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23 mars 2010

Les yeux grands fermés

Selon la presse, le Premier ministre souhaitait un large remaniement. Au vu du sévère avertissement que le corps électoral vient d’adresser au pouvoir politique, et l’abstention en est un témoin majeur, c’eût été en effet la moindre des choses. Mais le Président de la République, qui connaît peut-être la loi de conservation de la masse de Lavoisier, a choisi de l’appliquer à la lettre : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Les Français ont donc eu droit à un petit jeu de chaises musicales, jolie expression qui désigne en réalité le recyclage du personnel politique, dont la France est la principale victime depuis des décennies ; jeu de chaises également assorti de la récupération de personnalités identifiées comme des opposantes, stratégie éculée qui vise à en diluer le « venin ». Pour la rupture attendue depuis 2007, le peuple français patientera encore. Selon le Figaro, « l’UMP s’est félicité du remaniement Fillon, saluant la “volonté de l’exécutif de rassembler toutes les sensibilités de la majorité présidentielle” ». Ce remaniement ne concernait donc pas du tout la France et les Français, mais bien uniquement l’UMP et ses courants internes…

J’ai une petite pensée pour Xavier Darcos. La culture est en effet si peu répandue dans ce monde politique, que cela me fait toujours bien de la peine de voir partir un lettré !

Je souhaite à présent mentionner la sortie du livre que vient de publier Michèle Tribalat, démographe et directrice de recherche à l’Ined : Les Yeux grands fermés, L’immigration en France.

Voici quelque extraits d’un entretien que Michèle Tribalat a accordé à l’Express.

Michèle Tribalat : Pouvoirs publics, médias, experts n’inventent pas des chiffres, mais ils privilégient les instruments qui relativisent l’immigration et présentent ses effets sous un jour favorable ou, lorsque ce n’est pas possible, qui mettent les immigrés ou leurs descendants en position de victimes.

L’Express : Pourtant l’immigration est, selon de nombreux observateurs, utile à notre économie ?

Michèle Tribalat : C’est ce que l’on nous martèle de tous côtés, mais je n’ai pas lu beaucoup d’études traitant de la question en France. Cette insistance contraste avec le silence assourdissant qui a accueilli le rapport du CAE, silence qui montre le peu d’intérêt pour la réalité, ou tout au moins pour un diagnostic éclairé. Et les études qui sont disponibles, souvent réalisées aux États-Unis ou au Royaume-Uni, ne mettent pas en avant une augmentation décisive du produit intérieur brut [PIB] par habitant due à l’immigration. Les nombreuses études étrangères s’accordent généralement pour constater un effet négatif sur les plus bas salaires lorsque l’immigration est faiblement qualifiée. […]

Michèle Tribalat : L’immigration familiale a changé : elle n’accompagne plus à distance, comme autrefois, le flux d’entrées de travailleurs. Elle comprend désormais des unions dites mixtes entre Français et étrangers, dans lesquelles le conjoint français est bien souvent d’origine étrangère. Ces unions ouvrent ainsi un droit à immigrer à un étranger qui vient du même pays que celui des parents de son conjoint français.

L’Express : Un débat sur l’immigration est donc impossible ?

Michèle Tribalat : Il est difficile. C’est sans doute en partie lié au passé (colonisation, Shoah…). Je crois aussi que nous n’avons pas, comme les anglo-saxons, le culte de la libre expression. Ce n’est pas, chez nous, une question fondamentale. Au Royaume-Uni, par exemple, même si le débat est virulent, des positions divergentes peuvent s’exprimer. En France, s’interroger sur les bienfaits annoncés comme inévitables de l’immigration, c’est déjà pécher. Être en faveur d’une politique migratoire plus restrictive est forcément répréhensible. On fait alors immédiatement partie des “méchants” qui ne veulent pas accueillir des malheureux, et l’accusation de racisme n’est jamais bien loin. Nous n’avons pas le goût de la vérité.

Vous pouvez lire l’intégralité de l’entretien sur le site de l’Express. Michèle Tribalat fait partie des personnes à lire, et dont les analyses méritent d'être largement relayées.

10:36 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags: fillon, sarkozy, immigration, tribalat |

24 février 2010

Abandonner ceux qui s'abandonnent eux-mêmes ?

