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31 mars 2012

Regarder la réalité en face

En décembre dernier, l’académicien et historien Pierre Nora m’avait demandé d’écrire un article pour la revue Le débat qu’il dirige avec le philosophe et historien Marcel Gauchet. Il s’agissait de faire la critique des deux derniers livres publiés par Gilles Kepel, Banlieue de la République et Quatre-vingt-treize. J’ai remis mon article à Pierre Nora à la mi-janvier ; il s’intitule « Regarder la réalité en face ». Il m’apparaît important de vous en préciser la date de rédaction, afin de souligner le fait qu’il n’a été d’aucune manière influencé par les tragédies de Montauban et Toulouse, et pour cause !

Vous le lirez dans Le débat n°169 daté de mars-avril 2012 dont vous trouverez le sommaire sur le site Les amis de Marcel Gauchet. Pierre Nora a également fait appel pour le même exercice à deux autres intellectuels, Dominique Schnapper et Hugues Lagrange.

La revue est distribuée par de nombreux libraires, dont la Fnac, La Procure et Gibert Joseph ; elle est également disponible à la librairie Gallimard, 15 Boulevard Raspail, Paris 7ème et sur Amazon.

Je n’ai pas l’autorisation de vous publier mon article qui est assez long. Je vous en cite donc simplement un très court extrait :

« (…) Dès l’introduction, le ton est donné, et le parti pris des auteurs transpire ensuite au long de l’ouvrage, les gouttes perlant régulièrement entre les lignes. Bien que les auteurs aient pris le soin de préciser que l’étude ne comportait pas de recommandations, ces dernières sont en réalité distillées au fil des pages, orientant le lecteur. Le plus surprenant est que la plupart de ces recommandations paraissent n’avoir guère pris en compte le contenu des entretiens, dont beaucoup sont pourtant révélateurs des sources qui alimentent les problèmes d’insertion dans la société et d’intégration dans la communauté française.
(…)
Le halal, ciment de la muraille identitaire. Au long des entretiens publiés dans
Banlieue de la République tout comme dans le Quatre-vingt-treize de Gilles Kepel, apparaît en trame de fond la question du contrôle très strict des individus par le groupe, et leur amputation de toute liberté individuelle au sens où l’entendent les Français. Le contrôle du groupe s’exerce aussi bien sur les hommes que sur les femmes (...) Dans les deux ouvrages, quoiqu’avec bien davantage de profondeur dans Quatre-vingt-treize, est traitée la question du halal qui, bien loin de se résumer au seul mode rituel de consommation des viandes comme le pensent à tort le plus grand nombre, englobe tout une philosophie de vie qui consiste à tracer une frontière entre ce qui serait licite et ce qui ne le serait pas, allant jusqu’à s’immiscer dans les questions qui ont trait aux unions.

Aujourd’hui, le halal est devenu un des vecteurs les plus puissants de “l’affirmation identitaire” – expression employée par Gilles Kepel – aux côtés du voile des femmes. Gilles Kepel, qui parle même de “perspective de purification”, rappelle que “durant les années 1990, les dirigeants des organisations islamiques politiques issues des Frères musulmans, focalisés sur la controverse du hijab à l’école qui leur paraissait la plus propice à faire émerger en France une communauté militante sous leur houlette, ne montraient pas d’intérêt pour les enjeux trop complexes du halal (…)”
(…)
L’offensive se déplace à présent sur le terrain du halal, comme l’explique Gilles Kepel :
“elle reflète la compétition entre salafistes et fréristes pour dominer l’expression de l’islam impératif dans le monde d’aujourd’hui – dont l’Hexagone, avec ses millions de musulmans en terre occidentale, représente un champ de bataille important (…) L’enjeu, par-delà la viande et son marché, les critères du pur et de l’impur, l’exclusion ou l’inclusion dans le rapport à la société française globale, est le contrôle cultuel et politique sur la nouvelle génération des musulmans de France.”
(…)
Les deux ouvrages mettent en lumière la stratégie de réenracinement culturel et religieux des jeunes générations par le biais de la transmission de la langue arabe.
(…)
 Quatre-vingt-treize nous montre de quelle manière, et à quel point, les musulmans se trouvent eux-mêmes manipulés, otages d’enjeux économiques et désormais politiques dont les conséquences ne manqueront pas de retentir un jour sur la cohésion sociale et nationale : “l’organisation a tout mis en œuvre pour que le concept de l’intégration soit remplacé par celui de la citoyenneté : en d’autres termes, elle s’était efforcée de construire un espace de valeurs islamiques autonomes dans le cadre de la citoyenneté française.[1] (…) »

Pour l'intégralité de l'article, il faut lire Le Débat de mars-avril 2012.

