Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Revue de presse - Page 5

  • Abaya. Participation au plateau de l'émission BFM Story

    J'ai participé à un débat sur BFM pour évoquer la décision du nouveau Ministre de l'Éducation nationale Gabriel Attal d'interdire de nouveaux signes religieux.

    J'ai rappelé que l'abaya était apparue depuis longtemps puisque nous l'avions mentionnée dans un rapport de 2012 du Haut Conseil à l'intégration, et que les différents ministres de l'Éducation nationale n'avaient rien fait...

    J'apporte, en tant qu'ancienne membre du Haut Conseil à l'intégration, mon soutien plein et entier à Gabriel Attal. Il démontre que si le politique veut, le politique peut.

    Voici des éléments que j'ai évoqués à l'antenne, et d'autres dont j'ai dit que je les posterai en ligne car étant coupée, interrompue sur le plateau :

    ---> Extrait de notre rapport du Haut Conseil à l'intégration daté de 2012 où l'abaya était déjà évoquée :

    "Dans le second degré, confrontés à l'apparition de longues robes, référencées sur certains sites à caractère religieux sous le nom d'abayas, certains établissements acceptent le port de cette tenue en leur sein, d'autres non, beaucoup s'interrogent. Il ne fait pourtant aucun doute que celle-ci manifeste ostensiblement une appartenance religieuse et qu'elle entre donc, pour les établissements du second degré, dans le champ d'application de la loi de 2004 "

    ---> Gilles Kepel   : «Durant les années 1990, les dirigeants des organisations islamiques politiques issues des Frères musulman se sont focalisés sur la controverse du hijab à l'école qui leur paraissait la plus propice à faire émerger en France une communauté militante sous leur houlette »

    ---> Tahar Ben Jelloun (France culture. sept 2016) : « L’islam ne changera jamais mais ce sont les musulmans qui devront changer leur attitude, leur comportement, leur façon de vivre leur religion. (...) Être Français ce n’est pas uniquement avoir un passeport, c’est épouser les valeurs essentielles, fondamentales de la République. (...) Le corps de la femme est le principal objet de fixation chez certains musulmans qu’ils soient chiites ou sunnites. C’est pour cela qu’on cherche à ce que le corps des femmes ne s’exprime pas, qu’il ne se dévoile pas, qu’il ne soit pas libre. Alors, on le cache »

    ---> L’islamologue Abdelwahab Meddeb (le Monde décembre 2009) : « Il n’y a pas de différence de nature ni de structure mais de degré et d’intensité entre burqa et hijâb, lequel  est rien qu’en lui-même une atteinte au principe de l’égalité et de la dignité partagées entre les sexes (...) L’atteinte à l’égalité est patente, elle est manifeste dans le verset coranique qui constitue une des références scripturaires qui sont à l’origine du commandement du voile : il s’agit
    du verset 31 de la sourate XXIV, lequel crée la dissymétrie au détriment des femmes »

    ---> Enseignants qui s’auto-censurent en classe. 40% déclarent s'autocensurer pour ne pas créer de problèmes avec les élèves. Et dans les ZEP (Zones d’Éducation Prioritaires), ils sont plus de 50 %. à s’auto censurer (l'Ifop sept 2020).

    --->  74% des musulmans de moins de 25 ans déclarent « faire passer leurs convictions religieuses avant les valeurs de la République » – alors qu'ils sont 25% pour les 35 ans et plus. (IFOP août 2020)

    Ces simples chiffres sur l'évolution entre les moins de 25 ans et les 35 ans et plus démontrent l'échec patent des politiques qui ont été conduites ces dernières décennies. Comment aurait-il pu en aller autrement dans la mesure où elles étaient basées sur un diagnostic faux, sur des analyses fausses !!! 

    Catégories : Revue de presse
  • Tribune publiée dans le Point : Comment faire nation demain ?

    Sans restauration de l’autorité de l’État et de sa capacité à faire respecter la France, rien ne sera possible. 
    Catégories : Revue de presse
  • Face au harcèlement de jeunes femmes archéologues à Saint-Denis, que faire ?