Le Figaro : « La justice confirme que l’accusation la plus lourde portée contre la tête de liste PS dans le Val-d’Oise par ses adversaires UMP est fausse. » Ce qui tendrait à valider les autres.

Au vu de la difficulté de figurer sur une liste, pour des gens qui n’ont ni casier, ni casserole et qui disposent d’un parcours éducatif exemplaire, je trouve désormais la course aux personnes d’origine étrangère hautement scandaleuse.

La segmentation politique bat son plein : mieux vaut donc à présent être estampillé « d’origine étrangère » avec casier et sans diplôme, qu’identifié comme Français sans casier judiciaire et avec diplômes. Je peux d’ailleurs vous dire que nombre de personnes issues de l’immigration ne sont pas considérées comme Françaises par le monde politique et par les médias, qui ne les considèrent que comme « minorités visibles ». Il y aurait, là aussi, matière à réfléchir sur ce que signifie concrètement être ouvert aux autres et les considérer comme des égaux. Ceux qui apparaissent de prime abord comme ouverts sont parfois très loin de l’être. La politique d’égalité des chances telle que nous la voyons se déployer depuis de nombreuses années cache souvent la pire des exclusions.

Dans les estampillés « d’origine française », j’inclus évidemment les personnes issues de l’immigration qui se sont parfaitement intégrées. D’ailleurs, le comportement des politiques et des médias à leur égard est assez éloquent : ces personnes ne les intéressent pas. Cela constitue, paradoxalement, la meilleure preuve qu’à leurs yeux, ces personnes sont devenues françaises. Une autre qualité également très prisée dans le monde politique est d’être passé par une association de lutte contre le racisme supposé des Français.

Certains parmi vous l’ont déjà évoqué : c’est bien la peur qui guide désormais de nombreux politiques. Ces derniers voient les populations d’origine étrangère comme étant capables de grande violence. Ils pensent donc qu’il leur faut absolument « l’Africain » ou « l’Arabe » qui saura entrer dans « leurs » quartiers et les calmer. Moralité, si les Français souhaitent que les politiques s’intéressent de nouveau aux Français, il faut que ces derniers soient craints ! Elle n’est pas belle, la régression démocratique ?

Dans tous les cas, le silence des Français, et le fait qu’ils avalent toutes les couleuvres, joue contre eux et contre la France, donc en définitive contre tout le monde : Français et non Français. Le peuple pense encore être souverain, quand il a déjà perdu une grande partie de sa souveraineté. De quel véritable choix disposent en effet les électeurs ? Quand ils votent, ils le font bien souvent par défaut, ou encore pour faire barrage à ceux qu’ils jugent pires que leurs concurrents. Peut-on raisonnablement appeler cela un choix ? Mais comme j’ai déjà eu l’occasion de le préciser, ce sont les citoyens qui sont artisans de leur malheur, puisqu’ils ne votent que pour les « vus à la télé », ou « vus dans les magazines people », ou « a ses entrées à Paris ».

« Abandonnez ceux qui s’abandonnent eux-mêmes » (Shakespeare). Peut-on sauver un peuple du suicide s’il a décidé de se laisser mourir ? C’est LA question qui se pose. Je n’ai pas la réponse. Il arrive que l’entreprise me paraisse hors de portée. Il y a en effet tellement de forces qui se conjuguent dans le même sens, opposé aux intérêts de la France et des Français. Dans ces conditions, seul le peuple détient les clés de son propre destin. Mais le peuple ne dit rien et continue de baisser la tête. Si Marc Bloch revenait, il décèlerait probablement de nouveau le goût amer de l’étrange défaite. L’histoire ne serait donc qu’un éternel recommencement ? Espérons que cette fois encore, la France en sorte vivante. C’est le véritable enjeu. Pour cette raison, notre devoir est de continuer à travailler au réveil des consciences, avant qu’il ne soit trop tard. Oui, éviter de se rendre complices d’un crime contre l’humanité : la disparition d’une civilisation.

Mon billet peut sembler pessimiste. Il ne l’est pas. Il est simplement réaliste. Seule la hauteur du défi peut faire que le peuple français sorte de sa léthargie et s’engage politiquement. Les Français ont souvent montré, et leur histoire le prouve, qu’ils savent être au rendez-vous des grandes causes. C’est donc l’Histoire qui nous dira s’ils ont considéré que leur vie méritait d’être érigée en grande cause.

