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Politique - Page 7

  • Malika Sorel : « Il faut refonder l'Observatoire de la laïcité »

    Le contenu de mon entretien, ci-dessous, a été publié en janvier 2016 dans FigaroVox. Il n'a pas pris une ride. Et pour cause ! Contrairement à beaucoup qui ergotent et radotent dans les médias et participent le plus souvent à “embrouiller” les Français, je ne parle ni n'écris à la légère.

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    FIGAROVOX/INTERVIEW - Manuel Valls a fustigé lundi soir l'appel que le président de l'Observatoire de la laïcité a lancé avec des proches des Frères Musulmans. Mais, pour Malika Sorel, ce n'est pas suffisant : Jean-Louis Bianco doit démissionner.

    Par Alexandre Devecchio
    Publié le 19 janvier 2016 à 18:50, mis à jour le 20 janvier 2016 à 10:55

    Malika Sorel est un ancien membre du Haut Conseil à l'Intégration. Elle est l'auteur de l'essai Décomposition française, comment en est-on arrivé là ?

    Invité des Amis du Crif, lundi soir, le premier ministre a fustigé la tribune que le président de l'Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, a signée le 15 novembre dernier. Intitulé «Nous sommes unis» et publié dans Libération, l'appel réunissait, comme l'a révélée Isabelle Kersimon, Samy Debah et Yasser Louati, directeur et porte-parole du très controversé Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), et Nabil Ennasri, proche du courant des sulfureux Frères musulmans. Que cela vous inspire-t-il ?

    Un petit rappel s'impose pour vos lecteurs. C'est le 5 avril 2013 que le Président de la République François Hollande a nommé Jean-Louis Bianco à la tête de l'Observatoire de la laïcité. L'Observatoire a été placé sous la responsabilité du Premier ministre. À l'époque, c'était Jean-Marc Ayrault, mais ce dernier n'a pas été partie prenante du processus d'installation de l'Observatoire et de désignation de ses membres, puisque toute cette opération a été directement pilotée par l'Élysée. Très vite, cet observatoire a adopté des positions dont un certain nombre vont à l'encontre de la défense du principe de laïcité, ce qui est un comble puisqu'il a pour mission d'«assister le gouvernement dans son action visant au respect du principe de laïcité en France.» Son positionnement n'a eu de cesse d'être dénoncé, y compris par des personnalités qui en sont membres et qui en observent donc le fonctionnement depuis l'intérieur. C'est le cas du député Jean Glavany, de la sénatrice Françoise Laborde et du président du Comité Laïcité République Patrick Kessel, qui avaient exposé au grand jour le fondement de leur désaccord avec les prises de position de cet observatoire. C'est ainsi que le 15 janvier 2015, ils publiaient un communiqué dans lequel ils exprimaient - à propos de l'Observatoire de la laïcité - que «sur le fond, au-delà de ces propositions pour l'essentiel angéliques et pusillanimes, cosmétiques dans le meilleur des cas, certaines sont clairement anti-laïques et évidemment inacceptables pour la République […]» Que le Premier ministre Manuel Valls prenne enfin aujourd'hui la mesure de ce qui se produit est une bonne chose, mais il y aura mis bien trop de temps à mon goût. J'attends à présent de voir s'il va trouver le courage de dépasser le stade des paroles pour prendre enfin les décisions qui s'imposent. Il suffit qu'une quelconque demande d'ordre religieux, ou perçue comme telle, pointe le bout de son nez, pour que le pouvoir politique fasse aussitôt le choix de bafouer la laïcité.

    L'Observatoire de la laïcité a été installé en 2013 par François Hollande. Il remplace le Haut Conseil à l'Intégration (HCI) dissous en 2012 …