    L'entretien a été publié sur Atlantico.

    Face au harcèlement de jeunes femmes archéologues à Saint-Denis, que faire ?

    19 juillet 2023

    Sur le chantier de fouilles menées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) et l’unité archéologique de la ville de Saint-Denis, des femmes archéologues ont été victimes de faits de “harcèlement à caractère sexiste”

    Atlantico : Sur le chantier de fouilles menées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) et l’unité archéologique de la ville de Saint-Denis, des femmes archéologues ont été victimes de faits de “harcèlement à caractère sexiste”. Cela a suscité des réactions diverses, comme par exemple, la maire-adjointe de Saint-Denis Oriane Filhol. A quel point ce genre de comportements est-il une réalité en France ? Est-ce que cela est devenu banal ? Est-ce que cela est répandu bien au-delà de Saint-Denis ?

    Malika Sorel : Ces comportements, lorsqu’ils sont signalés par les victimes, sont recensés comme étant des outrages sexistes, et leur nombre publié par le Ministère de l’Intérieur. Entre 2020 et 2021, le chiffre de ce qui n'est autre que des agressions à caractère sexiste est passé de 1400 à 2300. Près des deux tiers des victimes ont moins de 30 ans. Dans cette affaire de Saint-Denis, Claude Héron, directeur de l’unité d'archéologie de Saint-Denis, a confirmé l'existence de cas de harcèlements à caractère sexiste. Il est évident que les chiffres publiés par le Ministère de l’Intérieur sont très en deçà de la réalité. Notons que ces femmes archéologues refusent de porter plainte, très vraisemblablement par peur de potentielles représailles, donc leurs agressions ne seront pas comptabilisées. Dans une enquête menée par Ipsos en 2020, 81% des femmes en France disaient avoir déjà été victimes de harcèlement sexuel dans les lieux publics ! Être une femme en France, en particulier une jeune femme, fait de vous une proie. Ces femmes ont simplement découvert leurs épaules ! Sommes-nous encore en France ? Manifestement, non. Elles se sont par ailleurs vues reprocher jusqu'à la position de leurs corps, leurs travaux de recherche et de fouilles nécessitant en effet un travail au sol et l'adoption de positions accroupies ou allongées.

    Ces situations, je les ai vues et parfois vécues durant mes quinze longues années de vie en Algérie où, les filles, dès le plus jeune âge, sont reprises sur le positionnement de leur corps ainsi que sur leur gestuelle. Les agressions ne serait-ce que verbales, y étaient fréquentes car la femme est souvent réduite à un objet sexuel, et perçue comme tel. Un objet de vive tentation - l'envoyé du diable sur terre-, et dans le même temps, objet de rejet violent. Les deux sont en réalité intimement liés. Mais toutes ces situations, on les retrouve également dans les pays où les femmes possèdent des statuts inférieurs comme, entre autres, en Inde, pays qui défraie régulièrement la chronique en la matière.

    L’adjointe à la mairie a rappelé que ces agressions constituaient des infractions passibles d’une amende mais on sent surtout, au travers de différentes prises de position, qu’il est urgent de relativiser, de masquer le réel et de taire l'identité des acteurs en présence, en disant que « comme partout : des femmes sont victimes de harcèlement sexuel et de propos sexistes par des hommes ». Au demeurant, il suffirait d’installer des caméras qui seraient par ailleurs fort utiles pour retrouver et condamner les auteurs d'actes dont la sanction est prévue par la loi.

    Que faire face à cela ? Comment faire pour revenir à une civilité commune ? Quelles réponses la société et les pouvoirs publics ou l’exécutif doivent et peuvent apporter pour protéger ces femmes dans l’exercice de leur métier ? Qu’est-ce qui peut être fait en matière d’éducation, d’intégration voire de contrôle de l’immigration, de citoyenneté... ?