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[1] Gilles Kepel cite des extraits d'un discours du Président de l’UOIF Fouad Alaoui prononcé le 23 avril 2011. ↩

08:42 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags: nora, gauchet, le débat, kepel, islam, identité |

27 mars 2012

L’école face au défi de l’inclusion

En décembre dernier, j’ai publié dans la revue de l’Association Française des Administrateurs de l’Éducation (A.F.A.E.) un article intitulé « L’école face au défi de l’inclusion ». J’ai reçu l’autorisation de mettre mon article en ligne, et je tiens à en remercier bien vivement l’équipe AFAE.

En voici un extrait :

« (…) Le premier bouleversement auquel l’école doit faire face, c’est le triomphe de l’utilitarisme et l’infantilisation des esprits qui a conduit l’individu, et par extension la cellule familiale, à s’inscrire dans une vision égocentrique, où chacun devient son propre point de départ et d’arrivée, avec pour seul mot d’ordre la rencontre du plaisir en temps réel. L’école, qui est par essence le lieu du plaisir différé, se retrouve sommée de s’adapter à cette nouvelle donne avec des retombées sur l’ensemble de la société. La tyrannie du court terme s’exerce au détriment de l’intérêt collectif du moyen et du long terme, celui auquel, justement, l’école a pour devoir de préparer et qui est au cœur de sa mission. Ce mouvement que nous observons dans toutes les démocraties, avec une amplitude plus ou moins prononcée, avait été largement anticipé par Alexis de Tocqueville (…)
Le second bouleversement majeur, c’est l’intensification des flux migratoires de cultures non européennes, qui a placé l’école face à des difficultés inédites, auxquelles elle n’était pas préparée et dont elle continue parfois encore de nier la dimension spécifique. Tant que la communauté scolaire persistera à réduire le problème de l’échec des enfants de cultures non européennes à une simple question socio-économique, elle n’aura strictement aucune chance de le voir s’atténuer, à défaut de se résorber (…)

La question est de savoir si l’on peut réussir l’éducation d’un enfant – “éducation” dans son acception la plus large, qui inclut l’aptitude de l’insertion future dans le monde économique et professionnel – sans le concours de sa famille. Les enseignants dont, nous le savons, les enfants sont ceux qui réussissent le mieux à l’école, connaissent parfaitement la réponse à cette interrogation : “Car – est-il besoin de le dire – l’école ne peut pas tout. Pour permettre à l’enfant d’accéder à la liberté et de s’insérer dans la société qui l’accueille, elle peut difficilement se passer du concours de la famille.[1]” Tant que cette vérité ne sera pas dite et répétée aux parents de l’immigration, tant que ceux-ci ne prendront pas conscience de la nécessité de laisser leurs enfants saisir les perches que leur tend l’école, des générations d’enfants continueront d’être sacrifiées. Il en résultera inévitablement une très grave crise du vivre ensemble, et c’est d’ailleurs déjà le cas dans certains territoires de la République. (…)

L’école doit faire face à un public de plus en plus fragmenté, aux demandes contradictoires, dont certaines exigences l’écartent de plus en plus de sa mission de formation d’une communauté de citoyens. Son engagement à tout faire pour intéresser et impliquer ses élèves ne doit pas la conduire à créer elle-même les conditions qui rendront impossible leur insertion au sein de notre société.

Pour éviter d’accentuer la fracture éducative, il est plus que jamais nécessaire qu’une unité des programmes et des procédures de vérification des acquis continue d’exister sur tout le territoire national. La libéralisation de notre école ne peut constituer une réponse appropriée aux défis auxquels elle est confrontée ; au contraire, elle viendra les aggraver. »

Je vous laisse découvrir mon article.

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[1] Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet, Dominique Ottavi, Les Conditions de l’éducation, Stock, 2008. ↩

17:53 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags: éducation, école |

24 mars 2012

Entretien avec Atlantico

Atlantico a publié hier matin un entretien dans lequel j’évoque la responsabilité des parents de l’immigration dans l’échec de l’insertion de leurs enfants, ainsi que le rôle, destructeur pour notre société, des associations de lutte contre le supposé racisme des Français de souche européenne.

Il n’est pas facile de tout résumer dans un article, ni dans un billet de blog. Aussi, de nombreux points n’ont fatalement pas pu être abordés.

Je regrette beaucoup que nombre de personnes me critiquent, ou même souvent me posent des questions sur des points précis, sans avoir manifestement jamais lu mes livres. Ils ont malgré cela des avis déjà tranchés, y compris sur ce que j’ai publié et qu’ils n’ont pas lu. Rien ne remplacera pourtant jamais les livres pour décrire et analyser en profondeur des sujets aux multiples dimensions, ou pour aborder les multiples pièces d’un puzzle comme je l’avais écrit dans mon premier ouvrage. Notre époque est, bien malheureusement, exactement telle que l’avait prophétisée Alexis de Tocqueville dans le deuxième tome de De la démocratie en Amérique.