    Avec le recul, il apparaît clairement que la création de cet observatoire avait pour objectif de faire disparaître la mission laïcité du Haut Conseil à l'Intégration, dont les rapports gênaient très fortement le pouvoir socialiste. Ce dernier avait d'ailleurs refusé de donner le feu vert à la publication à la Documentation française - ce qui est la coutume - de notre dernier rapport qui tirait la sonnette d'alarme sur les dysfonctionnements et problèmes observés dans l'enseignement supérieur, et décrivait ce qu'il fallait d'urgence mettre en œuvre pour tenter d'endiguer le phénomène. Quant au collège du HCI, il n'a pas été dissous en 2012, mais François Hollande a préféré le choix tactique de le laisser s'éteindre en ne renouvelant pas son décret qui arrivait à échéance en septembre 2013. Pour comprendre l'envers du décor, il faut se remémorer ici le rapport publié par le think-tank Terra Nova en prévision de la présidentielle de 2012 à propos de la «nouvelle identité sociologique de la gauche, la France de demain». Le mérite de ce rapport a été de rendre public ce qui est d'ordinaire tu, ou pire, travesti: «La population des Français issus de l'immigration est en expansion démographique et en mutation identitaire (...) ce sont entre 500 000 et 750 000 nouveaux électeurs, naturalisés français entre 2007 et 2012, qui pourront participer au prochain scrutin présidentiel […]. Au-delà des non-religieux, ce sont aussi tous les non-catholiques, notamment les individus d'“autres religions”, composés à 80 % de musulmans, qui sont plutôt enclins à voter à gauche.» Comme je le développe dans un chapitre de mon livre intitulé «une arithmétique implacable», le pouvoir de gauche, et pas seulement lui, pense qu'il faut nécessairement prendre la laïcité comme variable d'ajustement pour ne pas s'aliéner le vote d'une part non négligeable de l'immigration. Il suffit qu'une quelconque demande d'ordre religieux, ou perçue comme telle, pointe le bout de son nez, pour que le pouvoir politique fasse aussitôt le choix de bafouer la laïcité.

    À l'époque, Jean-Louis Bianco avait déclaré que la France n'avait pas de problème avec sa laïcité …

    Comme je l'avais alors dit dans vos colonnes, en effet la France - donc son peuple - n'a pas de problème avec la laïcité, qui est plébiscitée, mais c'est une partie conséquente de ses élites qui a de sérieux problèmes avec le respect de la laïcité. Il n'y a pas mieux que le réel - et il est désormais tragique - pour mettre en lumière, aux yeux de l'opinion publique, ceux qui ont vu juste, ceux qui se sont trompés et ceux qui ont sciemment refusé de regarder la réalité en face. Mais le plus grave problème n'est désormais même plus là. Il est dans le fait que ceux qui ont dit faux persistent à rester sur la même voie alors qu'ils devraient tout faire pour participer à protéger notre société. Cela passe par reconnaître les erreurs qui ont été commises et par un changement de trajectoire.

    Manuel Valls: «L'Observatoire de la laïcité - qui est placé sous ma responsabilité - ne peut pas être quelque chose qui dénature la réalité de cette laïcité. Il doit être clair sur les appels que l'on signe: on ne peut pas signer des appels, y compris pour condamner le terrorisme, avec des organisations que je considère comme participant d'un climat (nauséabond), ça n'est pas possible». Dans ces conditions, le Premier ministre doit-il demander la démission de Bianco? Non seulement Manuel Valls doit imposer la démission de Jean-Louis Bianco et de son cabinet, mais il doit également renouveler l'Observatoire de la laïcité afin qu'il soit exclusivement composé de personnalités reconnues comme respectueuses de la laïcité républicaine.

    Les paroles de Manuel Valls ne sont pas suffisantes. Des décisions s'imposent. S'il ne les prend pas, il accréditera lui-même la thèse selon laquelle ses prises de parole peuvent relever de pures opérations de communication. Comment dès lors le prendre au sérieux? Des enquêtes ont mis en évidence à quel point la parole politique s'était au fil du temps démonétisée. Ce discrédit fait peser de lourdes menaces sur notre démocratie. Non seulement Manuel Valls doit imposer la démission de Jean-Louis Bianco et de son cabinet, mais il doit également renouveler l'Observatoire de la laïcité afin qu'il soit exclusivement composé de personnalités reconnues comme respectueuses de la laïcité républicaine - donc non adjectivée, et sincèrement attachées au refus du relativisme culturel qui constitue le véritable cheval de Troie de la répudiation de la laïcité.