    Malika Sorel : Bien trop de temps a été perdu et ce sont malheureusement, pour beaucoup, de mauvaises décisions qui ont été mises en œuvre. Il faudrait pouvoir disposer d’une classe politique qui sache regarder la réalité en face, accepte de nommer un chat un chat, et daigne traiter avec sérieux des problèmes qui se posent au quotidien. Pour cela, le préalable est de restaurer la liberté d'expression, et cela commence par le fait que chaque citoyen se mette à parler librement plutôt que de rentrer les épaules, baisser les yeux et détourner le regard. Si les citoyens s'étaient comportés en véritables citoyens respectueux de leurs devoirs envers la nation et son devenir, les politiques n'auraient pas eu d'autre choix que celui de "filer droit" sur ces sujets.

    Les Occidentaux doivent délaisser leur arrogance et cesser de penser que les autres ne sont pas éduqués. Ils possèdent une autre éducation, voilà tout. En 2016, au micro de France culture, Tahar Ben Jelloun insistait sur le fait que, pour certains, « le corps de la femme est le principal objet de fixation » et « c’est pour cela qu’on cherche à ce que le corps des femmes ne s’exprime pas, qu’il ne se dévoile pas, qu’il ne soit pas libre. Alors, on le cache ». Les archéologues qui montrent leurs épaules, ça ne colle donc pas à ce schéma, à cette vison culturelle.

    À signaler également que sur le chantier de Saint-Denis, des femmes s’arrêtent pour dire aux archéologues qu’elles ne devraient pas exercer ce métier qui est, selon elles, un métier d’homme ! Le comportement des femmes envers d’autres femmes a systématiquement été laissé de côté dans le débat public, ce qui est une erreur monumentale. Pour lutter contre ces phénomènes dont nous parlons ici et pour bien d'autres, il convient donc de mettre sur la table le rôle des femmes et en particulier le rôle des mères. C’est un point que je développe dans mes livres car il est tout bonnement central.

    Un autre exemple parmi d'autres. Lorsque je siégeais au sein du collège du Haut Conseil à l’intégration, un grand groupe technologique avait décidé de renoncer à promouvoir une femme car des subordonnés non Occidentaux avaient refusé d’être commandés par une femme. Dans d'autres entreprises, était expliqué à des femmes recevant des délégations étrangères, qu’elles ne devaient pas serrer les mains des hommes et que leurs vêtements se devaient d'être amples... Le monde de l’entreprise porte également une part de responsabilité. Pourtant, lui aussi est laissé de côté, s'achetant parfois une "virginité" à bon compte avec quelques mesures prises dans le cadre du RSE (responsabilité sociétale des entreprises).

    Que dire aussi des « féministes » que l’on n’entend quasiment pas, quand elles devraient être omniprésentes dans ces questions ?

    Quid également du silence de la classe politique qui ne s’exprime que lors d’élections pour instrumentaliser le sujet, que ce soit dans un sens ou dans un autre ? Quels est, en la matière, le bilan du Défenseur des droits et des différents ministres qui avaient en charge l'égalité entre les femmes et les hommes ?

    Durant des années, il n’a été question que de parité en politique et d’introduire des femmes dans les Conseils d’Administration des grandes entreprises. La belle affaire !

    Quels sont les principaux obstacles pour revenir à une civilité commune ?

    Malika Sorel : Les obstacles sont nombreux. Il m'est impossible de tous les citer ici. Il convient donc de se reporter à mes ouvrages qui constituent des programmes politiques en la matière.

    L'un des principaux obstacles a été la poursuite de l’immigration à haut niveau alors même que les signaux avaient viré au rouge depuis longtemps puisque l’intégration culturelle rencontrait des difficultés croissantes. C'est une erreur politique impardonnable car c'est ce qui a conduit à la constitution de diasporas dont j'explique dans mes livres de quelle manière ces dernières empêchent l'intégration culturelle. C'est aussi l'existence de diasporas conséquentes qui a incité les élites politiques au clientélisme qui a lui-même alimenté le séparatisme. Le chercheur Hugues Lagrange avait alerté, notant que depuis plusieurs décennies, « en matière religieuse aussi bien qu’au sujet du mariage et de la conception des rôles sexués, de nombreux descendants de migrants ont adopté des positions hyper-traditionnelles, franchissant à rebours le chemin que la génération de leurs parents avait suivi à la fin des années 1970 ».