08:57 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags: identité |

23 mars 2012

« Tu tues mes frères, je te tue »

Le Figaro : « Le tueur au scooter Mohamed Merah, tombé sous les balles aujourd’hui à Toulouse, a filmé chacune de ses tueries à l’aide d’une caméra sanglée, a affirmé le procureur de Paris François Molins. Cette caméra, retrouvée dans un sac sur les indications du tueur, a filmé des scènes “extrêmement explicites”, a dit le magistrat qui dirige les investigations. “On le voit abattre ses victimes.” “Tu tues mes frères, je te tue”, aurait dit Mohamed Merah en commettant son premier meurtre, selon le procureur. »

Selon le ministre de l’Intérieur Claude Guéant, le meurtrier « revendique être un moudjahidine, appartenir à Al-Qaïda et avoir voulu venger les enfants palestiniens autant qu’avoir voulu s’en prendre à l’armée française. »

Voici ce que j’écrivais dans Le puzzle de l’intégration – les pièces qui vous manquent, publié en avril 2007 :

« Un nombre non négligeable de Français d’origine maghrébine se sentiront d’emblée plus proches de n’importe quel autre personne d’origine arabe se trouvant à l’autre bout du monde, que du Français d’origine européenne qui vit pourtant à côté de chez eux ; cela pour la simple raison qu’ils partagent un immense héritage commun. La notion de Nation arabe a un sens. Se sentir y appartenir recouvre une réalité à part entière, tout aussi respectable que celle d’appartenir à tout autre nation. C’est la raison pour laquelle les conflits qui impliquent les peuples arabes sont vécus avec autant d’intensité et d’émotion dans les banlieues françaises. »

Et dans Immigration, intégration : le langage de vérité, publié en 2011 :

« Dans leurs premières années, les enfants apprennent par mimétisme. Aussi, c’est au travers des gestes de la vie quotidienne que les parents transmettent l’ensemble de leurs marqueurs identitaires. Mais ce qui se révèle très grave, pour leurs enfants ainsi que pour notre société, c’est qu’ils leur transmettent également leur ressentiment personnel et leur rejet du mode de vie des Européens. La famille s’adresse à la sphère affective de l’enfant et exerce souvent sur lui des pressions morales, quand elles ne sont pas psychologiques et même physiques, tandis que l’école s’adresse à la dimension intellectuelle et rationnelle qu’elle entend développer dans le but d’amener l’enfant à devenir un adulte libre, un citoyen responsable, capable d’exercer son esprit critique. Dans des conditions d’une telle asymétrie, les enseignants ne peuvent en aucun cas faire le poids si l’État ne met pas en place toutes les mesures qui dissuaderont ces parents d’entraver le processus d’insertion de leurs enfants. Les parents de l’immigration sont centraux et non périphériques. »

Recommandations :

Il faut impérativement, et de toute urgence, limiter de manière drastique l’immigration.

Extrait de Immigration, intégration : le langage de vérité : « L’arrivée continue de migrants en provenance de la terre d’origine produit un réenracinement dans les mœurs et coutumes du groupe culturel d’origine. Dans ces conditions, toute insertion devient impossible. »

« Il faut aussi, et c’est fondamental, leur construire [aux enfants de l’immigration] des attaches affectives avec la culture française, de manière à ce qu’ils ne la rejettent pas et l’apprécient par la suite. C’est surtout au cours des premières années de l’existence que l’on construit ces attaches solides et sincères (…) C’est dès l’école maternelle que nous devons venir en aide aux élèves qui rencontrent ces problèmes identificatoires qui les conduisent à s’enfermer dans la spirale de l’échec, puis de l’exclusion. Cela requiert une véritable intensification des moyens dans les premières classes (maternelle-CP-CE1). C’est dans ces classes que la plus grande attention doit être accordée à la transmission de la langue française et du référentiel culturel de notre société (…) C’est dans les premières classes que l’effet de levier est le plus important, et c’est donc bien là que les graines de l’ouverture à d’autres possibles doivent être semées afin d’en maximiser les chances de germination. Venir s’inquiéter du sort de ces élèves à leur entrée en sixième, voire, comble du ridicule, à l’entrée des grandes écoles, dénote une insupportable ignorance de la réalité des difficultés auxquelles ces élèves doivent faire face et des défis qu’ils sont, très jeunes, amenés à affronter.

Au collège, c’est souvent trop tard. Leur personnalité, leur vision d’eux-mêmes, leur vision des autres sont en grande partie formées et déjà figées. Les évolutions apportées à ce stade ne pourront être que dérisoires. La grande majorité ne sera en effet plus réceptive au pacte qui leur sera proposé. »

09:22 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (70) | Tags: identité |