    Dans votre question, il y a un autre volet extrêmement important qui concerne l'approche sur laquelle s'est fondé l'appel qui a été signé et que vise Manuel Valls. Cette approche a été recommandée par des intellectuels après l'attentat contre Charlie Hebdo et a aussitôt essaimé. En un mot, elle a consisté à dire à l'opinion publique que, nos adversaires visant notre désunion, il fallait éviter de tomber dans le piège qu'ils tendaient à nos sociétés, et pour cela, prôner systématiquement l'unité. Je récuse cette approche qui a eu pour conséquence de venir alourdir encore la chape de plomb qui pesait déjà fortement sur la liberté de pensée et de jugement. Tandis que les Français cherchaient à comprendre comment nous avions pu en arriver là, leurs élites, pour beaucoup, leur répondaient «unité nationale». Ceux qui respectent la France et sa république ne craignent pas l'exercice de l'esprit critique. Les citoyens ont l'obligation morale de ne pas se résoudre à l'union sans condition qui leur a été imposée.

    De manière générale, ces dernières années, les gouvernements successifs se sont-ils montrés laxistes en matière de laïcité? Ont-ils privilégié sans le dire les accommodements raisonnables?

    Ce que j'ai pu noter, c'est que sur ce sujet, au sein d'un même gouvernement, les membres peuvent fortement différer. Le clivage passe entre ceux qui sont fidèles à la France et au respect de ses principes républicains, et ceux qui n'éprouvent guère de scrupules à ne pas respecter eux-même la laïcité ou à la laisser bafouer. La situation dans laquelle nous nous trouvons est extrêmement préoccupante. Ce n'est pas faute d'avoir tenté d'alerter sur ce qu'il convenait de faire et ce qu'il ne fallait pas faire.

    Pour commencer, il faudrait cesser de recourir au terme d'“accommodements raisonnables” qui a été emprunté aux Québécois, car au vu de leurs conséquences sur la concorde civile, nous devrions les qualifier d'“accommodements déraisonnables”. Le fait d'avoir cherché à s'arranger avec des principes qui ne faisaient que traduire, dans la vie quotidienne, l'identité du peuple français a été doublement néfaste. Néfaste pour le peuple français qui s'est senti, à juste titre, trahi dans ce qu'il a de plus précieux et intime - son identité. Néfaste pour les nouveaux entrants et pour la part de l'immigration qui rencontrait des difficultés à s'intégrer culturellement, car cela a envoyé le signal que, tôt ou tard, tout pouvait être accommodé. Dans ces conditions, il était prévisible que les difficultés d'intégration culturelle iraient croissant. Pourquoi s'astreindre en effet à des adaptations culturelles, parfois difficiles et douloureuses, si les politiques sont enclins à renoncer à faire respecter des dimensions importantes de la culture de la terre d'accueil ? Il existe une hiérarchie des responsabilités qu'il convient de ne pas perdre de vue. Il ne faut pas oublier non plus le rôle joué par les discours accusateurs envers la France, qui serait responsable de tous les malheurs. Semer les graines du ressentiment dans le cœur des enfants de l'immigration, chercher sans cesse à les dresser contre la France et les Français, se révèle sans surprise préjudiciable au maintien de la concorde civile. Aujourd'hui, plus que jamais, le devoir de vérité sur la réalité des défis et des enjeux communs s'impose.

    Catégories : Identité, Insertion - intégration, Politique
  • Quand la classe politique alimente le séparatisme

    Article publié sur Atlantico.

    Emmanuel Macron présente aux Mureaux, son plan d’action contre les "séparatismes" en ce vendredi 2 octobre. Malika Sorel-Sutter revient sur les spécificités de la société française et sur le rôle de la classe politique sur ce dossier.

    Pas un jour, ou presque, sans que les médias ne relaient les agressions perpétrées contre la police nationale. Il s’agit de l’empêcher coûte que coûte d’investir des territoires d’où la République a été répudiée. C’est l’une des nombreuses conséquences de la prolifération du trafic de stupéfiants à travers le pays. Récemment, Martine Aubry, maire de Lille, a lancé un appel au ministre de l’Intérieur : « Ces trafics génèrent une délinquance et une violence de plus en plus insupportable pour les habitants qui vivent dans des immeubles véritablement mis en coupe réglée par les dealers. » On croit halluciner en apprenant dans le Parisien qu’« une amicale de locataires de la cité Charles-Schmidt (Seine-Saint-Denis) a négocié la paix sociale avec les trafiquants. Le deal ? “moins de nuisances”, en échange de les laisser “faire leur business”. Et ça marche. » Ce lieu est classé en Zone de Sécurité Prioritaire... L’impuissance de l’État dans toute sa splendeur.