    L’octroi, par la classe politique et la haute administration, de la nationalité française à des individus qui ne sont, de toute évidence, pas devenus culturellement Français constitue un passeport pour l’impunité. Le résultat, nous l'avons sous les yeux. Comment sortir de cette situation où des élites ont violé, en toute impunité, le code civil qui subordonnait pourtant l’octroi de la nationalité à la réussite de l’assimilation ? La société française a été entrainée dans une situation extrêmement grave.

    Les tergiversations sans fin autour de vêtements qui couvrent le corps des femmes : abayas, burkini, voile, font que cela valide, peu à peu, l’idée que pour être respectée, une femme doit se couvrir au sein des établissements scolaires, ceux de l’enseignement supérieur ou encore dans l’espace public. Dans un article publié dans Le Monde en décembre 2009, Abdelwahab Meddeb faisait la démonstration de ce que le couvrement des femmes signifiait et en 2023, il se trouve encore des "élites" à palabrer. Oui, décidément, le premier obstacle à l'action est bien l'incompétence d'une bonne part des "élites", sans oublier les élus locaux. Lors d’une intervention télévisée face à deux journalistes, Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, le Président Emmanuel Macron avait dit lui-même que le voile "n’est pas conforme à la civilité qu’il y a dans notre pays, c’est-à-dire au rapport entre les hommes et les femmes dans notre pays. Nous sommes attachés à l’égalité entre l’homme et la femme", donc toute action qui vise à cacher la femme est contraire aux modalités de notre "vivre ensemble". Aussi, la récente décision du Conseil d’État qui a invalidé l’arrêté anti-burkini de Mandelieu-la-Napoule est une faute lourde, condamnable, sur laquelle il faut revenir. Qui gouverne la France au juste ? Ceux que le peuple a porté au pouvoir ou les Conseillers d'État ? La France est-elle encore une véritable démocratie ? La question se pose et doit être être posée sur la table et discutée devant les citoyens.

    La mairie a installé, sur le grilles du site, une affiche appelant au respect des femmes archéologues, harcelées par des passants. Est-ce la bonne méthode ? Cette mesure peut-elle faire évoluer les mentalités ? Le rappel à la loi ou la pédagogie suffisent-ils ?

    Malika Sorel : Les médias ont constaté que les affiches avaient été arrachées. Vous avez là, la réponse à votre question.

    Il faut punir sévèrement en faisant payer des amendes qui ne me semblent au demeurant pas assez élevées. Une sanction doit en effet dissuader de passer à l’acte. C’est son principe même. Quant à la tarte à la crème de la « pédagogie », c’est la réponse de ceux qui ne sont pas à la hauteur des enjeux et des défis à relever. Sur le terrain, les "pédagogistes"ont triomphé et leurs résultats s'étalent au grand jour.

    Est-ce un nouvel exemple des difficultés du “vivre-ensemble” ? L’Etat est-il suffisamment armé pour répondre et apporter des solutions à une telle situation ? Les valeurs prônées par notre société sont-elles fragilisées ?  L’Etat est-il en capacité d’agir ? Quelles seraient les bonnes pratiques à adopter ?

    Malika Sorel : L’État a perdu son autorité. Il n'est plus respecté. Ces derniers jours, ce que j'ai trouvé le plus sidérant c'est ce qui suit. Après ce 14 juillet où 45 000 policiers et gendarmes ont été mobilisés sur l'ensemble du territoire national; où les forces de l'ordre ont été visées par 51 tirs dans la nuit du 13 au 14 ; où sept policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers ont été blessés, 255 véhicules incendiés, plus de 2000 tirs de mortier et 97 personnes interpellées, beaucoup de politiques et même de journalistes se sont félicités soutenant que, finalement, le calme était revenu et que le gouvernement pouvait passer à autre chose !!!

