. Au cours de notre long et riche échange, il avait eu à coeur de rappeler la réalité historique, sans l’occulter ni la réduire à l’opinion commune. Parmi les sujets qu’il aborda devant notre auditoire, celui du flux des migrants polonais, pour la période 1920‑1939 ; les recensements laissent apparaître que 42 % d’entre eux étaient repartis. Pourtant, aussi bien en Italie qu’en Pologne, il n’y avait pas eu, entre-temps, d’amélioration économique substantielle qui aurait pu justifier, à première vue, ce retour au pays. Ce qui est systématiquement passé sous silence, c’est l’épreuve que constituent l’exil et les souffrances qu’il peut causer.

Si ce fait n’avait pas été occulté par les faiseurs d’opinion, journalistes et intellectuels médiatiques en tête, les Français auraient déduit que des flux migratoires de cultures plus éloignées de la leur que celle des Italiens ou des Polonais feraient difficilement mieux… La connaissance de cet aspect des migrations précédentes aurait fatalement conduit à une réflexion sérieuse sur les conditions d’assimilation et leur corollaire, l’octroi des papiers d’identité français : l’acquisition de la nationalité française étant censée, de par le Code civil, attester de l’assimilation.

Il y a une croyance aujourd’hui répandue que l’émigration est facile, que l’on peut déplacer les personnes sans dommage, que l’on peut vivre indifféremment partout, pour peu que le bien-être matériel soit au rendez-vous. C’est oublier une réalité humaine : l’exil, c’est souvent un exil au mieux choisi à contrecœur, et cette nostalgie du pays, et de ceux qu’on a laissés derrière soi, est transmise aux descendants.

Pourquoi les hommes politiques n’écoutent-ils pas la réalité humaine profonde ? Pourquoi ne veulent-ils pas la prendre en considération dans les décisions politiques ?

18:19 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (0) |