    Interpellé à Lyon, un vendeur de stupéfiants confesse, lors de son audition, gagner 800 euros par jour. Certains réseaux rapportent entre 40 000 et 50 000 euros par jour répartis entre les membres de « l’organigramme » : guetteurs, transporteurs, revendeurs, nourrices, lieutenants de réseaux... Selon les estimations, le trafic de drogue s’élèverait à 3 ou 4 milliards d’euros par an et 230 000 personnes travailleraient, en France, pour le seul trafic du cannabis ! Combien de familles bénéficient de cette manne rendue possible par l’inaction des pouvoirs publics qui ont fermé les yeux au motif que cela faisait vivre ? L’État connaît la réponse car l’analyse du train de vie au regard des revenus est simplissime. C’est un miracle que des parents et des enseignants parviennent encore à motiver des élèves à s’astreindre à un long et exigeant effort scolaire dans le but de s’insérer un jour dans le tissu économique, quand ces derniers ont sous les yeux, au quotidien, de multiples exemples de réussite facile et rapide.

    Quel crédit accorder au Premier ministre quand il annonce vouloir lutter contre les effets dévastateurs du trafic de drogue, ou au ministre de l'Intérieur lorsqu’il évoque l'existence d'une crise de l'autorité et la nécessité de « stopper l’ensauvagement d’une partie de la société » quand on sait que, dans le même temps, la députée de Trappes, nommée au ministère de la ville, a dû démissionner de son mandat électif pour une raison à peine croyable révélée par le Figaro : son suppléant a été mis en examen fin 2019 dans une enquête portant sur un trafic de stupéfiants entre le Maroc et la France. Preuve que le caractère surréaliste de la situation n’a pas échappé au parti présidentiel, le chef de file des députés LREM, Gilles Le Gendre, a expliqué que cette démission permettait d’“éviter une situation qui aurait pu être embarrassante”, le dit suppléant devant dès lors siéger à l’Assemblée nationale. Qu’une telle situation ait pu se produire sans susciter la moindre réaction de la part des partis politiques d’opposition en dit long sur ce communautarisme allègrement cultivé par les élites alors même qu’elles lui imputent, à raison, la responsabilité de la partition selon le mot de François Hollande, ou du séparatisme selon la formule d’Emmanuel Macron. Des termes différents pour désigner une même réalité, celle d’une décomposition française en marche ou d’une libanisation de la France comme je l’évoquais lors de mon audition par la commission Veil de révision du préambule de la Constitution.

    Cette addiction au communautarisme n’est pas nouvelle. Qui se souvient de la circulaire dite Guéant, abrogée par Manuel Valls ministre de l’Intérieur ? Cette circulaire poursuivait deux objectifs nobles : empêcher le pillage des élites des pays du Sud, et prévenir un fort appel d'air migratoire en restreignant le droit des étudiants étrangers à travailler en France à l’issue de leurs études sur le territoire national. Dans le camp opposé se trouvait un jeune étudiant marocain qui luttait contre cette circulaire et s'activait, par voie de conséquence, au développement de ce qui allait devenir un nouveau flux migratoire considérable et aboutir à une nouvelle filière d'obtention des papiers d'identité français, comme la suite l’a montré sans guère de surprise. Contre toute attente, cet étudiant s’est vu dérouler le tapis rouge par une personnalité politique de premier plan à droite, qui lui a ouvert un bel avenir sur la scène politique française.

    Il est trop facile de faire porter la responsabilité première du séparatisme à une part des enfants de l’immigration, quand ce sont les élites qui ont collaboré à installer une situation dans laquelle se réclamer de toute autre communauté que la communauté nationale française est devenu un atout qui peut se muer en pari gagnant. Si les élites de commandement et d’influence de souche occidentale accordent souvent la préférence à ceux qui s’engagent pour défendre ou étendre les intérêts de leur communauté ethno-religieuse de naissance – et parfois même de leur pays d’origine, c’est dans l’espoir que ces derniers drainent vers elles les suffrages correspondants. En effet, ces élites partent du postulat que la majorité ne s’intègre pas. Chemin faisant, elles collaborent à la communautarisation de leur propre pays. Pour moi qui ai vécu quinze années en Algérie, jamais une telle situation de préférence étrangère n’aurait pu s’y produire. Inimaginable !