    Ce qui se déroule un peu partout en France est une énième illustration, tout comme avec les récentes émeutes, du « face à face » que le Ministre de l’Intérieur Gérard Collomb évoquait lors de sa passation de pouvoir. Mais Gérard Collomb se trompait en voyant manifestement un "face à face" entre certaines populations issues de l'immigration et d'autres qui sont d'origine culturelle occidentale. Chaque jour nous fait en effet la preuve que la ligne de fracture se joue allègrement des origines, et que le "face à face" se dessine entre tous ceux qui œuvrent à déconstruire la France, à l'affaiblir, à masquer la réalité et l'ampleur des problèmes, à attaquer les fondements de la République française, et tous ceux qui s'engagent dans leur vie quotidienne, au travers de leurs faits et gestes, à permettre à la France d'assurer sa continuité historique. Il n'y a donc pas, comme on peut l'entendre, d'un coté les Français de souche européenne qui seraient "blancs comme neige" et de l'autre, les enfants issus de l’immigration extra-occidentale. Ces approches simplistes auront largement participé à empêcher que ces sujets pourtant vitaux pour la nation, ne soient traités et surtout réglés.

    Catégories : Revue de presse
  • Entretien dans le Figaro avec Alexandre Devecchio

    Cet entretien a été publié dans le Figaro papier du 29 juin. Vous pouvez également le retrouver sur le site du FigaroVox à cette adresse. N'hésitez pas à relayer autour de vous, svp, ainsi que sur les réseaux sociaux. Merci à tous.

    Malika Sorel: «Au-delà de l’émotion légitime, les émeutes révèlent une décomposition identitaire»

    Par Alexandre Devecchio

    Publié le 29 juin 2023

    ENTRETIEN - Après la mort de Nahel, 17 ans, à la suite d’un refus d’obtempérer, Nanterre s’est embrasée et les violences se sont étendues dans plusieurs villes. L’essayiste et ancien membre du Haut Conseil à l’intégration voit dans ces émeutes un nouveau symptôme de la fragmentation de la société française.

    LE FIGARO. - Après la mort d’un adolescent à Nanterre à la suite d’un refus d’obtempérer, des émeutes se sont propagées dans toute la ville de Nanterre. Colère légitime ou véritable vendetta, que révèlent ces violences?

    Malika SOREL. - Les propos tenus par le président de la République et le ministre de l’Intérieur sont les bons. Ils ont évoqué l’émotion de la famille avec empathie, rappelé que la justice était saisie, qu’une enquête était en cours, et insisté sur la nécessité d’un retour au calme. Une journaliste a recueilli sur le terrain deux types de propos: ceux qui évoquent une émotion somme toute naturelle et ceux qui parlent de vengeance. L’identité du policier ainsi que le nom de sa commune de résidence ont été diffusés sur internet, rappelant ce à quoi Samuel Paty a été confronté. Pour maintenir la paix civile, aucune forme de loi du Talion ou de vendetta ne doit être tolérée. Très vite, les émeutes se sont répandues à des communes limitrophes, mais également ailleurs sur le territoire. Ces événements, qui ne sont pas les premiers en la matière, nous montrent que la France est confrontée à un phénomène de décomposition identitaire sur son territoire. Cela devrait alarmer au plus haut sommet de l’État.

    Dès Le Puzzle de l’intégration publié, après les émeutes de 2005, j’évoquais les raisons profondes qui conduisaient à la contestation de l’autorité des policiers et des enseignants et de ceux qui, d’une manière ou d’une autre, symbolisent l’État. J’y écris que, certes, cela tient au désir de certains de soustraire de l’autorité de la République des territoires qu’ils ont annexés pour y mener une vie paisible à l’ombre de l’économie parallèle, mais que cela témoigne aussi d’un rejet d’une société dont ils ne souhaitent pas respecter les lois ni les us et coutumes, car cette société n’est pas conforme à leur système de principes et de valeurs. L’erreur a été de considérer que ceux qui se dressent contre des représentants de l’État sont des électrons libres. Ils ne le sont pas. S’ils campent si fort sur leurs positions extrasociétales, c’est qu’ils pensent pouvoir bénéficier d’une forme de mansuétude de leur entourage. Une action sur les seuls auteurs d’actes de délinquance ou d’incivilités était donc vouée à l’échec.