12:29 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (65) | Tags: intégration, identité |

22 février 2010

Que faut-il penser de l’affaire Soumaré ?

Je souhaite le dire en préalable, je soutiens la cause de la réinsertion, au sein de la société, de tous ceux qui se sont un jour égarés dans la voie de la délinquance. Je pense que le monde politique ne s’investit pas assez dans cette question de la réinsertion sociale. Comment accepter qu’une personne puisse être une seconde fois sanctionnée, et condamnée à vivre en marge de notre société, lorsqu’elle montre sa volonté de tourner le dos à la délinquance ?

Ce préalable étant fait, je dois dire qu’après avoir découvert des éléments de son passé dans la presse, je suis profondément choquée par le choix d’Ali Soumaré comme tête de liste du PS en Île-de-France. Il aurait de plus été « condamné en 2009 à deux mois ferme pour rébellion à agents de la force publique. Lemonde.fr a pu consulter ce jugement. »

Il existe en France un nombre incalculable de personnes issues de l’immigration qui ne possèdent aucun casier judiciaire, et qui de plus sont compétentes ; et voilà qu’un parti de gouvernement va chercher, en le présentant de surcroît comme « issu de la diversité », un jeune homme qui a été condamné pour des actes de délinquance et, qui plus est, pour rébellion à agent de la force publique. À quoi les partis politiques jouent-ils ? Ont-ils seulement conscience qu’ils participent ainsi à rendre plus difficile encore l’intégration des enfants issus de l’immigration ? Les politiques ne semblent pas comprendre – et c’est là que c’est grave – que présenter à l’opinion publique comme l’élite issue de l’immigration, des personnes à casier judiciaire, ou d’autres sur lesquelles pèsent des soupçons quant à la réalité de leurs diplômes… ne peut qu’appeler la conclusion suivante : « eh bien ça alors, si c’est ça leur élite… » Ces choix sont catastrophiques pour l’image des populations issues de l’immigration. Même si je me situe à l’opposé des prises de position communautaristes que prend parfois Rama Yade, elle a, à mes yeux, le mérite de présenter un parcours éducatif qui a valeur d’exemple.

Le PS n’a probablement pas vérifié le parcours d’Ali Soumaré. Pendant plusieurs semaines, la presse a surveillé les partis politiques : combien de personnes issues de la diversité le PS et l’UMP inscriraient-ils sur leurs listes ? Cela relevait de l’obsession, et a vraisemblablement mis une forte pression sur les partis politiques. Dans ces conditions, peu importait le parcours ; seule comptait la couleur de la peau. Voilà à quoi conduit le choix d’individus à raison de leur origine ethnique ou raciale. Considérer l’autre sur la base de sa couleur de peau, et adapter son comportement en conséquence, n’est-ce pas là que commence le racisme ?

Les politiques n’ont malheureusement pas encore compris à quel point l’image des populations issues de l’immigration est dégradée dans l’opinion publique. Ce sera une œuvre de longue haleine, de la part de tous les acteurs concernés, que d’en construire une image positive. Cela nécessitera la plus grande rigueur et une certaine hauteur d’exigence.

Espérons que cette invraisemblable erreur de recrutement du PS pousse l’ensemble des politiques à réfléchir davantage, à l’avenir, à leurs responsabilités.

J’aimerais connaître votre point de vue : doit-on considérer que le recrutement d’un ancien délinquant à un poste d’élu peut envoyer le signal que notre société sait pardonner et réhabiliter, ou est-ce une lamentable erreur qui pourrait, dans le cas présent, affecter encore un peu plus l’image de l’immigration ?

20:07 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (41) | Tags: soumaré, ps, ump |

19 février 2010

France 24 : polémique autour du hamburger halal

France 24 m’a interrogée, en tant que membre du Haut Conseil à l’Intégration, afin d’aider à décrypter ce que révèle l’opération halal de Quick. Voici le lien vers l’émission. Écoutez attentivement, car il y a beaucoup d’enseignements à tirer de ce que l’invité de France 24 a dit sur le plateau, en seulement quelques minutes.

Voici un autre débat sur le même sujet, toujours sur France 24.

21:43 Écrit par Malika SOREL | Lien permanent | Commentaires (29) | Tags: halal, quick, france 24 |