    L’adhésion aux valeurs de la République française, à une histoire, à une langue, pour reprendre la terminologie du Président de la République lors de la célébration des 150 ans de la République, cela n’est plus attractif. Identité et citoyenneté ont été dissociées et la citoyenneté a été vidée de sa substance, comme vient l’illustrer une nouvelle fois la décision du gouvernement « d’accélérer la naturalisation de personnes étrangères en première ligne lors du confinement (éboueurs, caissières, infirmières, médecins) ». Comme s’il existait quelque lien entre l’appartenance à un peuple et la question de l’emploi ! Souvenons-nous, le 7 mars 2017, déjà, le candidat à la présidentielle Emmanuel Macron annonçait, lors d’un déplacement aux Mureaux, vouloir « favoriser l'accès à la nationalité française ». Pourtant, les élites de commandement connaissent parfaitement la situation de la France. La plupart portent des prénoms chrétiens, conformes à la thèse d’Éric Zemmour. Rappelons ici que la loi n’exige pas la francisation des noms et prénoms. Dès lors, pourquoi en faire grief aux enfants de l’immigration ? Ce filtre par les prénoms a pénétré l’esprit d’une part des Français. Un prisme profondément injuste et hautement contre-productif, un poison parmi d’autres qui empêchent d’analyser la réalité des responsabilités et des erreurs commises, seule voie de restauration de la France. La partition en cours n’épouse les contours ni de l’ethnie ni de la race ni des prénoms, mais ceux de la capacité à entendre, ou pas, les cris sourds du pays qu’on enchaîne.

    En quarante ans, l’une des très rares initiatives pour restaurer la citoyenneté française aura été la Charte des droits et des devoirs du Citoyen que nous avions mise sur pied au Haut Conseil à l’Intégration, charte aussitôt déployée sur le terrain par le ministre de l’Intérieur Claude Guéant sous le gouvernement de François Fillon et la présidence de Nicolas Sarkozy. En moins d’un an, l’octroi de papiers d’identité français – qui sont autant de titres de propriété sur le territoire – avait chuté. Dès l'arrivée au pouvoir de François Hollande en 2012, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls adresse une circulaire aux Préfets pour relancer les naturalisations, réduisant ainsi en cendres le travail accompli par la droite quelques mois auparavant et qui commençait tout juste à porter ses fruits. Les naturalisations font un bond de 14% et comme cela n’est manifestement pas suffisant pour la gauche, Manuel Valls prend de nouvelles dispositions pour « faciliter l'accès à la nationalité des précaires, des jeunes et des talents, notamment » en introduisant la notion de « présomption d'assimilation » selon laquelle il suffit « aux moins de 25 ans d'avoir résidé plus de dix ans en France et y avoir été scolarisés au moins cinq ans sans discontinuer pour en bénéficier. » Présomption d’assimilation ? S’il existait un lien de causalité entre naître en France, y avoir été scolarisé, y avoir un emploi, et le fait d’adhérer à l’identité française, de la faire sienne, nous n’en serions pas à parler séparatisme. La Charte des droits et des devoirs, c’était simplement respecter le Code civil qui pose l’assimilation comme condition préalable à l’accès à la citoyenneté française dans le noble but de préserver l’indivisibilité de la République. Le reste n’est que poudre de perlimpinpin.

    Catégories : Commission Veil - HCI, Insertion - intégration, Politique, Revue de presse
  • Rachida Dati, la discrimination positive à raison des origines ethno-raciales et les “jeunes qui étaient interpellés, qui ne revenaient pas...”

    Dans son livre Passions (Éditions de l’Observatoire, juin 2019), Nicolas Sarkozy donne les raisons pour lesquelles il a nommé Rachida Dati ministre :

    « Rachida Dati et dans une moindre mesure Rama Yade représentaient une énergie inépuisable, et incarnaient le renouveau tellement nécessaire dans un personnel politique si peu divers à l’époque, spécialement à droite. Je tenais beaucoup à permettre l’éclosion de cette diversité, qui était un volet de ce que j’avais défini comme l’ouverture. Elle me fut beaucoup reprochée, notamment par mes amis politiques ! Je suis convaincu que, pour gouverner la France sans la violence qui est un danger permanent chez nous, “l’ouverture” sur les origines comme sur les identités politiques est une nécessité absolue. (...)