    Immédiatement après la mort de l’adolescent, les élus de La France insoumise, Mélenchon en tête, ont pointé du doigt la police dans sa globalité, allant jusqu’à évoquer une «exécution sommaire». Portent-ils une responsabilité dans les violences?

    Je ne pense pas que les propos tenus par les élus LFI aient pu jouer un rôle dans le déclenchement des violences. Il n’en demeure pas moins que toute autorité politique ou morale, y compris les célébrités ou les footballeurs, qui viendrait à se substituer à la justice, alimenterait alors, sans nécessairement le vouloir, les troubles à l’ordre public, dont nul ne sait où ils peuvent nous mener. Dans des moments de drame tels que nous les vivons, chacun doit faire preuve de sagesse. De nombreux sondages montrent par ailleurs que les habitants de lieux soumis à l’insécurité réclament davantage de présence policière.
    En 2005, la France découvre avec stupeur l’existence de jeunes capables de la haïr au point d’incendier des écoles, des équipements sportifs et culturels construits à leur intention

    Plus largement, le discours de certaines associations et de certains politiques contribue-t-il à nourrir et à légitimer le ressentiment d’une partie des banlieues?

    Tout ce qui concourt à diviser le corps social en dressant des catégories de personnes les unes contre les autres injecte haine et ressentiment des uns envers les autres. Ce qui me bouleverse, c’est de voir comment une part des populations qui ne possédaient rien ou si peu dans leurs pays d’origine en vient à détester la France à force d’entendre des discours qui l’accusent de tous les maux. Cette détestation envers la France n’existait pas en Algérie lorsque j’y vivais. Pour retisser les liens de cohésion, il est urgent de restaurer la méritocratie républicaine et de mettre fin aux politiques de diversité et de discrimination positive. Comme l’écrit le philosophe John Locke, tout ce qui peut se muer en signe d’identification doit être prohibé. De même, l’État doit cesser de piller les élites du Sud, car comme le dit le directeur de l’OFII, cette façon de faire nourrit l’argumentaire des islamistes pour faire encore plus détester la France et les Français…

    Comment expliquez-vous que, depuis 2005, nous assistions constamment aux mêmes scènes. Les leçons de 2005 ont-elles été tirées? Les politiques publiques mises en place depuis ont-elles été pertinentes?

    En 2005, la France découvre avec stupeur l’existence de jeunes capables de la haïr au point d’incendier des écoles, des équipements sportifs et culturels construits à leur intention ou à celle de leurs petits frères et sœurs. On assiste alors à la démonstration du fait que le problème de fond n’est pas d’ordre matériel. Pourtant, cette explication va perdurer alors même que part en fumée la justification de toute la politique de la ville conduite depuis le début des années 1980. Il est particulièrement cocasse que ces nouvelles émeutes se produisent au moment même où le président de la République se trouve à Marseille, y promettant quasiment les mêmes mesures qui ont échoué hier: «Il y aura ici du beau. Parce que je pense qu’une ville retrouve de l’unité, sa jeunesse sort de l’insécurité et on retrouve collectivement le goût de l’avenir lorsque l’on vit au milieu du beau.»

    Faut-il craindre une contagion des violences au-delà de Nanterre, comme en 2005? La menace de «guerre civile», que certains observateurs évoquent, vous semble-t-elle correspondre à la réalité?

    La société française est vulnérable, profondément déstabilisée, décomposée. Un rien peut la faire basculer dans le chaos. Un sursaut s’impose.

    Malika Sorel est l’auteur de plusieurs ouvrages remarqués, dont «Décomposition française. Comment en est-on arrivé là?» (Fayard, 2015), qui a reçu le prix honneur et patrie de la Société des membres de la Légion d’honneur. Elle vient de publier «Les Dindons de la farce» (Albin Michel, février 2022, 224 p., 18,90 €). 

    Catégories : Revue de presse