    Mon choix le plus structurant fut celui de Rachida Dati au ministère de la Justice. J’avais été bluffé par son énergie inépuisable, et son authenticité. Elle réussissait le pari d’être tout à la fois parfaitement élégante et distinguée sans faire disparaître sa culture des banlieues, dont elle est fière et qui lui colle à la peau. Elle était magistrate, femme engagée politiquement, et beur ! Or, à mes yeux, c’était loin d’être un détail, car je voulais adresser un message fort aux jeunes de la banlieue qui étaient issus de l’immigration : « Avec l’une des vôtres place Vendôme, vous ne pourrez plus dire ni penser qu’il y a une justice pour les uns et une pour les autres. » Comme, de plus, je voulais beaucoup durcir la politique pénale, la promotion de Rachida cochait toutes les cases. »

    D’après Nicolas Sarkozy, les origines ethno-culturelles de Rachida Dati sont loin d’être étrangères à son ascension politique fulgurante. Qu’elle vienne pleurer à la télé est indécent et insupportable, mais il y a plus grave.

    Rachida Dati était l’invitée de l’émission Clique du mardi 9 juin 2020. Lisez-en ci-dessous quelques extraits.

    En guise de propos introductif, le présentateur Mouloud Achour précise ce qui suit : « On vous reçoit surtout en tant qu’ancienne Garde des Sceaux au moment où on parle de violences policières, de racisme structurel et de mots qui arrivent dans le débat public comme beurette, des insultes que vous avez connues (...) »

    Mouloud Achour : « Je le rappelle, à cette époque, vous étiez, vous travailliez avec Nicolas Sarkozy dans son cabinet. Comment est-ce que vous avez réagi à l’époque où il était au ministère de l’Intérieur ? » [à propos du décès de Zyed Benna et Bouna Traoré en 2005, à Clichy-sous-Bois]

    Rachida Dati : « On a reçu les familles. Moi, je me souviens de cet entretien. J’y étais. Quand j’ai vu les parents, j’ai vu les miens. J’ai vu les miens, quand j’ai vu les images, et c’est pas les images puisque nous étions sur le terrain. On a vécu les violences urbaines pendant plus de trois semaines. L’état d’urgence avait été déclaré. Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Et après, c’est moi qui ai souhaité, effectivement, qu’il y ait une ouverture d’informations parce que je voulais que ces parents aient des explications. »

    Mouloud Achour : « C’est la première fois, Rachida Dati, que je vous vois émue. »

    Rachida Dati : « Parce qu’on est dans une société où si l’émotion déborde, si vous dites les choses. J’ai tellement vécu de choses. On dit que vous vous victimisez. Je ne suis pas une victime. J’en ai tellement beaucoup. Et quand je vois, vous savez. Quand j’ai vu George Floyd sous le genou de ce policier, j’ai pas pu finir la vidéo parce que j’en ai vu des jeunes qui étaient interpellés, qui ne revenaient pas. Moi, je me souviens, je travaillais, j’avais commencé à travailler à Paris et maman m’appelait. Elle me disait “il y a unetelle et son fils il a été embarqué, on n’a plus de nouvelles. Viens.” Je prenais le TGV. Je descendais à Châlons. Je rédigeais, je rédigeais des lettres et des lettres et des lettres. Je repartais, maman me rappelait. Je disais “maman, faut que je travaille aussi” et elle me disait “Rachida, si tu as réussi, c’est aussi pour nous. C’est aussi pour les autres. Une réussite pour une réussite, pour nous, ça n’a pas de sens.” Moi, je n’ai pas réussi pour de l’argent. J’ai réussi pour pas que ça se reproduise à l’infini.

    Et donc, j’ai vu ces parents, comme j’ai vu les parents de la jeune Sohane qui avait été brûlée vive. Je me souviens de ce père qui pleurait dans le bureau de Nicolas Sarkozy qui ne disait mot. Donc quand j’ai vu ces parents, je me suis dit “ça, ça ne peut plus durer”. Donc quand je suis devenue Garde des Sceaux, j’ai appelé l’avocat Jean-Pierre Mignard, j’ai dit “faut faire quelque chose là, c’est pas possible.” (...) Oui, y'a des dérives, mais en quoi sont-ils responsables les parents, pour la majorité d'entre eux ? »

    Rachida Dati : « Moi, je vous dis, j’ai eu un choc en voyant la vidéo de George Floyd quand il dit “je ne peux plus respirer”. Moi, je l’ai entendu dans des cellules de garde à vue. Mais on ne peut pas le dire. Si vous le dites, vous êtes caricaturée. Vous êtes stigmatisée en disant “Oui, elle s’attaque à la République qui lui a tout donné.” Oui, moi la République m’a tout donné. Mes parents m’ont aussi beaucoup donné. »

    Je vous engage vivement à écouter l’émission dans son intégralité. C’est sidérant à plus d’un égard. On en viendrait presque à minimiser les propos récemment tenus par le ministre de l’Intérieur à l’encontre de ceux qui protègent notre société, à savoir les policiers.

    Les Français ignorent que ceux de l’immigration qui font le choix de s’assimiler cuturellement et refusent la discrimination positive – qui se traduit par une discrimination négative envers les Français de souche européenne – sont soigneusement tenus à l’écart par l’ensemble de la classe politique, médiatique et intellectuelle (à quelques exceptions près). Je peux en témoigner.

    La société française est désormais ethnicisée et racialisée. Comme je l’avais anticipé dans mes livres ainsi que lors de mon audition par la commission Simone Veil, elle devient chaque jour plus conflictuelle. La faute première en est imputable à la classe politique, médiatique et intellectuelle et non aux enfants de l’immigration. En vertu de quoi attendiez-vous qu’ils s’assimilent, quand l’inverse est bien plus confortable ?

    Pour aider notre société à enrayer sa décomposition, il faudra que la vérité sur le rôle des élites éclate au grand jour. Français, résistez à l’abandon de la France par ses élites. Votre silence vous rend complices. L’Histoire vous jugera. Vos descendants aussi.

    Catégories : Discrimination positive, Insertion - intégration, Politique
  • C’est le pays qu'on enchaîne

    « La liberté a souvent hélas le goût du sang versé. L'histoire de notre pays l'enseigne » (le Président de la République, cérémonie d'hommage aux treize militaires morts au Mali. Invalides, 2 décembre 2019)

    Le verbe est haut, mais qu'en est-il des enseignements tirés de l'Histoire ?

    Le texte liberticide qui vient d'être voté, porté par la députée Laetitia Avia, est une action qui vient s'ajouter à tant d'autres. Et contrairement à ce qu'écrit Vincent Trémolet de Villers dans son éditorial pour le Figaro, la censure de la liberté d'expression n'est jamais pavée de bonnes intentions. Surtout, n'oubliez jamais le message porté par le vœu du résistant Marc Bloch : « Un jour viendra, tôt ou tard, j’en ai la ferme espérance, où la France verra de nouveau s’épanouir, sur son vieux sol béni déjà de tant de moissons, la liberté de pensée et de jugement. » (l’Étrange défaite, septembre 1940)

    « Le “nous” est fragilisé. Il craque. L’unité nationale s’enfuit, sacrifiée sur l’autel d’un vivre-ensemble qui a été dissocié des fondamentaux culturels du peuple français. Celui-ci n’a pas voix au chapitre. Réduit au silence, il observe la France se décomposer sous ses yeux. (...) La France et sa République ne se meurent pas tant de la force de leurs adversaires que de la faiblesse de leurs partisans. Ce n’est pas la République qui a échoué, mais l’État. Ce n’est donc pas à la République de cesser de reculer, mais à l’État, garant de l’unité, de cesser de faire reculer la République. » (Décomposition française, Prix de la Société des Membres de la Légion d'Honneur)

    Laetitia, un prénom français, à faire pâmer de joie Éric Zemmour ! Pas comme le mien, “une insulte à la France”. Approche binaire digne d’un Jean-Marie Le Pen à ses heures de gloire. Du pain bénit pour tous ceux qui, depuis François Mitterrand, ont besoin d’épouvantails pour empêcher que certains sujets cruciaux ne soient véritablement traités.

    Ci-dessous, mon intervention dans l’émission Moi président sur France Info (16 mars 2017). Le peuple français subit une régression bouleversante. 

    Olivier de Lagarde :

    Notre présidente aujourd’hui est essayiste d’origine algérienne, ancien membre du Haut Conseil à l’intégration : Malika Sorel-Sutter.

    Malika Sorel :

    Moi présidente, je sanctuariserai la liberté d’expression. Aucune loi ne pourra venir la restreindre. Comme Marc Bloch en 1940, je considère en effet que la survie de la nation dépend de la liberté de pensée et de jugement.

    — Attendez, là, Malika Sorel je vous arrête. La liberté d’expression, vous trouvez vraiment qu’elle est en danger dans la France de 2017 ?

    — Absolument ! Depuis un certain nombre d’années des lois sont venues restreindre cette liberté d’expression qui est, certes, inscrite dans notre Constitution mais que la loi est venue régulièrement restreindre et – dernière tentative en date pour la restreindre encore davantage – la loi « Égalité et Citoyenneté » qui souhaitait diminuer les droits et la liberté des journalistes. J’estime pour ma part que ce sont des régressions démocratiques qui nous poussent, nous, dans le monde intellectuel, et y compris dans le monde politique, à nous autocensurer en permanence et à taire un certain nombre de vérités qui auraient été très utiles au débat pour faire en sorte que nous traitions des sujets qui sont extrêmement importants pour notre société.

    — De quelles vérités voulez-vous parler ?

    — Je vous donne un exemple : si aujourd’hui Alexis de Tocqueville devait publier ses Notes sur le Coran, il ne pourrait pas les publier. Albert Camus disait que « Mal nommer les choses ajoute au malheur du monde ». Aujourd’hui on nous empêche d’exprimer la réalité des choses. Il y a ce que Jean Sévillia a appelé « le terrorisme intellectuel », le fait qu’un certain nombre de groupes associatifs font peser des menaces très précises de traîner des personnes en justice dès qu’elles vont, à leur goût, dépasser une certaine forme de Politiquement Correct qui s’est installée, qui nous empêche de dire les choses. Et il y a eu une évolution dans nos lois. Il y a eu la loi Pleven qui est venue resserrer la loi de 1881, une loi qui était très bien faite, et qui faisait que nous ne pouvions finalement poursuivre que ceux qui appelaient nommément à la perpétration d’actes violents contre les personnes ou les groupes de personnes ou la destruction d’objets matériels. Aujourd’hui on subjective : dès qu’on vous soupçonne de vouloir diffamer on peut vous traîner en justice.

    — Malika Sorel, vous êtes d’origine algérienne. Pour vous la stigmatisation dont parfois les personnes issues de l’immigration sont les victimes, c’est pas quelque chose de dérangeant ?

    — Ça doit être versé au débat public. À partir du moment où nous ne sommes pas d’accord avec certaines affirmations, nous pouvons débattre. C’est la force de notre démocratie de pouvoir verser un certain nombre de sujets dans le débat public. Chacun vient avec son argumentaire. Et puis nous essayons, finalement, en nous disputant mais de manière civilisée, nous essayons de faire progresser la connaissance de manière à ce que l’opinion publique passe d’une opinion à une connaissance établie, étayée. Dans la mesure où on prévient, où on empêche toute discussion, tout débat, on fige notre société et on aboutit à ce qu’il y ait une sclérose de la pensée.

    — Mais jusqu’où doit aller cette liberté ? Est-ce que, par exemple, vous ne trouvez pas qu’il faut interdire le négationnisme ou l’apologie de la haine raciale ?

    — Je pense qu’il faut, exactement comme dans le Premier Amendement de la Constitution américaine, inscrire le fait qu’il n’y a aucune limitation possible de la liberté d’expression qui puisse être faite par une loi. C’est-à-dire tant que vous n’incitez pas les personnes à s’attaquer de manière physique aux personnes ou de détruire des objets, nous devons laisser l’expression s’établir.

    — Même le négationnisme ?

    — Il est très facile de montrer que toutes ces pensées négatives sont profondément risibles. On peut les démonter. Nous avons les arguments de notre côté. Souvenez-vous : il y a quelques années, Pierre Nora et Robert Badinter avaient signé un texte dans le cadre de l’association « Liberté pour l’histoire ». Ils s’insurgeaient justement contre un certain nombre de lois qui venaient – donc la loi Gayssot, la loi Taubira – qui venaient à chaque fois restreindre la liberté de pensée et de jugement. Parce que c’est ça qui est en jeu. Au-delà de la liberté d’expression, c’est le fait de permettre à notre société de continuer de réfléchir. Lorsque vous poussez les penseurs, même n’importe quel citoyen, à s’autocensurer, à s’empêcher de réfléchir, vous faites que notre société se fige et c’est la liberté de création, au bout du compte, et d’examen, d’analyse, de jugement qui est mise en péril.

    — Merci, Malika Sorel-Sutter.

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